Dion Cassius, Histoire romaine, xi
une masse commune, des villes toutes prêles, des lieux inaccessibles pour s'y défendre. On était alors dans le fort de Thiver; les sources et les fleuves étaient gelés; les forêts étaient couvertes de neige ; les torrents avaient rempli les campagnes d'eau stagnantes; les routes étaient ou ensevelies sous des monceaux de neige, ou inondées par les eaux des marais et des fleuves débordés : tout faisait croire aux Gaulois que César ne pourrait les attaquer*. Cette insurrection générale de la Gaule, à la tête de laquelle se trouvaient les Arvernes et les Carnutes, éclata vers le milieu de janvier de l'année 52.
l. Plutarque, Vie de César, c. 28.
. Insurrection générale. ^ Vercingétorix chez les Carnutes. — Passage des Cévennes, par César, au milieu de l'hiver. — Marche de César pour soumettre la Celtique. — Conseil général des chefs gaulois sous Noviodunum. — Plan de campagne proposé et exécuté par Vercingétorix. — Siège d'Avaricum. — Séjour et opérations de Yerpingétorix au camp de Sa|nt&*&adegonde.
La Gaule entière était agitée; nulle part elle ne Tétait avec autant de violence que chez les Carnutes. En prononçant le nom d'Accon, leur malheureux compatriote, ils frémissaient, ils se réunissaient, ils couraient aux armes. Sûr d'avoir tout préparé pour une insurrection générale, Vercingétorix parut tout à coup au milieu d'eux. Chez les Carnutes où dominaient surtout les druides, et où se trouvait leur principal sanctuaire en Gaule, tout se couvrait d'une couleur religieuse. Ce fut au fond d'une forêt de chênes, voisine d'Autricum (Chartres), que les druides entraînèrent Vercingétorix et beaucoup de chefs gaulois, dans Je silence de la nuit, quand la terre était couverte
de neige*. Tousse disposèrent autour d'un dolmen et d'un menhir que la tradition y voit encore aujourd'hui, et les druides, revêtus de leurs longues robes, placés sur ces monuments de leur culte, tenaient eux-mêmes les enseignes militaires. Il y avait dans cette réunion nocturne les députés de beaucoup de cités celtiques, en particulier de celles des Arvernes, des Bituriges, des Séquanais et des Carnutes. Vercingétorix se faisait surtout remarquer parmi eux. Par ses paroles hardies et fières, il releva tous les courages en rappelant aux Gaulois «leurs anciens droits, leur antique liberté », et en leur annonçant que tout était prêt pour la reconquérir*. Tous les conjurés en firent le serment à la fois, pendant que les druides agitaient sur l'assemblée entière ces étendards, emblèmes toujours si chers de la patrie, surtout quand elle était si malheureuse. Plus ardents encore que les autres, parce qu'ils avaient toujours devant les yeux l'image d'Accon, égorgé par César, les Carnutes promirent de commencer l'œuvre de la délivrance, et le serment que tous ve-