‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 42 sur 71 · VBRCINGÉTORIX · texte numérisé non relu

VBRCINGÉTORIX

l'île n^allaient être que trop utiles à Labiénus. Quand les ponts de bois, qui joignaient la ville aux deux rives opposées et qui devaient se trouvera l'endroit où sont aujourd'hui le Petit-Pont et le Pont-au-Change, étaient coupés, la Seine, eu embrassant l'île sans rencontrer d'obstacle, en faisait un oppide ou lieu de défense. Tous les auteurs anciens qui parlent de Lutèce, Strabon, César, PIutarque, Dion Cassius, Ammien Marcellin et Julien la représentent avant tout comme une forteresse. Dès l'arrivée des Celtes en Gaule, il dut y avoir des habitants dans ce lieu de sûreté. Longtemps après, quand les Belges, ces derniers venus de la famille celtique, eurent passé le Rhin, une de leurs tribus nommée les Parisii^ qui s'était d'abord .établie sous ce nom, près de l'emplacement actuel de Bruxelles, reprit sa marche vers le sud-ouest, et, soit parla force, soit par des mariages, réussit à s'établir au milieu des anciens habitants du pays. Lutèce s'appela dès lors la Lutèce des Parisiens, Luteda Parisiorum, Les Belges conservaient toujours à chacune de leurs colonies, le nom de la tribu dont elle était originaire. On le sait par un grand nombre de colonies fondées par les Belges, à l'est ou au sud de l'Angleterre. Enfin, tous les

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peuples de race celtique, après avoir quitté TArye, avaient l'habitude, dans leurs migrations lointaines, de redonner, à leur habitation nouvelle, les noms de leur ancienne patrie ; c'est même ainsi qu'on retrouve toutes les étapes de leur marche séculaire vers l'Occident. On voit dans beaucoup de lieux, par exemple, des cours d'eau qu^ils ont appelés l'Arar, des places fortes qu'ils ont appelées Noviodunum; on rencontre des noms analogues jusque dans l'Inde. C'est ainsi que Paris avait dû son premier accroissement à un dernier mouvement, à un dernier flot des émigrations celtiques* On a cru que cette union des Parisii avec les habitants primitifs de Lutèce s'était accomplie peu de temps avant la guerre de l'Indépendance, parce qu'une alliance avait été conclue, en effet, sous la génération précédente, entre les Sénonais et les Parisiens, maiB cette alliance avait pu se sceller par les arrière-petits-fîls des Parisii, venus des bords du Rhin. On ne peut tirer^ non plus, aucune conséquence des effigies informes, qu'on trouve sur les plus anciennes monnaies parisiennes, et qui portent des traces évidentes de tatouage. Les Parisii avaient pu les apporter de la rive gauche du Rhin, comme lôs habitants primitifs de Lùtèce

avaient pu les faire frapper dans une antiquité qu'il est impossible de déterminer. Pour nous, de tout ceci, nous ne tirons qu'une conclusion, c'est qu'au temps de l'invasion romaine, Lutèce était habitée et défendue par une population essentiellement aborigène, c'est-à-dire, celto-belge : c'était le sang celtique dans toute sa pureté originelle. Tout en faisant partie de la grande confédération celtique, cette cité avait formé aussi sa confédération particulière, comme celte, avec les Sénonais et les Aulerkes Eburovikes (du celte vikes^ fils, et de Elura, l'Eure), et comme belge, avec la puissante cité des Êellovakes. Quand on sut que les Romains marchaient contre les Parisiens, les Aulerkes accoururent se joindre à eux dans cet extrême danger, et les Bellovakes armèrent. Les quatre cités élurent pour brenn, ou général en chef de l'armée parisienne, un noble aulerke d'un âge déjà avancé , mais plein de vigueur et de feu, nommé Gamulogène, c'est-à-dire, fils de Camoul. Il était instruit et résolu, et ce qui l'avait fait préférer, c'était surtout son habileté et son instruction comme chef de guerre. L'élection du brenn dut se faire à Lutèce même, lieu de rendez-vous des divers contingents, avec acclamations au milieu

de Tîle, vers l'emplacement actuel du Palais de Justice. Camulogène, sans doute ancien vergobret de sa cité, était en relation avec les Aulerkes Cenomani (Manceaux), avec les Aulerkes Diablintes (pays de la Sarthe et de la Mayenne) et même avec les Aulerkes Brannovices et Brannovii, enfants du irouillard (Beaune et Mâcon). 11 avait sous ses ordres une armée organisée et exercée, ce qui montre qu'en voyant la Gaule attaquée, Lutèce se préparait depuis longtemps à la défense*. Un mot maintenant sur le général qui s'avançait contre elle à la tête des légions romaines.

Issu d'une ancienne famille latine, mais sans illustration, Titus Labiénus s'était jeté dès sa jeunesse dans ce parti qui attaqua le Sénat devenu débile et oligarchique, pour le raviver par une plus large expansion de la République, parti dont César eut alors l'adresse de se faire le chef. C'était pour frapper le Sénat que Labiénus, nommé tribun en 63, sous le consulat de Cicéron, avait attaqué Rabirius. C'était pour ébranler le Sénat qu'il avait fait transporter du collège des pontifes au peuple, le droit d'élire le souverain pontife,

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