‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 21 sur 71 · César, de Bello gallicoj vu · texte numérisé non relu

César, de Bello gallicoj vu

2. Sur la question de Genabum, Gien, et sur toute cette marche de César, voir : Étude sur les expéditions de Jules César dans, les Carnutes, par M. de Monvel.

fuir pendant la nuit à son arrivée. Ils furent arrê* tés, en effet, sur le pont et dans la campagne. Tous les habitants furent égorgés avec leurs familles. César a même à ce moment un mot ingénieux, qui montre jusqu'où il poussait sa générosité envers les faibles. « On n'eut, dit-il, à en regretter que fort peu » ; pour faire entendre que peu de gens réussirent à s'échapper parmi tous ces malheureux habitants, dont la plupart n'^avait pris aucune part au soulèvement des Carnutes.

Après cet exploit, il marcha sur Noviodunum, qui est aujourd'hui Nouan^le-Fuselier*, et qui, lui aussi, n'avait d'autre protection que les marais dont il était entouré. Cette ville se rendit sur-lechamp. Tout à coup, et 'pendant que la colonne romaine entrait dans la ville, on aperçut dans le lointain l'avant-garde de l'armée de Vercingétorix, qui, à la première nouvelle du mouvement de César, avait quitté la Boïa et débouchait dans la plaine. La cavalerie gauloise repoussa d'abord celle des Romains, mais César ayant ensuite lancé

1. C'était déjà Topinion deLancelot; elle a été reprise depais par les Allemands, MM. de Goeler et Heller, et par M. Léon Fallue. L'ouvrage de ce dernier est intitulé : Conquête des Gaules; analyse raisonn^e des Commentairçs de J'^les César*

YERCINGÉTORIX. il

un corps d'excellente cavalerie germanique,* Vercingétorix se garda bien d'appuyer la sienne, parce qu'il voulait à tout prix éviter une affaire générale. Dès le début et avant le désastre d'Orléans, il avait formé un tout autre plan de campagne qu'il comptait suivre, et d'où devait sortir, suivant lui, le salut de la Gaule.

C'est dans la plaine qui s'étend au sud de Nouanle-Fuselier qu'il réunit le lendemain tous les chefs gaulois en conseil de guerre : « Il faut, leur dit le jeune brenn, suivre dans cette campagne une tactique toute différente de celle qu'on a suivie jusqu'ici. Par tous les moyens en notre pouvoir, il faut s'attacher à un seul point, empêcher l'ennemi de se procurer des fourrages et des vivres. Rien ne nous est plus facile maintenant, avec notre nombreuse cavalerie. L'ennemi ne pourrait couper en ce moment les fourrages dont il a besoin. Donc, pour en avoir, il sera obligé de se disperser et d'aller en chercher dans les édifices isolés. Notre cavalerie le détruira ainsi en détail, et jusqu'au dernier homme. » Les édifices isolés, dont parlait l'orateur arverne, étaient de grands domaines de campagne situés souvent, soit sur la lisière des bois, soit sur les bords d'un cours d'eau,

appartenant à de riches et même nobles gaulois, avec des terres cultivées, tout autour, par des fermiers et des esclaves. Ils devinrent, plus tard, les fameux latifundia des Romains.

Jusqu'ici toutes les paroles du brenn pouvaient satisfaire ceux qui Técoutaient; mais il avait une bien autre résolution à leur proposer. « Bien plus», reprit-il alors, en s'inspirant lui-même des sentiments qui faisaient le fond de son caractère, « il faut, pour le salut général, sacrifier les intérêts particuliers. Oui, il faut brûler les bourgs, les édifices, depuis la Boïa jusqu'à l'endroit où nous sommes, et, dans tout ce vaste espace, partout où l'on croira que l'ennemi pourra se porter pour y chercher des fourrages et des vivres. » -Tourné vers la Boïa, c'est-à-dire, vers l'est et regardant l'espace immense, le brenn, d'un geste hardi, traça comme un grand cercle de flammes autour de lui. il indiquait tout le territoire des Bituriges et des cités environnantes. « Pour nous, nous aurons des approvisionnements en abondance. Les cités dans lesquelles nous combattrons nous les fourniront; mais il n'en sera pas de même des Romains. Ou ils ne pourront supporter la famine, ou, s'ils se décident à quitter leur camp, ils ne le pourront

jamais sans danger. Qu'on les détruise ainsi un à un, ou qu'après les avoir épuisés, on leur prenne leur matériel de siège, peu importe. Leur matériel perdu, ils ne pourront continuer la guerre. » César était, en effet, forcé de prendre des villes pour nourrir son armée. C'est ce qui disposa tes esprits à se soumettre à une motion encore plus importante. « Il faut, ajouta-t-il, brûler toutes les villes qui, par leurs fortifications, leur position, ne seraient pas à l'abri de tout danger. Il ne faut pas qu'elles deviennent un lieu de refuge pour les Gaulois qui refusent de prendre part à la guerre. Il ne faut pas que les Romains puissent encore les venir piller et y trouver des vivres en abondance. Toutes ces mesures sont bien cruelles, je l'avoue, mais il l'est bien plus encore de voir nos enfants et nos femmes emmenés en captivité, et de mourir ensuite nous-mêmes. Vous connaissez César; c'est là, vous le savez, le sort qu'il réserve à ceux qu'il a vaincus*. » Ces dernières paroles attristent, quand on songe que le jeune brenn annonçait ainsi sa propre destinée et l'acceptait d'avance en vue de la patrie.

Page 1