POLITIQUE CONTINENTALE DE VBNI8B
dont tous les Etats désirent l'abaissement ». Jules II fulminait : « Je vous ramènerai, disait-il à l'ambassadeur de Venise, à l'état d'un village de pécheurs ». A quoi le diplomate répondait, non sans insolence : « Et nous, Saint-Père, si vous - pas raisonnable, nous ferons de vous un petit curé. » Mais Venise avait lassé, inquiété, mécontenté tout le monde; chacun avait quelque territoire à revendiquer sur elle. Louis XII, depuis longtemps, se défiait de son attitude équivoque; Maximilien lui était franchement hostile. De toutes ces haines sortit la ligue de Cambrai (150S).
Contre les Vénitiens, usurpateurs des droits et biens du Saint-Siège, le roi de France et l'empereur formèrent une alliance, à laquelle se joignirent le pape, le roi d'Aragon, les ducs de Ferrare, de Mantoue et d'Urbin. Au 1" avril 1509, les coa-
- - levaient en\ahir le territoire de la République; après la guerre, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, Roveredo seraient données à l'empereur; Brescia, Bergame, Crémone au roi de France ; Ravenne et la Romagne au pape; Otrante et les villes vénitiennes de Pouilie au roi d'Espagne. L'interdit était lancé sur Venise. La cité de saint Marc semblait perdue.
Avec son habituel et tenace courage, elle tint i ;i pourtant. Elle mit en ligne 40.000 hommes et une artillerie excellente; elle n'en subit pas moins, idel (mai 1509), une défaite écrasante. Elle fi ut, après ce désastre, abandonner toutes ses posses-; de terre ferme. Déliant les villes du continent du serment de fidélité, rappelant ses garnisons, elle se concentra dans ses lagunes, où elle se savait imprenable. Et tandis que le roi de
France emportait sans coup férir Brescia, Peschiera, Trévise, Pâdoue, Vérone, elle aimait mieux négocier que combattre. L'inaction de Maximilien, la mésintelligence entre les alliés, l'évolution de Jules II surtout la tirèrent d'affaire. Dès le mois de juillet 1509, le pape accueillit les envoyés de Venise. La République ayant restitué au Saint- Siège ses conquêtes de Romagne, le souverain pontife en était arrivé à ses fins. Il pardonna donc volontiers et, en février 1510, leva l'interdit. C'était la rupture de la ligue de Cambrai : l'entrée en scène de la papauté sauvait Venise de la ruine.
La fidélité des villes de terre ferme à la République n'avait pas été étrangère à ce résultat; et cet attachement fait grand honneur au gouvernement de Venise. Les bourgeois de Trévise avaient chassé les troupes de la ligue; les paysans du Vicentin avaient fait aux soldats de l'empereur une guerre de partisans; Padoue, un moment occupée par les impériaux, avait avec empressement ouvert ses portes aux forces vénitiennes, qui y firent une belle résistance. Et, par ailleurs, pour la politique nouvelle dirigée contre la France que Jules II allait inaugurer, la réconciliation avec Venise était une condition indispensable. « Si Venise n'existait pas, déclarait maintenant le souverain pontife, il faudrait en faire une autre. »
Pendant les années qui suivirent, la République se prêta à toutes les combinaisons diverses de la politique européenne, dans l'espoir de recouvrer ce qu'elle avait perdu de son domaine de terre ferme ou de l'agrandir. Elle entra en 1511 dans la Sainte- Ligue, et combattit les Français, comptant par là reprendre les villes perdues en 1509. Puis, après la