‹ Venise, une republique patricienneChapitre 31 sur 50 · POLI [QUE* CONTINENTALE DE VENISE · texte numérisé non relu

POLI [QUE* CONTINENTALE DE VENISE

des connits incessants étaient à craindre, et ils se pru<hiiï.irent en effet. On eut à lutter avec les patriarches d'Aquilée, avec les comtes de Goritz, avec les seigneurs de Padoue ; et au delà de cette zone de périls immédiats, d'autres menaces venaient de princes plus lointains, mais plus grands, tels que \p duc d'Autriche, le roi de Hongrie ou le duc de Milan. Venise en fit bientôt L'expérience. Dans la seconde moitié du xiv' siècle, au cours de ses luttes avec Gènes, toujours il lui fallut regarder du côté de la terre ferme et compter avec les ennemis que sa rivale lui suscitait sur le continent. En 1369, en 1379, les Carrarade Padoue eurent une attitude m Hument hostile ; ils jouèrent dans la guerre iiioggia un rôle capital. Si bien que, quoi qu'elle en eût, la Seigneurie, pour sa sécurité, dut songer à s'emparer de Padoue. Ainsi, de proche en proche, Venise se trouvait prise dans l'engrenage et préparait les désastres qui, un siècle plus tard, devaient l'accabler.

Au lendemain de la paix de Turin, les Carrara n'avaient point désarmé. Dès 1382, ils obtenaient du duc Léopold d'Autriche la cession de Trévise, Ceneda, Feltre et Bellune, et ainsi ils commandaient l'importante route commerciale du Pusterthal. Puis ils travaillaient à s'établir dans le Frioul; enfin ils s'accordaient en 1387 avec Jean-Galéas Visconti pour dépouiller les Scaliger, Vicence devant être la part du butin réservée aux seigneurs de Padoue; et cet accord révélait à la République, derrière les Carrara, une autre péril plus redoutable encore, celui dont la menaçaient les ambitions des ducs de Milan. La nécessité d'agir était impérieuse : Venise commença par Padoue. Elle

UNE REPUBLIQUE PATRICIENNE : VtMSE

réussit, avec l'appui de Jean-Galéas, infidèle à son allié de la veille, à expulser de leur ville les Carrara en 1388; et si, après cette leçon donnée, elle consentit en 1392 à les y laisser revenir, elle obtint du moins la restitution des villes perdues dans la marche de Trévise et la domination des passages des Alpes qui en dépendaient. La mort du dur \{i Milan en 1402 lui permit une politique plus énergique encore. Dans l'anarchie qui avait suivi la mort de Jean-Galéas, les Carrara réclamaient pour leur part Vicence et Vérone. Venise en profita pour s'entendre contre eux avec la veuve du Yisconti. En échange de l'appui que lui assurait la République, la duchesse cédait Bassano, Vicence et Vérone ; contre Padoue, en m-sme temps, la Seigneurie se faisait les mains libres. Assiégée, la ville succomba en 1404, et les Carrara, tombés aux mains de leurs implacables ennemis, furent, le 17 janvier 1406, étranglés à Venise dans leur prison.

Ainsi se trouva constituée la puissance de Venise en terre ferme. Maîtresse de tout le pays compris entre le Tagliamento, les Alpes et l'Adige, la République devenait désormais un des grands Etats de la Péninsule. Mais cet agrandissement de puissance devait lui coûter cher. Mêlée maintenant à toutes les affaires et à toutes les querelles de l'Italie, et d'autant plus disposée à poursuivre sur le continent une politique ambitieuse qu'elle y cherchera des compensations à l'Orient perdu, Venise, durant tout le cours du xve siècle, sera incapable de s'arrêter sur la route dangereuse où l'engagera son attitude agressive. Pour entretenir l'armée de terre nécessaire à ses entreprises, il

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li faudra, comme les autres États italiens, l'aire appel aux bras dos mercenaires, lourde dépense pour les finances de l'État et grave changement dans les mœurs d'un peuple, qui jusque-là s'était fait honneur de combattre en personne sur la mer pour la grandeur de la République. Ce fut à un étranger que fut confié, avec le litre de capitaine général de terre ferme, le commandement des 10.000 cavaliers et des 7.000 fantassins qui constituaient en temps de paix, vers le milieu du x\" sièi le. les forces vénitiennes sur le continent; et quoique la prudente défiance de la Seigneurie lui adjoignit toujours comme surveillants deux sénateurs, qui portaient le titre de provéditeurs généraux de l'armée, la République pourtant eut plus d'une fois à redouter, comme les autre États italiens, les effets de l'ambition sans scrupules de ses condottieri. Mais surtout, par ses visées ambitieuses et égoïstes, Venise inquiétera toute l'Italie, et elle soulèvera contre elle cette haine générale, dont la ligue de Cambrai sera la manifestation éclatante.

Le dogat de François Foscari. — Il sembla d'abord que tout allât à merveille pour Venise. En 1420, elle occupait le Frioul, ce qui augmentait son territoire et lui donnait vers l'Est une solide frontière. Mais, dans l'Italie du Nord, l'horizon s'assombrissait. Philippe-Marie Visconti apparaissait comme un ennemi redoutable. Maître de Milan, de Crémone, de Bergame, de Brescia, de Gênes, il ne cachait pas ses ambitions sur Vérone et Vicence. En face de cet adversaire menaçant, quelle attitude allait prendre la République?

Elle avait, à ce moment, à choisir entre deux politiques : l'une, qui considérait surtout les intérêts commerciaux de Venise, aspirait à assurer, dans la paix, le magnifique développement économique de la cité ; l'autre, plus ambitieuse, jugeait que la grandeur politique de l'Etat était le meilleur gage de sa richesse, et rêvait de faire de la ville de saint Marc une des grandes puissances de l'Italie. A cette heure décisive, où se jouait peut-être l'avenir de Venise, àprement, ardemment, les deux partis s'opposèrent. Dans un discours fameux, le vieux doge Thomas Mocenigo se prononça; et à la veille de mourir, résolument, instamment, il recommanda à ses concitoyens le maintien de la paix (1423). Rappelant, avec des chiffres précis, les heureux résultats de la politique économique de la République, la richesse que le commerce avait répandue dans la cité, les finances prospères, les bénéfices admirables, la dette publique diminuée, la flotte innombrable, il glorifiait hautement une attitude qui faisait de l'Italie entière « un beau et très noble jardin pour Venise » et des Vénitiens « les maîtres de l'or de la chrétienté. » Et fermement il concluait à la nécessité de maintenir la paix, et non moins fermement il déconseillait d'élire après lui François Foscari. « S'il est doge, déclarait Mocenigo mourant, vous vivrez en guerre perpétuelle. Qui possède aujourd'hui 10.000 ducats n'en aura plus que 1.000; qui a dix maisons en conservera une à peine. Vous dépenserez votre argent et votre or ; et votre réputation et votre honneur seront à la merci de- gens de guerre».

Mocenigo avait raison peut-être : son suprême conseil ne fut pas entendu. Malgré ses avertisse-

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ments. François Foscari fui élu, et les trente-quatre années (1423-1457) pendant lesquelles il gouverna

publique furent, en effet, une période de guerre presque perpétuelle. Dès le jour de son

ment, parlant du duc de Milan, il déclarait, qu'il fallait « écraser l'ennemi commun, pour

er le repos de l'Italie I mire le Yisconti, il s'alliait à Florence, et, infatigablement, pendant

k trente années (1426-1454), il poursuivait la guerre. Guerre accablante, et qui, maigre les soccès obtenus, devait être étrangement désastreuse pour Venise.

irait de peu d'intérêt de raconter les détails de cette lutte interminable. Ce qu'il en faut retenir plutôt, c'est (pie. par les conditions nouvelles où elle dut la conduire. Venise se trouva jetée dans un abîme de complications et de périls. Le xv' siècle est l'âge d'or des condottieri : pour commander ses armées, la République engagea les plus illustres, un Carmagnola, un Gattamelata, un François Sforca, x\n Colleone; mais, plus d'une fois, elle s'aperçut combien ces serviteurs à gages étaient

serviteurs peu sûrs. Carmagnola, en 1425,

abandonné le duc de Milan pour passer au

:e de Venise ; grâce à lui, Brescia d'abord, puis Bergame, étaient tombées aux mains des Vénitiens (1426-1427). Mais, en bon condottiere, Carmagnola se souciait peu de tirer tout le parti possible de ses victoires; aux exhortations de la Seigneurie, il répondait en alléguant le manque nt ou de fourrage, et, malgré les honneurs richesses dont on le comblait, il persistait dans sa molle et inquiétante inaction. En outre, il négociait ^ous main avec le duc de Milan,

UNE ISEPL'BMQLE PATRICIENNE : VENISE

jouant son jeu personnel au détriment des intérêts de la République. Pendant plusieurs années, Venise patienta, de crainte de jeter Carmagnola dans les bras de Visconti : mais, quand le condottiere se fut fait battre devant Crémone (1431), quand la Seigneurie, en bonne commerçante, comprit que, décidément, elle n'en avait pas, si j'ose dire, pour son argent, elle agit avec une décision vigoureuse. Carmagnola, mandé à Venise sous prétexte de conférer sur la conduite de la prochaine campagne, fut arrêté au moment où il allait sortir du Palais ducal. Son procès fut instruit avec rapidité et, le 5 mai 1432, entre les deux colonnes de la Piazzetta, le condottiere était décapité, comme coupable de négligence et de trahison. La leçon devait être profitable aux autres chefs de mercenaires. Sans doute, au cours de la guerre, plus d'un put changer de parti; mais tous, tant qu'ils servirent Venise, la servirent fidèlement.

De cette longue lutte, Venise, au reste, sortait, en apparence, environnée de prestige et de gloire. En même temps qu'elle conquérait tout le pays à l'est de l'Adda et qu'elle obtenait de l'empereur la confirmation de toutes ses possessions de terre ferme, elle s'étendait, d'autre part, en Romagne, où elle acquérait Ravenne (1441), Rimini, Faenza, Imola, Césène, et dans le Trentin, où elle obtenait Roveredo. La mort de Philippe-Marie Visconti (1447) et les troubles qui la suivirent lui permirent d'occuper Lodi et Plaisance; mais, avec le nouveau duc de Milan, François Sforza, la lutte recommençait plus terrible, quand la prise de Constantinople par les Turcs vint jeter l'émoi dans tout l'Occident. La paix s'imposait : aussi bien les Flo-

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rentins, s o • 1 s le sage gouvernement de Cosme de

is, commençaient à prendre ombrage de

l'équilibre italien se rompre au prolit de

Venise. Le 9 avril 1454. la paix fat signée à Lodi :

elle laissait aux Vénitiens Brescia et Bergame, et

leur donnait l'importante position stratégique de

Crémone, Eu même temps, Venise, Milan et FIo-

s'alliaicnt pour garantir l'équilibre ainsi

établi et le défendre contre quiconque tenterait

de troubler la paix de l'Italie. Et, fière de ces suc-

i République semblait n'avoir qu'à se féliciter

de la politique glorieuse conseillée par François

Foscari.

Le gouvernement de Venise en terre ferme. — 11 faut d'ailleurs lui rendre cette justice qu'elle gouverna bien ses nouvelles possessions, et les Vénitiens ne se flattaient pas lorsqu'ils déclaraient s'être conduits « de façon à conquérir le cœur et à avoir l'amour de leurs citoyens et sujets » [taliter quod habeamus cor et amorem civium et subditorum iwstrorum). Dans les villes de terre ferme, ils

tèrent soigneusement les institutions locales, conservèrent les statuts municipaux, les magistratures, les conseils, maintinrent aux familles patri-

s les droits anciens dont elles jouissaient. Pour représenter l'autorité de la Seigneurie et administrer les affaires, ils se contentèrent, dans chaque cité, d'installer deux fonctionnaires, un stat pour le gouvernement civil, un capitaine pour les choses militaires. Et, à ses nouveaux toujours la République prit souci d'assurer un régime de justice et de protection. Elle développa le bien-être matériel, eut soin de n'imposer

que des impôts modérés, s'appliqua de toutes manières à satisfaire les populations. Au vrai, cette façon d'agir coûtait à Venise plus qu'elle ne lui rapportait; mais elle y trouvait un précieux avantage moral, dans l'attachement indestructible que lui vouèrent ses sujets. Les cinq sages de terre ferme, créés au xve siècle, surveillaient de haut le gouvernement des possessions continentales de Venise; et, sous la bannière de saint Marc, les villes de terre ferme se trouvèrent heureuses, assez pour ne point, dans les plus graves crises, abandonner la République.

A la porte du Palais ducal, qu'on nomme la porta délia carta, un grand bas-relief, qui date de ce temps, surmonte la courbe de l'arcade. On y voit le doge Foscari agenouillé devant le lion de l'Évangéliste, dans un geste de prière et de reconnaissance. La cité devait à son premier magistrat l'hommage de cette représentation. Nul gouvernement, depuis bien des années, n'avait été plus glorieux et plus triomphal, du moins en apparence. En réalité, pourtant, nul ne fut plus désastreux. Lorsque, en 1457, par un acte presque unique dans l'histoire de Venise, le Conseil des Dix contraignit le vieux doge, affaibli par l'âge, à abdiquer, la cité de saint Marc était à la veille de payer chèrement les succès de l'audacieuse et énergique politique de Foscari. S'étant aarandie et enrichie aux dépens de tous, elle s'était attiré la haine de tous. Elle s'était aliéné les sympathies par son égoïsme. elle avait inquiété par son ambition ; déjà on soupçonnait Venise de menacer la liberté de toute l'Italie. Elle allait tristement expier sa gloire.

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Les difficultés de la politique vénitienne. — Lorsque, en L466, mourut François Sforza, duc de Milan, crut l'occasion bonne pour reprendre

ambitions anciennes sur la Lombardie. Florence, sous le faible gouvernement de Pierre de Médicis, semblait impuissante à contrecarrer ses projets : et. pour empêcher plus sûrement toute intervention de sa part, la République autorisait sous maiu son condottiere Colleone à soutenir par les armes les exilés florentins, adversaires des Médicis. En même temps, la diplomatie vénitienne travaillait à Gène-, à la cour de Savoie, ailleurs encore, pour cré< i des ennemis au jeune duc de Milan. Le seul résultat de toutes ces intrigues fui de provoquer la formation d'une ligue générale, où Florence, Naples, Milan et le pape se mirent d'accord pour maintenir la paix dans la péninsule; et le duc Galéas-Marie, tout en cherchant à s'accommoder avec la cité de saint Marc, expliquait fort clairement aux envoyés de la Seigneurie la défiance qu'inspirait partout la politique de la République. « Si vous saviez, leur disait-il, la mauvaise volonté que tous ont contre vous, vos cheveux s'en hérisseraient, et vous laisseriez chacun vivre tranquille chez lui. » Et il ajoutait : « Croyez-vous que les puissances d'Italie entrées la Ligue soient fort amies les unes des autres? Non certes. La nécessité seule les a conduites a cette alliance ; elles y ont été contraintes par la peur qu'elles ont de vous et de votre puissance. Pour vous rogner les ailes, chacun travaillera de tout son pouvoir. Je vous jure que le pape, quoiqu'il soit votre compatriote, fera pis que les autres pour cela. Le roi de Naples ne pense qu'à vous

nuire; et si sa puissance égalait sa mauvaise volonté, il vous ferait disparaître de la face du monde. Vous savez quelle est pour vous l'amitié des Florentins et des Génois : toutes les autres communes d'Italie pensent comme eux. Tout l'argent que vous dépensez ne vous a rapporté que mauvaise renommée, car chacun dit que tous voulez dévorer le monde entier. »

Le duc de Milan avait raison. L'Italie entière se défiait de Venise cl devait être prête désormais, en toute occasion, à se coaliser contre elle ; et les alliances mêmes que la politique fera conclure avec la République ne seront jamais des alliances durables, personne ne se sentant assuré contre l'ambitieux égoïsme de la cité de saint Marc.

On le vit bien en 1483. A ce moment, Venise était en guerre avec Ferrare, sous prétexte que cette ville faisait concurrence au commerce du sel, dont les Vénitiens réclamaient le monopole, en réalité dans l'espoir d'agrandir de ce côté son territoire. Les premières opérations militaires avaient été heureuses, assez pour alarmer l'Italie. Aussi, dès 1481, sur l'initiative de Laurent le Magnifique, Florence, Naples, Milan, s'étaient déclarées pour Ferrare ; en 1483, le pape Sixte IV, jusque-là allié de la République, l'abandonnait et lançait sur elle l'interdit. Sans se laisser abattre par cette coalition générale, Venise, résolument, poursuivait la guerre, et la paix de Bagnola, en 14S4, lui laissa même une partie de ses conquêtes, la Polcsine et Rovigo. Ce n'en était pas moins une chose grave pour Venise, que cet isolement où elle se trouvait réduite en Italie, au moment même où les expéditions des Français dans la

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Péninsule allaient étrangement y compliquer la situation politique.

Venise et la France. — Dès le mois de janvier S -:ieune ne s'était point fait scrupule vrau nouveau roi de France, Charles VIII, une descente en Italie, et de proposer au duc d'Orléans une conquête en commun du Milanais. Pourtant, lorsque, dix ans plus tard, les Français apparurent dans i;i péninsule, Venise commença par se réserver, et conserva une stricte neutralité, cherchant de quel côté elle trouverait le plus d'avantages. Vainement, p >ur la décider, Charles VIII lui fit-il offrir Otrante et Brindisi dans le Napolitain conquis, et des postes dans l'Orient à conquérir. Venise déclina ces propositions et ne fit bon accueil à i'ambassade de Commynes que pour mieux duper le diplomate. Le 25 mars 1495, la République prenait parti : elle formait avec le pape, le duc de Milan, l'empereur et le roi d'Esp une alliance pour défendre contre la France l'indépendance de l'Italie; et ses stradiots combattirent à Fornoue contre l'armée de Charles VIII. Depuis que la Seigneurie s'était engagée dans les affaires continentales, il semblait que sa politique, trop habile, eût perdu quelque peu de son ferme bon sens d'autrefois.

Venise s'était prononcée contre Charles VIII ; ■ lie s'entendit d'abord avec Louis XII. Par crainte de Ludovic le More, dans l'espoir aussi de salis- Caire ses ambitions éternelles vers le Milanais, elle fit bon accueil aux ouvertures du gouvernement français et s'accorda avec lui, en février 1499. « pour détruire le duc de Milan ». Elle obtenait

promesse qu'on lui céderait Crémone et la Ghiera d'Adda pour prix de son appui dans la conquête du Milanais. Conformément à ce traité, la Seigneurie mit sur pied 15.000 hommes environ, et prit sa part de la lutte en enlevant Crémone et Lodi. Un peu plus tard, à la mort de César Borgia, les Vénitiens trouvèrent une nouvelle occasion de s'agrandir : ils s'emparèrent de quelques lambeaux du royaume qu'avait tenté de fonder le fils d'Alexandre VI. Ce furent Faenza, Rimini, Césène, auxquelles ils ne désespéraient pas d'ajouter Imola et Forli.

Mais, tandis que ces empiétements en Romagne mécontentaient le pape, le contact trop immédiat avec les Français, établis dans le Milanais, altérait la cordialité des rapports de Venise avec Louis XII. Dès 1501, le roi de France songeait à s'entendre avec l'empereur pour agir contre la ville de saint Marc ; l'un des traités signés à Blois en 1504 était un projet de ligue contre la République, de partage de ses possessions continentales, et le pape y intervenait. Depuis 1503, en effet, Jules II était monté sur le trône pontifical; Génois d'origine, il détestait violemment les Vénitiens ; surtout, il ne leur pardonnait pas d'avoir enlevé au Saint-Siège Ravenne et la Romagne. Un de ses premiers mots avait été : « J'armerai contre eux tous les princes de la chrétienté »; il le fit comme il l'avait dit. Du jour où il régna, on ne parla plus à Rome que de l'insolence des Vénitiens, de la haine qu'ils soulevaient; on n'attendit, on ne chercha que l'occasion de les humilier. Machiavel, alors en ambassade auprès du Saint-Siège, déclarait que le pape se liguerait avec n'importe qui pour « détruire une puissance

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