Paul Orose, Histoires, vi, 14. j
Aussitôt après la jonction des légions, le lieutenant Brutus évacua le camp de Brioude pour les rejoindre, et Vercingétorix regagna en toute hâle, avec l'armée gauloise, sa position au centre de la contrée. Il vint assiéger la Oergovia deg Boïens, désignée dans les plus anciens manuscrits des Commentaires sous le nom de Gorgobine. La position de cette ville est peut-être le point le plus obscur et le plus contesté de la géographie de cette époque. A nos yetix la jOfergovia des Boïens s'élevait au milieu des marais, où est située aujourd'hui la petite ville de la Guerche. C'était la capitale de la Boïa*. La Boïa était une petite cité fondée par César après la guerre des Helvètes pour protéger les Éduens contre le parti national chez les Bituriges et contre les Arvernes, regardés par les Éduens comme leurs plus puissants et leurs plus dangereux rivaux. Elle confinait donc, en formant une sorte d'ovale, dont il nous serait facile de décrire le contour, du côté de Test aux Éduens, à l'ouest aux Bituriges et au sud aux Arvernes, qu'elle menaçait surtout. Principal oppide
1; Voyez, pour d'autres opinions sur l'emplacement de la Gergovia des Boïens, la question des Botens â,e César^ par M. Bruçiëre de LamottÇt
de la Boïa, la Gergovia des Boïens, depuis La Guerche, commandait la route qui, par Nevers, conduisait des deux cités redoutées jusqu'à la capitale des Éduens ; c'était un fort détaché de Bibracte. Les Gaulois ne connaissaient guère d'autre moyen de prendre les villes que l'assaut. Et si, au lieu de le commander aussitôt, Vercingétorix resta, d'après notre calcul, au moins sept jours devant cette place, d'ailleurs forte d'assiette, c'est que sa véritable pensée était moins encore de l'emporter que de forcer César à entrer en campagne, avant les fourrages, en plein hiver, et de couvrir en même temps la Gergovia des Arvernes, dont la chute ou le salut pouvait décider de l'issue de la campagne. Vercingétorix avait sous ses ordres, outre ses crieurs, un corps d'éclaireurs nombreux et bien organisé qui le tenait au courant de tous les mouvements de l'ennemi. Cette manœuvre était d'autant plus heureuse que si César, en proie à la plus vive anxiété, refusait d'entrer en campagne et de venir débloquer les Boïens, il se perdait aux yeux des Gaulois comme étant trop faible pour secourir une ville alliée, éduenne, une cité qu'il avait fondée lui-même comme un poste des Romains au cœur de la Gaule. Il le
sentit et se décida, bien malgré lui *, à commencer des opérations qu'il voulait remettre au printemps.
On ne racontera pas en détail tous les événements de cette campagne. Parti d'Agiendincum, (Sens), vers le milieu de janvier, avec six légions, de la cavalerie et des troupes auxiliaires, César arriva le lendemain à Vellaunodunum (Château- Landon), qu'il eût pu laisser sur sa droite, mais qu'il voulut prendre pour qu'on ne pût lui couper les vivres sur ses derrières. De là, et au bout de deux jours de marche, il tomba sur Genabum (Orléans), qui, malgré son titre d'oppide, parce qu'il était protégé par la Loire, n'était nullement une ville de guerre ; c'était une opulente ville de commerce où l'on n'avait fait aucun préparatif de résistance*. « César la pille, écrit-il lui-même, la brûle et la livre à ses soldats. » Il était si persuadé que ces riches négociants gaulois ne se défendraient pas, qu'il avait fait exécuter un mouvement tournant à deux légions, pour empêcher les Orléanais de s'en-