‹ Vénus damnéesChapitre 13 sur 40 · LA PRINCESSE DE LAMBALLE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE LAMBALLE

Les vôtres sont au moins aussi beaux.

Elles tombent ensemble sur le sopha.

ANTOINETTE, ivre d'amour

Déshabille-toi, ma belle compagne, afin que j'admire en détail toutes les parties de ton superbe corps. Que tu es aimable et jolie!... que tes fesses sont amoureuses !... Elles tremblent de volupté!

ANTOINETTE

Ah ! bougresse, que tu es savante dans Tart d'amuser ton sexe (1) !

On conçoit aisément que pour citer ce texte nous

(1) La Journée amoureuse ou les derniers plaisirs de M... Ant..., au Temple, chez Louis Capet, l'an premier de la République ; in-12, pp. 16, 17, 18. — Ce pamphlet extrêmement rare se trouve dans l'Enfer de la Bibliothèque nationale.

fûmes obligés de le tronquer. Pour braver l'honnêteté le latin n'eût même point été suffisant, et nous n'avons pas voulu infliger à nos lecteurs le supplice du grec. Il en sera de même avec les pamphlets contre Mme de Polignac. Ici il y a une telle unanimité dans l'accusation que nous sommes forcés de l'examiner davantage. Sans crainte d'exagérer, on peut affirmer que la reine a tout fait pour motiver l'accusation. Point de grief qu'elle ne se soit chargée de faire admettre. Faveurs, libéralités, tout de sa part a compromis sa favorite, et jusqu'à cette intimité que tous les mémoires signalent, que personne ne peut contester, puisqu'on voit Mercy-Argenteau, ambassadeur de Marie-Thérèse à Paris, l'affirmer lui-même dans sa correspondance secrète. Au surplus, physiquement, la Reine n'est point incapable de cette aberration sexuelle. « Elle a aimé les femmes un peu par dépit, souvent par caprice, toujours par tempérament, voilà le fait, » déclare sans plus un pamphlet (1). Et un autre, jugeant de recourir à la langue des Dieux, donne cette autre explication, non moins péremptoire d'ailleurs :

Un jour souffrant trop fort Pour accoucher, Toinon promit, jura qu'un homme N'auroit, tout beau fut-il, près d elle aucun accès. Elle maudit Adam, le diable, Eve et la pomme, Et donne à Polignac son cœur et ses attraits.

(1) Correspondance [apocryphe] de la Reine avec d'illustres personnages. Paris, 1790, in-12, p. 75.

108 VÉNUS DA>ÎNÉES

De ses dames d'honneur, Jule (1) étoit la plus belle, Jule de ses talents vite instruisit Toinon, Toinon suivit de près son lubrique modèle, El mieux que lui bientôt sçut feuilleter un c... (2)

Entre ces deux opinions extrêmes, il y a place pour la vérité, et cette vérité est, même pathologiquement, fort simple.

On sait la répugnance qu'eut si longtemps Louis XVI pour accomplir le devoir conjugal, lequel ne fut — et c'est chose constatée par l'ambassadeur du Saint Empire — consommé que plusieurs années après le mariage. Dans ce temps, pour une femme tôt formée, comme Marie-Antoinette, n'y eut-il pas place pour ces plaisirs que lui reprochent si véhémentement ses ennemis ? On le présume sans peine, et eux, au surplus, n'en doutent point. Mais on conçoit la peine qu'il peut y avoir à faire la preuve d'une telle accusation,, nous entendons, non la preuve morale qui se dégage de toutes les présomptions accumulées, mais la preuve palpable émanée des faits, ces faits eux-mêmes, en un mot. Force est donc de s'en tenir, sur ce terrain, à ce que les libelles disent. Ces dires ne varient pas sur Mme de Polignac. Dans l'un^ la Reine elle-même fait des aveux: « J'avois beau multiplier mes amoureux, lui fait-on

(1) Mme de Polignac est souvent, sinon presque toujours, désignée sous le diminutif de conilesse Jules.

(2) Fureurs utérines de Marie-Anioinelle, femme de Louis XVI, au Manège, et dans tous les bordels de la capitale ; 1791, in-12, pp. 7, 8. — Enfer de la Bibliothèque nationale, Inv. 653.

dire, rien ne pouvoit apaiser la soif dont j'étois dévorée ; foutre étoit un besoin si grand pour moi, que je fus forcée de prendre à mon service la Jule de Polignac, la femme la plus lascive, la plus libertine, la plus intrigante et la plus fastueuse qui ait jamais existé ; adroite dans l'art de chatouiller le c..., elle me fit passer des moments délicieux. Ce plaisir est du très petit nombre de ceux qui ne s'usent point, parce qu'on peut le renouveler autant de fois qu'on le désire, aussi en ai-je joui avec elle de manière à ne pas regretter mon temps (1). » Cette confession sans ambages, d'autres pamphlets la mettent en scène, et nous voici retombés dans le genre de celui qui est relatif à la princesse de Lamballe. Comme le précédent, ce fragment est significatif. A lui peut se borner cet étalage de spécimens erotiques outrageant moins le bon sens que la morale. Et voici une scène typique :

LA REINE

Mais [le comte] d'Artois (2), tarde bien.

LA DUCHESSE DE POLIGNAC, CVeC JaloUSie

Quoi ? vous l'aimez encore ?

(1) La Confession de Marie- Anloinetle, ci-devant reine de France au peuple franc, sur ses amours et ses intrigues avec M. de la Fayelle, les principaux membres de V Assemblée nationale et sur ses projets de contre-révolution ; de l'imprimerie de la Reine, 6. d. in-8, p. 5.

(2) On sait que le comte d'Artois était le beau-frère de Marie- Antoinette.

LA REINE

Non, mais il m'est nécessaire de le feindre. Je te l'avoue, ce caprice commence à se passer. 0 ma chère Polignac ! je brûle, je ne respire que pour toi. Un baiser, mon bel ange !

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