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CHAPITRE II La formation de la grandeur vénitienne

(DU VIe AU XI* siècle)

Les premières formes du gouvernement. — La conquèbde l'indépendance. — Le développement économique. — La civilisation vénitienne. — La domination de l'Adriatique.

Si l'on essaie d'analyser les éléments de la grandeur vénitienne, de rechercher les causes qui déterminèrent sa prospérité économique, l'orientation de sa politique et le caractère même de sa civilisation, un fait apparaît qu'il faut noter d'abord : c'est l'importance des relations qu'à tous les siècles de son histoire la cité de saint Marc entretint avec l'Orient. Aux premiers jours de son existence, et durant de longues années, Venise fut soumise à Byzance : sujette des empereurs depuis le vie jusqu'au milieu du ixe siècle, elle resta ensuite leur vassale, en attendant qu'elle devînt leur alliée et, plus tard, leur héritière. Et ces rapports étroits et constants ont marqué d'une particulière empreinte sa primitive histoire, toute la période qui va des origines au xi* siècle, pendant laquelle s'établit et se fonda la future grandeur de la cité.

Les premières formes du gouvernement. — C'est de Byzance que sont venues à Venise ses institutions les plus anciennes, et les premiers linéaments de sa constitution. La Vénétie fut, au vie siècle, une des provinces de l'Italie byzantine; et, sous l'autorité suprême de l'exarque de Ravenne, les cités de la lagune furent d'abord administrées, comme toutes les villes de l'exarchat, par des fonctionnaires portant le nom de tribuns : ils étaient choisis dans l'aristocratie locale, élus peut-être par la population, en tout cas confirmés par l'empereur. A ces tribuns, se superposa, vers la fin du vne sièple, un duc, qui, d'abord, fut, lui aussi, nommé par le gouvernement impérial; mais lorsque, en 726, l'Italie s'insurgea contre Byzance, le duc devint électif et fut choisi par les tribuns et le clergé des cités. Après quelques essais de résistance, l'autorité byzantine accepta le nouveau régime, qui devint définitif à partir de 742.

Assurément ce duc — le doge futur — ne fut guère, à l'origine, ce qu'il sera plus tard; et c'est par un véritable anachronisme que la chronique vénitienne le représente investi, dès le début, de pouvoirs presque souverains. Bien que devenu électif, le duc de Vénétie n'en restait pas moins le sujet et l'homme de l'empereur byzantin, « le très humble duc de Venise », ainsi que lui-même s'intitulait ; et alors même qu'au milieu du ixf siècle, ce lien de sujétion un peu étroite se relâcha, l'empreinte byzantine persista toute-puissante autour du chef de l'Etat vénitien dans les titres qu'il portait, dans le cérémonial (}ont i} s'environnait, dans le caractère même du pouvoir

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qu'il exerçait. L'habillement ducal rappelait le cpstunae Qj mes il.' lia\enne cl des einne-

jvurs de Const^DtîUQple : on priait, pour le duc dans Ie> -clou les l'orniules grecques;

quand il mourait, ses funérailles étaient ordonnées selon le§ rites de l'étiquetée byzantine. Pareillement, le duc s'enorgueillissait de recevoir et de porter les titres ^opores, des dignités de la cour de Byzance : au ixe siècle, au x% plus tard encore, les ducs de Venise ajoutaient fièrement à leur nom les appellations d'hypatos, de prûtospathairc, de patrie: ou de proedre impérial. Ils étaient heureux d'envoyer leurs f}}s la'n- un séjour à Constantinople, de s'allier par des mariages à la famille auj régnait à Byzance. C'est que de tout cela leur ; olitique tirait profit autant que leur vanité : dans le prestige, qui leur venait de Byzance lointaine, leg ducs trouvaient, vis-à-vis du peuple qu'ils gouvernaient, un élément de puissance, de foi de durée.

De bonne heure, en effet, les ducs de Venise tendirent à rendre leur pouvoir héréditaire; pour en faciliter la transmission, ils associèrent, de leur vivant, leurs fils à leur autorité, et ils fondèrent ain.-i de véritables dynasties. De 811 à 887, sept l'arteciaci occupèrent, presque sans interruption, la magistrature suprême; de 932 à 976, elle appartint à la famille des Candiani, de 976 à 1032, à celle des Orseoli. Sans doute cette évolution vers la monarchie ne s'accomplit pas sans résistances; a. nt à iutter contre l'hostilité jalouse de l'aristocratie locale, contre la mauvaise volonté des patriarche de (Srado. l/hisloire primitive de Venise est pleine, comme celle de Byzance, de

conspirations contre les souverains, d'agitations et de révolutions intérieures. De toutes ces difficultés, les ducs vinrent à bout, surtout grâce au concours que ne leur ménagea point l'empereur grec, leur protecteur. Et quand, en 812, le duc installa définitivement sa résidence à Rialto, quand l'attraction croissante de la capitale nouvelle, y attirant les grandes familles des autres cités, mit ainsi cette aristocratie plus directement sous la main du prince, le pouvoir ducal ne cessa plus de s'accroître.

A l'image de l'empereur byzantin, leur protecteur et leur modèle, les doges du ix* au xie siècle s'étaient constitué une autorité toute monarchique. L'élection populaire qui les désignait était devenue bien vite une pure formalité. Quand le nouveau chef de l'Etat vénitien avait été salué par les acclamations d'une assemblée assez tumultueuse, il était conduit en grande pompe à la basilique de Saint-Marc. Là, le primicier, chef du clergé de l'église, l'investissait en lui remettant le sceptre et la bannière à l'image de saint Marc ; ensuite, au palais, le doge recevait le serment de fidélité de son peuple. Dès lors, chef suprême de la cité, le doge présidait la haute cour de justice (curia ducis), centre de l'administration publique aussi bien que de l'administration judiciaire, et où le doge appelait à ses côtés les représentants du clergé, de l'aristocratie et du peuple. Le doge convoquait l'assemblée populaire, nommait les fonctionnaires et les juyes, commandait l'armée, concluait les traités, décidait de la paix et de la guerre; il administrait les finances de l'Etat avec une autorité absolue, à ce point que le trésor public (caméra

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palata >e cùnfondait avec la caisse particulière du prince caméra tlucis). Il exerçait sur le clergé un pouvoir sans limites; il avait des gardes, comme un roi.

Dans la tradition oligarchique des siècles postérieurs, certains de ces preniiers doges — un l'ierre IV Candiano (959-976) par exeniple — sont représentés comme de véritables tyrans. Saps doute leur autorité était partiellement limitée par la collaboration de l'aristocratie, qui assistait le dans le gouvernement et l'administration de la justice, et dans les rangs de laquelle se recrutaient les hauts dignitaires ecclésiastiques et civils: elle était limitée par l'existence de l'assemblée populaire, que dirigeaient les chefs de cette aristocratie. Et de cet antagonisme naissaient des conflits souvent sanglants, des tragédies à la byzantine, où se manifestait l'horreur que Venise éprouva de bonne heure pour la monarchie absolue.

En 976. Pierre IV Candiano était doge. C'était un homme actif, hardi, ambitieux et puissant; marié à une nièce de l'empereur Otton Ier, fier de cette alliance et de sa propre richesse, il rêvait de plier sous sa main l'aristocratie vénitienne. Jl avait, selon une habitude chère aux doges, installé son fils sur le siège patriarcal de Grado, pour concentnr dans sa famille l'autorité politique et religieuse, et durement il brisait toutes les résistances. Un complot se trama pour le renverser. Mais le palais ducal était une citadelle, et la garde personnelle du doge en assurait (a défense. Les conjurés se résolurent à attaquer Je prince parle feu. Obligé de fuir le palais en flânâmes, Candiano, par

un passage dérobé, tâcha de gagner l'asile de Saint-Marc ; il s'y heurta aux conspirateurs. Vainement il demanda pitié pour lui et pour son jeune fils; pendant que l'incendie ravageait la ville, détruisant le palais, Saint-Marc, Saint-Théodore et plus de trois cents maisons, le doge fut massacré avec l'enfant qui l'accompagnait. Telle était la haine que Gandiano avait inspirée, que les cadavres mêmes ne furent pas respectés; on les jeta à l'abattoir, et à grand'peine, quelques jours plus tard, obtint-on pour eux une sépulture décente. Et cette sanglante tragédie resta comme un avertissement pour tous ceux qui, à Venise, rêveraient d'établir la tyrannie.

La conquête de l'indépendance. — Si les formes les plus anciennes de son gouvernement rattachaient Venise à l'Orient, la politique également, et surtout le souci de son indépendance, l'attiraient du côté de Byzance.

Quand, à la fin du vme siècle, Gharlemagne devint le maître de l'Italie, une question singulièrement grave se posa pour l'Etat des lagunes. De toutes parts, la menace franque encerclait Venise ; l'ambition carolingienne aspirait à la comprendre dans l'empire nouveau. L'heure était décisive pour l'avenir de la cité. Serait-clie, en devenant sujette du grand roi des Francs, entraînée dans l'orbite de la civilisation occidentale, et y recevrait-elle l'empreinte germanique et féodale? Ou bien resteraitelle byzantine, c'est-à-dire en fait indépendante et maîtresse de ses destinées?

Les Vénitiens sentirent tout l'avantage que leur offrait la suzeraineté peu gênante de l'empereur

HATIOM l'L LA GRANDEUR VBNtTIENNI 11

grec lointain. Mais un parti franc existait dans les îles de la lagune; le patriarche Jean de Grade- en était le chef. Contre ses intrigues, le doge agit avec vigueur ; Grado fut assiégée et prise, et le patriarche précipité du haut d'une tour (802). Son successeur, Fortuuat, alla demander vengeance à Charlemagne; cette fois, une révolution intérieure évinça le parti byzantin. En 804, un doge favorable aux Francs était élu, et la partie semblait si bien gagnée que, dans le partage qu'il fit en 806 de ses Etats, Charlennirne disposait en maître de la Y.'in'tie. Ce n'était pourtant qu'un triomphe éphémère : la majorité des habitants de la lagune s'obstinaient, malgré leurs chefs, dans une immuable fidélité à l'empire grec. Venise ne tarda pas à se ressaisir: et quand, en 810, le fils de Charlemagne, Pépin, tenta de la soumettre par la force, elle résista. Les Francs l'attaquaient par terre et par mer ; Héracliana, Chioggia tombaient entre leurs mains ; Malamocco, la capitale, était assiégée. La tradition locale, dont l'écho glorieux résonne jusqu'à Constantinople, raconte que, pendant de longs mois, les Vénitiens retranchés dans leurs lagunes bravèrent tous les assauts des Francs. Et Pépin, à bout de moyens, leur criait : « Vous êtes mes sujets, car vous êtes de mon pays et de mon empire ». Ils répondaient: « C'est à l'empereur des Romains que nous voulons obéir ; à toi, jamais! »*. Il est hors de doute, aujourd'hui, que le patriotisme vénitien a transformé en victoire une défaite certaine. En fait, la Vénétie fut con-

i. Constantin Porphyrogénète, De adm. imp., éd. Bonn, p. 124.

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•:uise par les armées de Charlemagne. sauf peutâlement accessible de Rialto. Mais ce le pour peu de temps.

Au traité de 812. Charlemagne restitua à l'empire ?rec. avec l'Istrie et la Dalmatie. les cités vénitiennes de la lacune. Evénement capital : en échappant à la main puissante du César carolingien. Venise échappait en même temps à toute la série des révolutions politiques qui allaient transformer bientôt la face de L'Europe occidentale. En restant sous Le protectorat de Byzance. elle évita la féodalité, le régime communal, tout ce qui allait si grave n.îiit troubler le reste de l'Italie. Et sa fidélité à l'empire grec lui valut à la fois l'indépendance et la grandeur.

Ce n'est point à dire que. du tx' au xie siècle, Venise n'ait vécu en bon accord avec les successeurs et les continuateurs du grand empereur carolingien. Il existe une série de conventions, s'échelonnant de 840 à 1220. et par lesquelles les héritiers italiens de Charlemagne. aussi bien que les empereurs allemands garantissent l'indépendance vénitienne, et favorisent, par des conditions plus larges d'acte en acte, le développement de son commerce continental. Avec les Césars germaniques du xe siècle, la ville entretint les meilleures relations. Otlon Ier donna en mariage sa nièce à un doge, et témoigna par d'amples concessions de privilèges sa bienveillance à la cité. Ûtton II, hostile d'abord à la République) dut se ré-igner. par la convention de 983. à lui restituer tous les avantages commerciaux qu'il avait essayé de lui ravir; Otton III fut l'intime ami du doge Pierre II Orseolo, et la visite qu'en l'année 1001 il

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fit à Venise attesta de façon éclatante la >\inpathie qui liait les deux Etats.

Mais avec Constantinople l'alliance vénitienne était bien autrement étroite. Venise mettait ses -aux au service de l'empire grec, soit pour lutter contre les pirates de l'Adriatique, soit pour combattre les Arabes. Elle aidait les souverains byzantins du xe siècle à reconquérir l'Italie méridionale et le doge en personne venait en 1002 secourir et délivrer Bari assiégée par les Musulmans. Certes l'alliance était lourde parfois et les charges qu'elle imposait à Venise dispendieuses. Mais dans cette alliance la République trouvait en retour, avec la sûre garantie de son indépendance, d'inappréciables avantages pour son commerce. Or, la richesse, la grandeur, tout l'avenir de Venise dépendaient de son développement économique, et celui-ci avait pour fondement les relations de la ville avec l'Orient.

Le développement économique. — De très bonne heure les Vénitiens avaient compris que leur avenir était sur la mer. Dès le temps de Cassiodore, ils parcouraient sur les flots « des espaces immenses »; dès le temps de Charlemagne, ils allaient jusque en Orient et en rapportaient de belles étoffes de soie, teintes en pourpre et garnies de fourrures et de plumes. Lorsque, au milieu du ix' siècle, leur marine se développa, quand on se mit à construire des bâtiments de plus fort tonnage, quand surtout la création d'une flotte de guerre assura au commerce plus de sécurité, ces relations devinrent plus étendues et plus actives chaque jour. Au xe siècle, les Vénitiens apportaient

de Constantinople en Occident les tissus précieux que fabriquait l'industrie byzantine, et dès ce moment un régime spécial leur assurait dans toute l'étendue de l'empire grec des immunités et des privilèges. Le traité de commerce, signé en mars 992 entre Venise et l'empereur Basile II, — premier en date de la série d'actes qui allaient magnifiquement accroître la fortune de la République, — accordait aux commerçants vénitiens d'importantes réductions sur les droits de douane perçus à l'entrée et à la sortie des Dardanelles ; il leur donnait des garanties contre les vexations des fonctionnaires grecs et la protection d'une juridiction spéciale dans les ports de l'empire. Ces avantages plaçaient les Vénitiens dans l'Orient byzantin en une situation hors de pair; ils rendaient à leurs rivaux d'Amalfi ou de Bari la concurrence presque impossible.

En même temps Venise, malgré l'interdiction qui en était faite parfois, nouait des relations de commerce avec le monde musulman. Ses ambassadeurs visitaient, vers la fin du xe siècle, les villes d'Alep et du Caire, de Damas, de Kairouan et de Païenne et en rapportaient des privilèges garantissant un bon accueil aux marchands vénitiens.

Ainsi la cité des lagunes devenait l'intermédiaire unique entre l'Orient et l'Occident. Au milieu du xe siècle elle avait le monopole du transport des lettres entre l'Italie, l'Allemagne et l'empire grec, ce qui, outre les larges bénéfices qu'elle en retirait, lui permettait une utile surveillance sur les correspondances politiques. Elle portait en Orient d'autre part les blés et le vin qu'elle cherchait dans l'Italie du Sud, le fer, le bois, le sel et aussi les

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Mclayes, dont le commerce, sons eesse interdit,

n'en tut pas moins pratiqué durant tout le Moyen

teauz vénitiens rapportaient d'Orient

de pourpre, les tapis, les ôpices,

l»">s pierreries. Et le marché de Venise était un des centres d'échange les plus actifs du monde occidental. A l'ancienne route de commerce, qui par l'Italie méridionale et la France du Sud portail jadis

irehandis; s jusqu'en Flandre et en Angleterre, la République avait substitué, pour son plus grand profit, la route nouvelle de l'Adriatique. Par

ide artère du Pô, dont elle tâchait à se rendre maîtresse, ruinant Comacohio et menaçant re, Venise transportait les marchandises à Pavie. d'où die les envoyait, par les passades des Alpes, vers lu France et par l'Apennin vers le lit- ! ual. tandis que par le Splùgen et le Brenner, elle les introduisait en Allemagne. Les conventions

s avec les empereurs allemands, complément des trait avec les Césars byzantins, avaient progressivement assuré à Venise les privi-

nécessaires à ce commerce continental, en lui accordant successivement le droit de trafiquer librement, d'abord avec les villes ses voisines, puis avec toute l'Italie et enfin avec tout l'Occident, marchands vénitiens acquittaient seulement à Cintrée un droit fixe de 2 1/2 %>, et, d'autre part, les empereurs leur avaient concédé le monopole du transport de toutes les marchandises arrivant â Venise.

Ua t'ait atteste l'importance que Venise atta-

a« développement de son commerce, sen-

ien que c'était là la condition essentielle de sa grâadeur. Le doge faisait des affaires comme !e

dernier de ses sujets, et les traités lui assuraient même des privilèges particuliers et des franchises spéciales. Le clergé agissait semblablement. Et, de cette activité unanime, naissait pour la cité une prodigieuse richesse.

La civilisation vénitienne. — Au développement de la vie économique correspondait le développement de la civilisation et de l'art; et ici encore, dans la primitive Venise, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'empreinte orientale dont est marquée la cité.

Vers l'année 828, deux marchands vénitiens avaient rapporté d'Alexandrie les reliques de saint Marc. Depuis longtemps le nom de l'évangéliste était, à Venise, populaire et vénéré. Des traditions anciennes rapportaient qu'il avait été le premier évêque d'Aquilée et que, venu un jour à Rialto, il avait entendu un ange lui dire les paroles fameuses que la République inscrivit plus tard sur ses bannières et sur ses écussons : « Paix à toi, Marc mon évangéliste; c'est ici que tes os reposeront ». On comprend l'enthousiasme qui accueillit, dans la cité des lagunes, le corps sacré, reconquis sur les infidèles par un larcin pieux, le premier de ces vols méritoires dont, durant tout le Moyen Age, Venise s'enrichit et s'embellit. Pour abriter les reliques de l'évangéliste, palladium de la cité et gage de sa grandeur, le doge Justinien Parteciaco fit construire une église, que son frère Jean acheva. Ce fut le premier Saint-Marc. Gravement endommagée en 976 dans l'émeute qui renversa Pierre IV Candiano, la basilique fut restaurée et embellie par les soins du doge Pierre I Orseolo, et

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