LA DUCHESSE DE POLIGNAC
Que pourroit-il entreprendre ? Maîtresses de ses secrets comme lui des nôtres, nous sommes récipro-
MARIE-ANTOINETTE /UT-ELLE LESBIENNE ? Hl
quement à craindre, et d'ailleurs votre terreur est mal fondée. Sans être l'amant, on ne peut être jaloux, le plaisir seul en a fait votre esclave comme la jouissance m'a rendue la sienne. Car, vous l'avouerai-je, j'ai succombé à ses entreprises, et maintenant d'Artois m'adore, c'est même à cette passion que j'ai su rendre de plus en plus vive et peu facile à surmonter, autant qu'à son insatiable cupidité que nous devons la chaleur avec laquelle il entre dans nos vues. N'en redoutez rien, ma reine, et loin de dissimuler avec lui, unissons-nous tous trois intimement. Qu'une confiance aveugle règne entre nous; que nos plaisirs soient communs ; ils n'en seront que plus piquans. N'ayant plus à craindre désormais la froideur et la monotonie dans nos caresses, nous nous reposerons des fatigues de l'amour, qu'en travaillant avec ardeur à détruire un peuple qui a l'insolent orgueil de nous mépriser (1) .»
Dans cette scène, le lecteur a vu apparaître entre les deux lesbiennes, un troisième personnage : le comte d'Artois qui participe à leurs plaisirs. Il y participe quelquefois d'une manière singulière s'il faut en croire l'aventure que conte un autre libelle. Ce n'est point un hors-d'œuvre dans le cadre de ce livre, puisque le sapliisme joue lui aussi son rôle
(1) La DestrucHon de l'arisiocratisme, drame en cinq actes et en prose, destiné à être représenté sur le tfiéâlre de la Liberté, par un des auteurs de la Cour Plénière ; à Chantilly, imprimé sous les ordres et la direction des princes fugitifs ; 1789, in-8, pp. 12, 13, 14, 15.
dans la chose. L'affaire se passe dans un des petits boudoirs voluptueux de Saint-Gloud. C'est Marie- Antoinette qui ouvre le, dialogue :
— Je vais bien t' étonner, mon cher ami, lui répondis-je, mais mon tempérament est tel que, sortant de tes bras, dont je ne me retire que lorsqu'épuisé tu ne peux plus te livrer à de nouveaux transports et mon état devroit naturellementêtre sem-' blable au tien, je revole aussitôt dans les siens (la Dorvat, une des femmes de la Reine): d'instrumentée que j'étois, f instrumente à mon tour, ensuite je fais ao-ir la complaisante Dorvat, qui, réitérant le plus agréable des exercices, multiplie à l'infini cette charmante situation. Cesse donc d'être surpris si je ne te donne cette aimable acolyte, ne m'en veux pas, je ne puis m'en passer. Il faut voir cet excès de jouissance pour pouvoir y croire.
— Oui, ma chère sœur, vous m'étonnez, mais vous ne me persuadez pas : je vais plus loin. Je parie mille louis que le fait n'est pas possible.
— Mille louis 1 eh bien 1 mille louis, soit. Commençons.
Enfermés tous les deux dans un voluptueux boudoir, le comte me coucha sur un sofa ; mille louis et l'honneur de me vaincre lui firent trouver de nouvelles forces, il me donna le plus vigoureux assaut et n'en perdit pas moins la moitié de la gageure.
-^ Je me rends, me dit-il, mais vous n'avez pas gagné.
LA MOXTIGNY
Tenniicière d'un « sérail » fameux du xviir siècle.
— Oh ! d'accord ; je vais vous convaincre, monsieur l'incrédule.
Je sonnai : Dorvat étoit aux aguets, elle accourut ; je l'embrassai, on observera que le comte étoit présent : mon effronterie le lit rougir. Je ne fis aucune attention à son embarras, je continuai ; elle tarda peu à se livrer à mes brûlantes caresses, furieuse à son tour, et partageant mon délire, nous fîmes connoître à mon amant qu'il était dangereux de me défier, et il reconnut bientôt que ses mille louis m'appartenaient de bonne guerre (1).
Nous bornerons à cet exemple les exploits du comte d'Artois, renvoyant au surplus le lecteur aux appendices, où nous rééditons in extenso deux pamphlets extrêmement curieux et suggestifs.
Quant à Mme de Polignac, ils sont innombrables les libelles qui exposent ses hauts faits saphiques avec la Reine. Leurs détails sont souvent tels qu'ils ne sauraient être reproduits, même tronqués. Il est cependant possible de choisir parmi eux. C'est pourquoile lecteur trouvera ci-après la réédition intégrale d'une petite brochure rare où l'amie delà Reine est mise en cause. Les commentaires sont superflus. Elle dit comment la Révolution jugea l'amie de la
(\)Essai historique sur la vie de Marie-Anîoinelie, reine de France el de Navarre, née archi-duchesse d'Autriche, le 2 novembre 1755; orné de son portrait et rédigé sur plusieurs manuscrits de sa main ; seconde partie ; de l'an de la liberté françoise 1789, à Versailles, chez la Montensier, hôtel des Courtisanes, in-8, pp. 43, 44, 46.
in VÉNUS DAMNÉES
Reine. Les allusions à celle-ci sont plus que discrètes. C'est que le pamphlet date de 1789, de l'heure à laquelle la Royauté n'avait point chu encore dans la boue et la colère de Paris. Nous verrons plus loin si cette discrétion était encore de mise trois ans plus tard !