‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 23 sur 71 · César, de Bello gallico, vu · texte numérisé non relu

César, de Bello gallico, vu

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Au lieu de leur répondre, il convoqua un de ces conseils armés, où tout le monde^ depuis le chef de cité jusqu'au moindre guerrier, avait droit d'assister. C'était encore pour les nobles, qui ne^ voulaient reconnaître aucun droit au peuple, un de leurs sujets de haine contre les chefs populaires. Dans cette immense assemblée du camp de Sainte-Radegonde, Vercingétorix, fort de son innocence et de son dévouement, prit une à une toutes les accusations dont il était l'objet. : « J'ai quitté le camp, dit-il, parce que nous manquions ici de fourrages, et c'est vous-même qui m'avez engagé à le faire. Je me suis rapproché des Romains, parce que j*étais sûr que notre camp ne pouvait être pris : il se défend lui-même, par sa position. Vous parlez de l'utilité de la cavalerie ; à quoi vous eût-elle servie dans un endroit couvert de marais? Mais elle a été utile là où je l'ai conduite. Je n'ai, il est vrai, confié à personne le commandement suprême en partant, et je l'ai fait à dessein. J'ai craint que le nouveau chef ne se laissât entraîner à livrer bataille aux Romains par l'élan de tant de guerriers. Car, je le vois bien, c'est ce que vous désirez tous, et c'est une faiblesse à vous, un manque d'énergie. Vous voulez corn-

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battre pour ne plus avoir à supporter tant de fatigues. Si les Romains sont arrivés ici par hasard, remerciez-en votre bonne fortune; si c'est à la suite de quelque indication, remerciez-en celui qui l'a donnée. Placés dans un endroit plus élevé, n'avez-vous pas ainsi pu reconnaître ce qu'ils sont, et jeter un regard de dédain sur leur pré-tendu courage? Ces hommes, ils n'ont pas osé combattre ! Ils se sont retirés honteusement dans leur camp. » Le jeune brenn s'emparait ainsi de ces cœurs de guerriers, en leur rappelant s^s actes, bien loin de les renier, en les dominant, en les reprenant, en montrant, par son calme, par l'élévation de ses idées, comme par la fierté de ses sentiments, combien il était au-dessus d'un acte de trahison. Restait cette grande accusation d'aspirer à la royauté, accusation si terrible chez le§ Gau^lois.

Il y répondit avec une habileté extrême, avec cette finesse toute gauloise, argutè loqui, si admirée des anciens, mais qui s'éleva tout à coup, dans sa bouche, dans le discours d'un homme de cœur, jusqu'au plus noble sentiment, le sacrifice de sa gloire à l'intérêt général. Ses envieux avaient parlé de la royauté, regnmfn, qu'il désirait, il répondit,

en parlant du commandement, imperium^ comme s'il n'avait pas compris ce grief, comme s'il ne pouvait pas même être soupçonné lui, Vercingétorix, d'aspirer à un diadème dans un pays comme la Gaule. « Quant au commandement suprême, imperium (la dignité de brenn de toute la Gaule, pour une ou plusieurs années), pourquoi irai-je, par une infamie le demander à César, quand je puis l'obtenir par une victoire dont aucun Gaulois, ni moi-même ne pouvons douter maintenant. Et bien plus, si vous regardez le pouvoir que vous m'avez confié, plutôt comme un honneur pour moi que comme un moyen de salut pour vous, reprenez-le, le voilà, je vous le rends. » On conçoit l'émotion profonde que dut produire, sur des Celtes à l'imagination vive, la vue de leur brenn, de ce chef suprême, descendant librement du haut rang que lui avaient confié les suffrages de toutes les cités celtiques, pour redevenir un simple guerrier.

Maison quittant le pouvoir, Vercingétorix voulait laisser ses compagnons d'armes tout enflammés d'ardeur pour la Gaule, et sachant bien l'état des choses. « Tout ce que je viens de vous dire sur la situation de vos ennemis est l'exacte vérité; vou-

lez-vous en être plus sûrs encore, écoutez des soldats romains. » D'un geste, il fît amener des prisonniers dont il s'était emparé pendant sa sortie; ils étaient pâles et décharnés. « Poussés par la faim, direnUls, nous sommes sortis du camp pour voir si nous pourrions trouver, dans la campagne, du blé ou du bétail. La disette accable l'armée. Les hommes sont épuisés; personne ne peut supporter plus longtemps les fatigues du siège. Le général a décidé que si le siège n'avançait pas, l'armée commencerait son mouvement de retraite dans trois jours. »

César travestit ici cette grande scène, ce que PoUion lui reprochait de faire quelquefois*, en disant que c'était des esclaves romains à qui Vercingétorix avait fait la leçon, et qu'il avait mis dans cet état de maigreur à force de privations. Mais il oublie lui-même ce qu'il a dit des horreurs du siège dans le camp des assiégeants, de l'avantage que venait d'obtenir Vercingétorix, où il avait dû faire des prisonniers, et enfin que n'é-

1. Suétone, Jules César. « Pollio Asinius panim diligenter parumque intégra veritate Commentarios compositos putat, quum César pleraque^ et quœ per se, vel consullo vel etiam memorid lapsus, perperam ediderit. »

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tant pas resté hors du camp plus de trois jours, il n'avait pas eu le temps de mettre des hommes, esclaves ou légionnaires, dans un pareil état. Est-ce que ses ennemis personnels, dont la jalousie était si éveillée, et qui épiaient toutes ses paroles, n'auraient pas eu des soupçons sur tout cela? Est-ce qu'ils ne les auraient pas fait éclater avec joie à l'instant même? « Voilà, dit Vercingétorix, en terminant, voilà ce que j -ai fait pour vous; et vous m'accusez de trahison ! Et cependant, ce sont mes soins, et sans qu'une goutte de sang ait été versée, qui ont presque anéanti par la famine cette grande armée victorieuse. C'est par mes soins que maintenant qu'elle va fuir honteusement, aucune cité de la Gaule ne voudra la recevoir. » Il annonçait, sans doute, par ces paroles qu'il venait de s'entendre avec les Séquanais, dont la capitale, Vesontio, était, depuis la guerre con^ tre Arioviste, la principale place d'armes de César, et vers laquelle il se dirigea quand il opéra, en effet, cette retraite que Vercingétorlx leur annonçait.

Une immense acclamation retentit dans tout le carpp, lorsque Vercingétorix eut fini de parler. ÏJeureux de trouver en lui un chef çn qui se per-r

gonnifiaieni; si bien tous les sentiments qui les remplissaient eux-mêmes, et toutes les aspirations de la race celtique, ils frappaient aveo enthou-» siasme leurs boucliers et leurs épées. « Voilà, s'é» criaient-^ils, voilà notre chef suprême 1 C'est Yev^ cingétorix 1 C'est bien lui 1 On ne doit pas douter de sa fidélité. Il est impossible de diriger la guerre avec plus d'habileté. » Ce dernier cri montre qu'on avait songé à le remplacer dans la direction de la campagne.

On décida qu'on enverrait à Avaricum, qui ne fut jamais investi, un corps de troupes formé de guerriers de toutes les cités. « Il ne faut pas, ajoutait-on, confier aux seuls Bituriges la défense du salut commun, car s'ils empêchaient l'ennemi de s'emparer de la ville, c'est à eux seuls qu'ils attribueraient la gloire de ce succès. » Cette motion ne dut pas être faite par Vercingétorix, qui songeait, au contraire, à faire évacuer Avaricum, mais aux nobles remuants qui ne voulaient pas paraître entièrement vaincus dans cette grande Assemblée. C'était eux qui étaient animés de cet esprit d'envie" qui ne divisait que trop les cités celtiques; Vercingétorix, au contraire, cherchait ^ étouffer cet esprit de cité, pour faire triompher,

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à la place, comme il le répétait à chaque instant, le sentiment de Tunité nationale. Nous n'avons pas dit un mot de ce que plusieurs archéologues ont appelé le petit camp de Vercingétorix, et cela, pour une raison bien simple, c'est qu'à nos yeux il n'y a pas de petit camp de Vercingétorix. Celui-ci a remporté un avantage équestre et fait des prisonniers^ en tendant une embuscade à un corps de fourrageurs ennemis, probablement protégé par un détachement de légionnaires. Mais toute colline boisée, toute combe un peu étendue a pu servir à cette embuscade dans un pays vallonné et couvert de flaques d'eau et de prairies, noyé même quelquefois comme cette partie du Berry. On a désigné les collines de Baugy et de Morogues*. Mais, s'il y a un emplacement qu'il faut rejeter, c'est celui que les antiquaires de Bourges ont préféré, presque sur la route de Dun-le-Roi, à gauche, à une lieue de Sainte-Radegonde. Les légions romaines, très bonnes marcheuses et très bien éclairées, eussent passé presque au milieu de ce second campement dans leur marche de nuit. Il faut suivre un rayon plus à l'oil^st ou à l'est,

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