‹ Venise, une republique patricienneChapitre 41 sur 50 · VBN1SB AD X\ IB · texte numérisé non relu

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Mais, de toutes les fêtes vénitiennes, la plus fameuse demeurait toujours la fête de l'Ascension, la Sensa. De Brosses a joliment décrit ces processions de gondoles, qui faisaient en ce jour escorte au Bucentaure, et qui étaient, comme il dit, « un morceau divin. » C'étaient les gondoles de la République, « superbement sculptées et dorées», que montaient des gondoliers «en chapes de velours rouge chamarrées d'or avec de grands bonnets à l'albanaise », et si fiers de cet équipage qu'ils ne se donnaient pas la peine de ramer; c'étaient les gondoles des ambassadeurs, « plus riches et plus galantes encore », car seuls, les diplomates avaient le privilège d'avoir des gondoles qui ne fussent pas noires. Parmi les cloches carillonnantes et les salves d'artillerie, sur l'eau parsemée de fleurs, sous le clair soleil de Venise, toutes ces embarcations accompagnaient jusqu'au Lido la galère du doge, glissant sur la lagune entre la double file des vaisseaux pavoises qui faisaient la haie sur son passage. Après la symbolique cérémonie, — étrangement dérisoire et vaine au xvm* siècle — du Sposalizio del mare, le soir, un grand banquet réunissait au palais ducal la Seigneurie et les représentants des puissances étrangères, banquet somptueux, où les mets ies plus recherchés, les vins les plus délicats se succédaient sur la table parée de châteaux en cire, d'arcs de triomphe et de trophées en verre do Murano. Sur la place Saint-Marc, se tenait une véritable foire, et la foule, en habits de gala et masquée, se pressait aux baraques et aux étalages, avec des cris, des rires, des plaisanteries qui mettaient partout un air de fête.

©'autres jours, c'étaient des régates, des parties de plaisir au Lido, des divertissements variés sur les places et le long des fondamenta. Le quai des Esclavons, la place Saint-Marc, le môle, étaient toujours pleins de baraques de marionnettes, de cirques de chevaux et de pantomimes, de charlatans et de faiseurs d'horoscopes, de vendeurs de fards et de parfums, de conteurs et d'improvisateurs. Aux jours de fête des paroisses, — ce qu'on nommait les sagre — le peuple, après la procession, dansait dans les campi décorés de tapis et d'étendards, parmi les boutiques improvisées et les étalages des marchands de beignets aux cuivres étincelants; les filles du peuple, en belle toilette, dansaient la furlana ou la monferrina; sur les canaux tranquilles s'élevaient des chansons joyeuses; les gondoliers, dans la douceur des nuits sereines, se renvoyaient les cantilènes du Tasse, et le peuple, insouciant et confiant, laissait aux patriciens les préoccupations de la politique ; bavard, malicieux, paresseux, vivant de peu, content de peu, il jouait à la loterie, s'amusait aux plaisirs du carnaval, et passait le temps joyeusement.

Pour accueillir les hôtes de distinction qui lui rendaient visite, Venise enfin demeurait toujours hospitalière et magnifique. Durant tout le cours du xvm8 siècle, elle n'a cessé de recevoir les rois de l'Europe. Joseph II vint à deux reprises, en 1769 et en 1775, dans la ville des lagunes; Paul Ier de Russie y fit séjour en 1782, Gustave III de Suède en 1784. Le pape Pie VI fut en 1782 l'hôte de la République, ce qui ne s'était point vu depuis les temps d'Alexandre III. Puis c'étaient les princes de

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moindre importance, les généraux illustres qui venaient, dans l'intervalle de deux campagnes, Ire io peu de bon temps à Venise, les ambassadeurs de l'Europe entière : et pour tous, la cité de saint Marc se mettait en frais de somptuosité et d'élégance.

Au temps du carnaval, c'est-à-dire pendant près de la moitié de l'année, il ne venait pas moins de 30.000 étrangers à Venise. Et s'ils a/étaient guère reçus dans l'intimité des maisons particulières (en debors des grandes réceptions, la vie vénitienne demeurait assez fermée), ils étaient en revanche librement admis à toutes les fêtes, à tous les divertissements que dispensait libéralement la République. Et par le spectacle incessamment changeant qu'elle offrait aux gens, par la beauté du décor, par la splendeur des fêtes, par la douce facilité de la vie, Venise passait, dans toute l'Europe, pour la plus séduisante ville qu'il y eût au monde.

Les particuliers, aussi bien, rivalisaient avec la Seigneurie pour accroître l'éclat des cérémonies et la splendeur de la cité. A côté des beaux palais qu'avaient édifiés le Moyen Age et la Renaissance, le xvn* et le xvin8 siècle ont vu s'élever des constructions à peine moins magnifiques. Le palais Pesaro date de 1679; le beau palais Rezzonico, chef-d'œuvre de Longhena, est de 1680; le palais Labia fut construit entre 1720 et 1750. Dans cette dernière habitation patricienne apparaît, dans toute sa magnifique élégance, l'art du grand décorateur qui, au xvina siècle, couvrit de ses peintures tant d'églises et de palais vénitiens. Les fresques où. avec tant de grâce spirituelle, Tiepolo a représenté la réception qu'Antoine fit à Cleo-

pâtre, sont assurément, parmi les plus charmantes images qui nous restent de la vie vénitienne disparue. Et pareillement, aux plafonds du palais Rezzonico, aux murailles de la vijla Valmarana ou de la villa Contarini, à Mira, aux voûtes de l'église des Scalzi ou de Santa Maria des Frari, Tiepolo, avec une verve infatigable, une merveilleuse facilité d'improvisateur, une fantaisie souvent délicieuse, a continué, non sans gloire, la tradition de Véronèse et mis, dans le domaine de l'art aussi, au front de Venise, une suprême splendeur. Le luxe de l'habillement correspondait au luxe de la maison. Dans le costume masculin, la fine élégance du xvm8 siècle avait remplacé les graves et solennelles robes d'autrefois par des ajustements moins surannés. Quand ils ne siégeaient pas en conseil, quand ils n'exerçaient pas une fonction publique, les nobles portaient, à la mode de France, les culottes courtes, les bas de soie, l'habit brodé, les manchettes de dentelle, l'épée au côté, le chapeau triangulaire et la perruque. Les femmes, qui autrefois sortaient assez rarement, employaient maintenant la journée en visites et en promenades, et la toilette en conséquence était leur grand souci. L'arrangement de la coiffure surtout était une affaire grave. Boucles, ornements, oiseaux, fleurs et fruits s'échafaudaient sur les cheveux, généralement faux, et poudrés à blanc, en édifices très compliqués, et les mauvais plaisants disaient que les femmes « portaient, à la façon des marchandes de légumes, un éventaire sur la tête », ou que « le visage, comparé à la masse de cheveux qui l'environne, semblait le point de la terre comparé à la circonférence de

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tout le ciel . Faut-il parler des robes, robes à paniers, robes à cloche, robes à l'anglaise, robes à la turque, fourreaux, lévites, polonaises, dont la mode changeait incessamment? Chaque année, au jour de l'Ascension, on lançait les toilettes nouvelles, et chacune s'empressait de s'y conformer. Naturellement, le soin de la figure complétait la recherche de l'ajustement. Les Vénitiennes faisaient grande consommation d'eaux de senteur, de poudre de riz, de fard, de gants parfumés, et les mouches qui, selon la place où elles étaient posées, prenaient une signification particulière (la passioymée occupait le coin de l'œil, l'assassine le coin de la bouche, et l'effrontée la base du nez), se disposaient en un ordre savant et pittoresque pour donner du relief à la beauté.

Aussi le perruquier était-il, dans cette société, un très important personnage, fort avant dans la confiance de ses clientes, et dont la coiffure n'était point toujours l'unique attribution. Et pareillement le maître à danser tenait grande place dans cette vie fastueuse et douce, élégante et frivole, qui était celle des Vénitiennes du xvin* siècle. Vainement les lois somptuaires s'efforçaient de restreindre les progrès du luxe et la folie des dépenses, imposant à la dogaresse même de donner l'exemple d'une relative simplicité, et condamnant sévèrement « cet esprit de vanité et de légèreté » qui dissipait les fortunes et ruinait la cité. Autant en emportait le vent. Entre la toilette, les visites, les promenades, le spectacle, la galanterie, joyeusement les belles Vénitiennes menaient leur existence insouciante, étudiant devant leur miroir les sourires cérémonieux et les attitudes élégantes.

enjouées et spirituelles souvent, aimables et charmeuses toujours, et mettant, jusqu'à la veille de la catastrophe suprême, une grâce sur Venise finissante.

Les divertissements. Le earnayal de Venise. — Chaque saison apportait au reste d'autres divertissements.

L'hiver était le temps du carnaval. Il durait depuis Noël jusqu'au mercredi des Cendres; mais, comme le masque se portait également pendant les quinze jours de fête qui suivaient l'Ascension et pendant les fêtes d'automne, qui allaient du commencement d'octobre à Noël, « on peut compter ici, comme dit de Brossés, six mois où qui que ce soit ne va autrement qu'en masque, prêtres ou autres, même le nonce et le gardien des capucins. C'est l'habit d'ordonnance; et les curés seraient, dit-on, méconnus de leurs paroissiens, l'archevêque de son clergé, s'ils n'avaient le masque à la main ou sur le nez. » « Dans les autres Etats de l'Europe, dit un pamphlet du temps, la folie du carnaval ne dure que quelques jours : ici on a le privilège d'extravaguer six mois de l'année. » Pendant cette période, tout le monde, hommes et femmes, nobles et gens du peuple, et les plus graves magistrats même, portait le loup, blanc ou noir, et la bauta, et, sous le déguisement, chacun, sans contrainte ni cérémonie, s'en allait librement partout. Cela donnait à la ville un charme infini. « La fameuse liberté de Venise, écrit Saint-Didier, y attire les étrangers en foule; les divertissements et les plaisirs les y arrêtent. » Le gouvernement de la République y trouvait son

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Compte et encourageait volontiers celle frivolité ; meurs. » Dans tout ce qui n'a pas trait an gouvernement, on jouit à Venise, dit encore Saint- Didier, de la plus grande liberté, et les étrangers ■>nt point gênés. » « En entrant dans eette ville, lit-on ailleurs, on respire un air de volupté. •> le carnaval de Venise était-il célèbre dans l'Europe entière.

Pendant six mois, sur la place Saint-Marc, et par es de Venise, s'agitait la foule joyeuse des masques. Pendant six mois, c'était une ivresse, une fièvre d'amusement. « Les Vénitiens, dit un contemporain, prenaient un nouvel esprit en changeant d'habit : ils ne conservent rien de leur gravité, de leur réserve et de leur façon d'agir originaire. » Avec le déguisement, il semblait que chacun revêtit une autre âme. « Chacun, lit-on ailleurs, remplit à merveille le rôle qu'il a choisi. Si vous parlez à uu Arlequin, vous le trouverez aussi évaporé qu'un Français et aussi polisson qu'un Irlandais; le jurisconsulte a un ton de dispute, le médecin a l'air pédant. » Aussi était-ce une joie que les conversations des masques, que les plaisantes folies qu'ils imaginaient. Et pendant six mois, ce n'étaient que fêtes et festins, mascapompeuses et réunions joyeuses dans les boutiques où se vendait le vin de Malvoisie; sur la place, sur les quais, ce n'étaient que spectacles divers, acrobates et funambules, astrologues et improvisateurs, théâtres de marionnettes et musiciens en plein vent, ménageries et cosmoramas; et tout cela s'achevait par les grandes fêtes qui marquaient la semaine finale. Le jeudi gras, sur la place Saint-Marc, il y avait course de taureaux et

feu d'artifice; et telle était la folie générale que les enfants en bas âge même portaient le masque, et que, pour aller au marché, les domestiques mettaient le loup.

Le jeu aussi était un des grands divertissements du carnaval et de l'année entière. Dans la grande salle du Ridotto de la rue San-Moïsè, bourgeois et patriciens perdaient ou gagnaient des fortunes à la bassette ou au pharaon. Lorsque, en 1774, le Grand Conseil, « pour supprimer le vice du jeu dans son principal siège », en décida la fermeture, ce fut dans toute la ville une désolation universelle et beaucoup, surtout parmi la noblesse pauvre des Barnabotti, se plaignirent d'avoir, avec leur plaisir, perdu leur gagne-pain. Mais les jeux de hasard trouvaient asile aussi dans les Casinos, plus discrets, plus intimes, et où on ne jouait pas avec moins de fureur, malgré toutes les ordonnances du Conseil des Dix. Les femmes même y fréquentaient, les plus grandes dames mêlées aux plus infimes, et « les dames pauvres, dit un contemporain, pour pouvoir payer et continuer à s'amuser, étaient réduites à amuser les autres presque aux yeux de tous. » Dans ce monde fort mêlé, le ton était fort libre, et le jeu n'était souvent que le prétexte et l'occasion d'autres plaisirs. Toutefois les cartes demeuraient une des passions maîtresses des Vénitiens, et les domestiques même n'y échappaient point. En 1781, les inquisiteurs firent fermer un casino, qui « avait été fondé par des valets de chambre, par leurs femmes et d'autres personnes de même condition et où l'on jouait et vivait avec un luxe peu en rapport avec leur état. »

Le théâtre enfin était un des grands plaisirs des

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Vénitiens. La saison commençait en octobre, et, jusqu'à la fin 8n carnaval, les salles de spectacle «lissaient pas. <ïn y donnait la comédie, ii venait d'élever à la hauteur d'un genre littéraire, Bt la vieille commedia deU arte, particulièrement chère à Gozzi ; on y donnait le grand-opéra et l'opéra-bouffe ; et Venise entière se passionnait pour les ténors, les comédiens et les On l<i- recevait, on ne parlait que d'eux; ils étaient eux aussi, une des gloires de la ville. La Todi, une cantatrice portugaise, souleva un tel enthousiasme que ses admirateurs firent graver son portrait avec cette date : « A Venise, Tannée de la Todi ». Jadis, aux temps glorieux de la République, on avait dit : « l'année de Lépante » (amius victorise nnvalis).

L'été se passait en grande partie à la campagne. De Padoue à Fusina, tout le long de la Brenta, ccédaient, dans un paysage charmant, les palais magnifiques, les villas élégantes, les jardins délicieux, r qui, dit un contemporain, ravissent les yeux et le cœur des hommes ». A côté des somptueuses demeures des Contarini à Mira ou des Foscari à la Malcontenta, les Pisani avaient, au ivin* siècle, bâti la splendide villa de Stra, avec ses façades imposantes, ses jardins pleins de statues et de fontaines jaillissantes, ses longues allées triques bordées d'arbres taillés en vases ou en pyramides, son labyrinthe mystérieux. D'autres nobles de Venise avaient de semblables maisons aux pentes des monts Euganéens, en Frioul ou dans la marche de Trévise ; et tout ce qui c

! s'y transportait pendant l'été. Oi liait gaiement par le bwchielle ou coche d'ean ; on y

emportait avec soi toutes les habitudes de la ville Le goût de la nature, au xvme siècle, était une mode comme une autre ; on y sacrifiait, mais sans rien abandonner de ses divertissements coutumiers. Les patriciens emmenaient avec eux leurs laquais en livrée, leurs voitures dorées, leur cuisinier français, et la vie se passait, comme à Venise, en festins et en fêtes. La promenade, la conversation, la danse alternaient avec la musique et le jeu ; et toute occasion était bonne pour étaler son faste et sa richesse.

Les mœurs. — Un proverbe vénitien résumait ainsi l'existence d'un citoyen de Venise : « Alla mattina, una messeta, al dopodisnar, una basseta, c alla sera una doneta ». Le président de Brosses illustre cette définition en déclarant « qu'il n'y a pas de lieu au monde où la liberté et la licence régnent plus souverainement » qu'à Venise. « Ne vous mêlez pas du gouvernement, ajoute-t-il, et faites d'ailleurs tout ce que vous voudrez. » On ne s'en faisait pas faute à Venise. Les mœurs y étaient faciles et corrompues. Dans le ménage vénitien, le cavalier servant, le sigisbée, qui souvent aidait sa dame même à s'habiller, ou lui tenait compagnie, assis auprès de son lit, était une institution, qui parfois figurait jusque dans les contrats de mariage. Le mari, qui eût été ridicule à se montrer en public avec sa femme, cherchait ailleurs des divertissements ou des consolations. Aussi les divorces étaient fréquents, non point que la jalousie y eût la moindre part ; quand l'union n'était point dissoute par consentement mutuel, des raisons d'argent ou de carrière étaient le principal

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motif invoqué pour la séparation. Il va de soi, d'autre part, qu'en une ville où les étrangers abondaient, les courtisanes étaient nombreuses. * Elles composent, dit de Brosses, un corps vraiment respectable par les bons procédés. Il ne faut pas croire, pourtant, comme on le dit, que le nombre en soit si grand que l'on marche dessus; cela n'a lieu que pendant le temps du carnaval, où l'on trouve sous les arcades des Procuraties autant de femmes couchées que debout; hors de là, leur nombre ne s'étend pas à plus du double de ce qu'il y en a à Paris; à la différence de celles de Paris, toutes sont d'une douceur d'esprit et d'une politesse charmantes. » Aussi, malgré les protestations du Sénat, ému de les voir « se multiplier d'une manière si excessive », elles menaient grand train et avaient grand succès. Et les Vénitiens trouvaient presque un motif de fierté dans la beauté et la célébrité de leurs courtisanes.

Jusque dans les couvents, la liberté des mœurs était extrême. Malgré les efforts incessants du Conseil des Dix pour « régler la vie licencieuse des monastères de femmes », ces asiles de recueillement et de rêve étaient envahis par toutes les habitudes et les plaisirs du monde. Les religieuses, dont beaucoup avaient pris le voile par contrainte plus que par vocation, s'habillaient avec élégance, recevaient avec grâce, donnaient à goûter magnifiquement; le parloir était un salon, où la conversation, la musique, la danse, le théâtre alternaient agréablement, et souvent jusque fort avant dans la nuit les couvents retentissaient de chansons joyeuses et de rires. Un pamphlet du xvne siècle décrivait ainsi la vie des monastères de femme» à

Venise : « Elles vivent sans piété ni dévotion. Quelques-unes s'habillent d'une manière assez libre, se frisant les cheveux, se décolletant presque comme nos mondaines, et beaucoup d'entre elles ont leurs amoureux, qui vont les visiter souvent et faire la causette. Pendant le carnaval, il y en a qui se déguisent et leurs amants viennent les chercher en gondole. » De Brosses ne parle guère autrement des religieuses de Venise. « Toutes celles que j'ai vues à la messe, au travers de la grille, causer tant qu'elle durait et rire ensemble, m'ont paru jolies au possible et mises de manière à faire bien valoir leur beauté. Elles ont une petite coiffure charmante, un habit simple, mais bien entendu, presque toujours blanc, qui leur découvre les épaules et la gorge, ni plus ni moins que les habits à la romaine de nos comédiennes. » Et il affirme avec quelque ironie, qu'au temps où il était à Venise il y avait « une furieuse brigue entre trois couvents de la ville, pour savoir lequel aurait l'avantage de donner une maîtresse au nouveau nonce. »

Il semblait que, volontairement, Venise, à la veille de la ruine, cherchât à s'étourdir, pour ne point voir la catastrophe qui approchai..

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