INTRODUCTION VII
On accuse souvent notre siècle d'une perversité inouïe, d'une dépravation digne de la Rome ancienne. Point n'est besoin de remonter si haut. Le dix-huitième siècle finissant prouve amplement qu'il dépassa le nôtre sur ce point délicat. 11 se réalisait alors de ses exploits que nous serions certes bien en peine de recommencer aujourd'hui. De même du côté féminin. Il suffit de relire les Mémoires secrets de Bachaumont et ses continuateurs, la Correspondance secrète de Saint-Pétersbourg, pour se rendre compte de ce qui se réalisait aimablement et audacieusement à la fois sur ce terrain scabreux, si on peut s'exprimer ainsi.
On le verra alors, nous sommes loin de valoir les héros avantageux de ce siècle galant que masque si majestueusement la grande perruque bourbonienne de Louis XIV.
Mais encore, ainsi que nous l'écrivions en commençant, fallait-il choisir dans ce cabinet secret. Entre les grandes hystériques, relevant de la clinique et de la pathologie, et les grandes dames vassales de la Vénus damnée honorée dans la glorieuse et antique Lesbos, nous pouvions balancer. Outre que sur le domaine médical nous avouons bien volontiers notre incompétence, nous avons préféré les dernières de ces héroïnes amoureuses d'un siècle dont la volupté toucherait à la légende.
vin INTRODUCTION
si elle n'était irrécusablement prouvée, par des pièces authentiques. Nous sommes-nous trompés? Pour les raisons ci-dessus exposées, nous ne le pensons pas ; mais c'est au lecteur qui nous fera la grâce de nous lire quil appartiendra d en décider en dernier ressort. Au surplus nous imaginons volontiers que ce travail, fait avec patience et le plus extrême souci du détail véridique, ne sera pas tout à fait inutile. Il apporte h l'histoire des mœurs de ce brillant et dépravé dix-huitième siècle une contribution dont l'importance ne doit pas être soulignée par nous ici.
Nous ne nous sommes cependant pas dissimulé ce qu'il avait souvent de péniblement délicat, ce travail, et c'est pourquoi, autant que l'aire se pouvait raisonnablement, nous nous sommes effacé derrière les documents. C'est eux que nous avons laissé parler, c'est eux que nous avons chargé de plaider, nous réservant l'explication et la mise en lumière. Ce n'est peut-être pas à tort que nous avons pensé que c'était là se soumettre à la règle la plus essentielle de la méthode historique contemporaine. Ne pouvait-on pas nous accuser de rendre les faits plus romanesques, de les considérer sous l'angle spécial et assurément déformateur de notre indulgence souriante? C'est ce reproche que nous avons voulu prévenir en exposant la con-