E COMMERCE VENITIEN
pereur, tous les Vénitiens qui habitaient Constantinople et la Roraanie furent arrêtés, leurs navires . Leurs biens confisqués. Ce guet-apens provoqua à Venise une émotion extraordinaire; sans tarder, la République envoya, sous les ordres du sa flotte en Orient. Mais la guerre, menée sans vigueur et coupée d'inutiles négociations, n'aboutit à aucun résultat satisfaisant : le seul effet en fut que. durant plusieurs années, le commerce avec l'empire grec fut complètement interrompu. En 1182, ce fut une autre affaire. Le massacre des colonies latines de Constantinople par la populace de la capitale attesta avec éclat l'insécurité croissante des établissements occidentaux sur la terre byzantine. Et quoique, après ces fâcheuses aventures, la paix finît toujours par se rétablir, la situation des Vénitiens en Orient , à la fin du xne siècle, était, par bien des côtés, étrangement pénible, incertaine et précaire.
Ce n'est pas tout. Après avoir eu le monopole du commerce du Levant, Venise maintenant y rencontrait des rivaux. C'était Pise, c'était Gênes, à qui les empereurs, pour faire échec à la cité de saint Marc, avaient, au cours du xiie siècle, accordé à plusieurs reprises des privilèges qui leur permettaient de faire une concurrence heureuse au commerce vénitien. La République voyait avec déplaisir ces nouveaux-venus prendre place à côté de ses propres établissements et lui disputer ce qu'elle considérait comme son domaine ; énergiquement, par tous les moyens, même par la force, elle s'efforçait de les écarter du Levant. C'est ainsi qu'on avait vu, en 1100, une flotte vénitienne attaquer et battre, devant Rhodes, une escadre pisane,
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et les vainqueurs exiger des prisonniers la promesse — caractéristique — que jamais ils ne reviendraient faire du commerce en Orient. A Constantinople, dans toutes les villes du Levant, une hostilité perpétuelle régnait entre les citoyens des trois villes, et plus d'une fois les colons des différentes nations s'affrontaient en de véritables batailles. Les corsaires de Gênes capturaient les vaisseaux de Venise; les gens de Pise, à Byzance et sur mer, étaient en conflit déclaré avec les Vénitiens. Le monopole du commerce oriental, si habilement conquis par la tenace politique de la République, était menacé aussi bien par la haine des Grecs que par la concurrence des cités rivales d'Italie.
Pour en assurer la conservation, pour continuer à exploiter fructueusement l'admirable marché que lui offrait l'Orient, pour maintenir cette source incomparable de richesse, il ne restait qu'un moyen à la République : conquérir l'empire byzantin et fonder sur ses ruines l'empire colonial de Venise.