Histoires, livre vi, chap
^i VERCINGÉTORtï.
César. Profitant d'an violent orage, qui avait dégarni le rempart du plus grand nombre de ses défenseurs, il lança ses soldats sur les murailles, en leur promettant le pillage. Facilement culbutés des tours et des murailles, les assiégés s'étaient repliés sur la place publique et sur les terrains plats qui l^environnaient, vers l'emplacement actuel de la promenade et de la cathédrale. Ils s'y étaient formés en triangle pour résister. Mais un esprit de sang avait pris froidement d'habiles mesures d'entière destruction. Les derniers défen-^ seurs de Bourges s'aperçurent qu'au lieu de descendre pour combattre, un épais cordon de soldats- se répandait sur les remparts, cernant la Ville de tous côtés, de manière que nul n'échappât. A cette vue, les infortunés ne se connaissent plus eux-mêmes. Ilsjettent leurs armes, ils fuient dans la direction des portes du nord, pour y arriver avant que le fatal investissement ne soil achevé. Mais ils s'étouffaient, en voulant passer en même temps. Ceux qui parvenaient à s'échapper tombaient sous les coups de la cavalerie de César qui les sabrait; César avait tout prévu. A ce motnent, les légionnaires étaient maîtres, de la ville. Là, tout fut perdu. Encore plus avides de sang
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que de pillage, les soldats se jetèrent sur les enfants, sur les vieillards, sur les femmes, faisant ainsi, sans rencontrer de résistance, couler des flots de sang. Quand ils s'y furent baignés, alors seulement, ils firent main basse sur l'or, l'argent, les bijoux et les biens de leurs victimes. En quelques jours, l'une des plus belles cités de l'Occident s'écroula sur ses fondements. 40,000 personnes furent passées au fil de l'épée. Suivant Florus, il faudrait entendre, par là, 40,000 combattants {quadraginta miïlium prop^ignantium) j, ce qui porterait à plus de 100,000 le nombre des victimes frappées par ces barbares. Celui qui présidait à toutes ces horreurs cherche à les excuser en disant que ses soldats étaient irrités des meurtres de Gé^ nabum. Mais cette exécution de quelques citoyens romains avait été vengée dans le sang à Orléatis même^ et elle avait été accomplie non parles Orléanais, non par les Bituriges, mais parles Carnutes que César ne songea même pas à attaquer. La ville ne fut bientôt plus qu'un monceau de cendres et dé ruines, et le soldat ne s^arrêta que lorsqu'il n'y eut plus personne à égorger.
C'est ainsi que César apportait la civilisation dans la Gaule. Un corps de 800 hommes qui
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avait fait un mouvenieat rétrograde aux premiers cris, rentra, homme par homme, pendant la nuit, dans le camp des Gaulois. Les jours suivants, les habitants des campagnes, saisis d'horreur à la vue des soldats romains, s'arrangèrent en colonne d'émigration et s'éloignèrent le plus vite qu'ils purent de ces lieux désolés. Ils ne s'arrêtèrent que sur les bords de la Garonne, où ils fondèrent Bordeaux : ce furent les JBituriges Vïbisci. Il serait difficile de dépeindre la consternation qui régna dans le camp des Gaulois pendant les jours qui suivirent le sac et le massacre d'Avaricum. Doués d'une nature non pas changeante, comme on Ta dit, mais vive, mobile, impressionnable, ils étaient attérés; ils avaient compté sur une victoire, ils aboutissaient à un désastre. Leur brenn, qui ii'avait pas partagé d'abord toutes leurs espérances, ne partageait pas non plus maintenant leur désespoir. Loin de rester enfermé dans sa tente, comme accablé par sa douleur, ou comme s'il eût craint d'être livré à César par ses adversaires, il parcourait le camp dès le lendemain, quoiqu'il eût été toute la nuit en action pour r*:partir, dans les divers clans ou familles, les rares survivants d'Avaricum. On les voyait retenir au
camp, tantôt par petits groupes, tantôt isolément, les vêtements en lambeaux, sans armes, couverts de sang ou de boue, quand ils s'étaient cachés dans les joncs ou dans les marais, pour échapper à Tépée de leurs féroces ennemis. En rencontrant dans tout le camp ces malheureux, mornes et abattus, le brenn, qui souffrait de leur souffrance, les réunit en une assemblée, non pas de chefs ou de nobles, mais en une de ces assemblées où dominait toute la masse des guerriers, comme il les aimait. Il . leur parla doucement et chercha à relever leur courage :
« Ne soyez pas abattus, comme je vous vois, leur disait-il, et que ce malheur ne jette pas le trouble dans vos esprits. Ce n'est pas par leur courage, ni dans une bataille rangée que les Romains ont vaincu, c'est par un art d'assiéger les places que les Celtes ne connaissent pas. C'est se tromper que d'espérer toujours à la guerre des avantages et des succès. Jamais, je vous en prends vous-mêmes à témoin, je n'ai été d'avis qu'on défendît Avaricum. Ce malheur vient de l'imprudence des Bituriges et de l'excessive complaisance des autres peuples. Mais je saurai bientôt le réparer en vous faisant obtenir de plus grands avan-
tages. Les cités qui ne sont pas encore réunies à nous, à force de soins, je les rallierai à notre cause. Je formerai une seule Assemblée de toute la.
Gaule, et quand elle sera unie, le monde entier ne pourra lui résister. » Jamais Vercingétorix n'avait trouvé des paroles si grandes, en faveur de cette unité de la Gaule, œuvre à laquelle il s'était consacré et qu'il était disposé à cimenter de son sang. Il les engagea ensuite à fortifier leur camp, parce que César, depuis sa victoire, parlait toujours de marcher contre les Gaulois, « de les faire sortir de leurs marais et de leurs bois, ou de les réduire en les y bloquant. Les Gaulois qui n'avaient jamais fortifié un camp, se mirent à l'ouvrage avec ardeur, et l'autorité de Vercingétorix sur eux, bien loin de diminuer, alla chaque jour en grandissant; ce qui étonne beaucoup César, et ce qui est pourtant bien simple. Il avait su trouver en lui-même les paroles d'un chef intelligent et dévoué ; et il leur avait rendu l'espérance, en se montrant plus grand que ses malheurs. En même temps, il envoyait partout des chefs, ses jeunes amis, pour obtenir l'adhésion des cités qui ne faisaient point encore partie de la confédération générale. Celles-ci, conformément à ses or-