‹ Vénus damnéesChapitre 16 sur 40 · CONFESSION ET REPENTIR DE M"^" DE P · texte numérisé non relu

CONFESSION ET REPENTIR DE M"^" DE P

ou la Nouvelle Madeleine convertie.

L'aurore de mes jours sembloit présager les beaux exploits de ma vie.

Pendant le cours de ma tendre adolescence, mon imagination précoce saisissait avec la plus vive sagacité tout ce qui avait trait au plaisir et au luxe ; elle se repaissait de ces sensuelles images enfantées par la lascivité, germe de nos passions déréglées. Avec d'aussi heureuses dispositions, je ne pouvais, un jour, que me distinguer dans la carrière de la galanterie. Élevée au sein de la mollesse, et dans le tourbillon de ce que l'on appelle le beau monde, je n'ai pas manqué d'en goûter les dangereuses amorces, et d'en sucer les fausses maximes.

Dès l'âge de la puberté, je me suis sentie entraînée, par un penchant irrésistible, vers la sphère des voluptés ; mais ma qualité de demoiselle me faisant une loiimpérative de modérer mes ardents etimpétueux désirs, et de couvrir ma conduite du voile de la modestie et de la décence, je me suis discrètement livrée

à tout ce que leurs charmes ont de plus impur. Semblable à une petite héroïne d'amour, j'ai recherché avec soin et circonspection tous les moyens qui pouvaient contribuer à satisfaire mon impatiente lubricité ; je n'ai pas oublié de faire usage de ces joyaux antiphysiques, que l'art a inventés pour calmer les inquiétudes des nonnes.

A peine ai-je été dans les bras de l'hymen, que je n'ai pas craint de souiller la couche nuptiale par la prostitution laplus infâme. Placée dans un rang où tout concourait à favoriser mes criminelles inclinations, j'ai imité la Madeleine, dans tous ses excès les plus dépravés ; je ne me suis pas contentée d'appeler à mes plaisirs des Du..., des Ma..., des Com..,, des Vi..., des Ba..., des Gh..., des Abb..., des Rob..., des Fi..., des Moi..., j'y ai encore invité des Sec..., des Maîtres de M..., des Maîtres de Da. ., des Sol..., des V... de ch..., des Va... de pi...., des Pa..., en un mot tous ceux qui, pour leur belle et heureuse structure, paraissaient ne rien laisser désirer à mes goûts effrénés (1). C'est par les plus hauts faits, que je me suis signalée, et rendue digne d'être inscrite en lettres d'or dans les fastes du P..., où sont

(1) A cette énumération, un autre pamphlet répond : « Que vous ayez fahriquô des cocIVures à votre cher époux ... avec tous ceux, etifiii, qui vous ont paru des Hercules; si cela vous a fait plaisir, si le bon homme de mari l'a bien voulu, je n'y vois, après tout, qu'une femme P.... et un mari C... ; si vous n'aviez, rien fait de plus, on pourroil vous pardonner. » Réponse à la confession de Mme de P..., ou les mille et un meâ culpa, [Paris], 1789, in-8, p. 8.

précieusement conservés les noms illustres de nos célèbres héroïnes, telles que Mes... la Co... d'O..., Th.,. Ph..., et autres dont il serait trop long de faire l'analyse.

Parvenue à un rang des plus éminents, j'ai empoisonné, par mes pervers conseils, un cœur fait, par ses belles qualités, pour être universellement adoré. C'est moi et mes semblables qui avons coopéré en partie à la dette nationale ; c'est par nous que, depuis si longtemps, l'Etat est totalement bouleversé, et qu'il gémit dans le plus malheureux sort ; c'est par nous, enfin, qu'il s'est vu sur le point d'être livré aux horreurs d'une guerre civile. Coupable des plus grands for aits, mais repentante, comme la Madeleine, et voulant faire pénitence, comme cette bienheureuse sainte, je me jette aux pieds de votre auguste et suprême tribunal, MM. les Etats-Généraux ! La face prosternée contre terre, le cœur plein d'une véritable componction, c'est à vous que j'adresse mes prières, pour vous demander si humblement pardon de mes fautes, et vous faire la promesse la plus solennelle de me comporter à l'avenir, de manière à mériter votre grâce et l'amour du Dieu de paix (1). »

Tout cela, répétons-le, c'est le ton de 1789, où Marie-Antoinette n'est point encore entièrement perdue dans l'opinion publique. Mais que vienne 1792,

(1) Ce pamphlet, publié en 1789, comporte 8 pages in-8. Le nom de l'imprimeur n'est point indiaué

MARIE-ANTOINETTE FUT-ELLE LESBIENNE ? Hî

que le trône s'abîme, et c'est un autre langage que tiennent les pamphlets! Alors ils accusent sans réticence, sans ambages, et n'épargnent pas plus la Reine que Mme de Polignac. Voici qui permettra d'en juger. C'est une petite brochure de 8 pages, in-8, sans nom d'auteur, ni d'imprimeur. On remarquera avec curiosité qu'on y invite Marie- Antoinette à venir à récipiscence, qu'on ne la condamne point encore immédiatement, qu'on espère en son repentir. Quant au ton de tous ces espoirs si divers qu'on en juge :

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