César, de Bello gallieoy vii
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manœuvre qui rendît possible Télection de César. C'est ainsi quUl avait contribué à commencer la fortune politique de celui dont il devait devenir Tennemi. En récompense César, élu consul en 59, lui avait donné le rang de lieutenant {Jegatus} dans son armée, et en 58, Labiénus avait battu les Tîgurins sur les bords de la Saône, et contribué à la répression de Témigration helvétique. Il avait même commandé en chef toutes les légions pendant l'absence du proconsul. Plus tard, il devait se séparer de lui, en le voyant songer, non point à transformer, mais à détruire la puissance du Sénat; mais au moment où nous Tétudions, il était, de l'aveu de tous, Romains ou Gaulois, le plus en vue des lieutenants de César, tl venait de se signaler contre les Trévires (habitants de Trêves, du celte treaiïhy tribu) dans les campagnes de 54 et 53, pai* un esprit hardi, inflexible, impitoyable même jus^ qu'à la cî*uauté. Après avoir feint de se renfermer avec crainte dans son camp entouré par les Gau* lois, il avait tout à coup lancé sur eux ses légions, tandis qu'ils étaierlt dispersés, en ordonnant de ne s'attacher qu'à frapper, avant tout, le seul înduciomar, le chef du piarti national chez les Trévires. Il n'avait été satisfait qu'au moment où ses légion-
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naires lui avaient apporté la tête du brave Induciomar, sans se douter que quelques années plus tard, les mêmes légionnaires apporteraient la sienne entre les mains de César, le soir de la bataille de Munda. Bon officier en somme, soldat d'un courage à toute épreuve, rude, grossier, ambitieux, personnel, calculant froidement (on le vit bien dans les guerres civiles), tous les détails d'un massacre jugé par lui nécessaire à son succès; homme d'exécution avant tout, Xabiénus n'eut pu diriger de grandes masses d^hommes ni tracer un plan de campagne, commfe César, avec cette facilité et cette hauteur de vue, mais nul no savait mieux que lui commatider un corps d'armée, en expédition détachée : possédant d'ailleurs quelque chose de ce qui faisait le fotld de l'âme de César, et peut-être de tous les conquérants^ l'audace, qui, dans un moment critique, n'hésiste jamais : il savait oser. Il arrivait avec quatre légions, 6'est-à-dire, avec un effectif de 20,000 hommes composé d'excellentes troupes, t|ui avaient fait les campagnes précédentes, et une cavalerie de médiocre qualité.
dn vient de voir pourquoi cette expédition avait son importance. Lùtèce gaMalt la Celtique au
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nord. Tant que les Parisiens seraient libres, la Celtique ne serait pas asservie. En lui-même, leur territoire était peu considérable. Il s'étendait au nord jusqu'aux Silvanectes, dont la capitale fut Augustomagus (Senlis), et jusqu'aux Bellovakès, dont la capitale était Bratuspantium (Gratepanche), ou Caesaromagus (Beauvais), à l'ouest jusqu'aux Aulerkes Eburovikes, dont la capitale était Mediolanum (Evreux), au sud-ouest jusqu'aux Durocasses, dont la capitale était Diodurum (Dreux), à l'est jusqu'aux Meldi, dont la capitale était lalinum. (Meaux), et enfin, au sud, jusqu'à une ligne qui passerait entre Corbeil et Melun (Melodunum). Cette dernière ville était déjà un des oppides des Sénonnais. Telles étaient les limites de la petite cité des Parisiens, dont la défense avait été confiée à l'expérience de Camulogène.
Parti d'Agiedincum (Sens) avec quatre légions, et ayant laissé son parc dans cette ville, Labiénus longea la rive gauche de la Seine, et arriva bientôt jusqu'au marais que forme l'Orge, au pied des collines d'Athis, avant de se jeter dans la Seine. Là, il aperçut, de l'autre côté du marais, et garnissant toute la colline, l'armée gauloise en armes. Les hauteurs qui bordent la rive gauche de la
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Seine forment, à cet endroit, une sorte de grand amphithéâtre accidenté et boisé, qui vient, en tournant, s'appuyer sur le fleuve même, de manière à faire avec lui un angle presque droit au-dessous de la station d'Athis. L'Orge, qui coule entre le fleuve et les hauteurs, y forme un n:arais d'autant plus étendu que cette petite rivière y pénètre, déjà grossie de la Remârdeà Arpajon, et de l'Yvette, près de Savigny. Un autre ruisseau, nommé le Morut, y forme une sorte d'île tour à tour noyée ou riante, avantde se jeter dans l'Orge, à trente mètres de son embouchure dans la Seine. Dans les grandes crues, la Seine, dont le niveau est plus élevé que celui de la vallée, reflue, en bouillonnant, par l'embouchure de l'Orge; les eaux couvrent alors une grande partie du vallon. C'est là que Camulogène était venu se poster avec ses guerriers celtes, arrêtant ainsi l'armée romaine et de front et de flanc. Dès leur apparition, les Romains furent assaillis par une grêle de flèches.
Refusant de reculer devant son adversaire, Labiénus crut qu'il pourrait forcer la position. Il donne l'ordre de construire des mantelets. On comble le marais avec des fascines et de la terre ; on jette des claies sur cette espèce de chaussée
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vacillante. On se précipite pour franchir le marais, et arriver au pied des collines. Mais les légionnaires tombaient sous les coups plongeants des Gaulois. Ceux-ci, forts de la supériorité de leur position et de la profondeur des eaux, gardèrent l'avantage jusqu'à la nuit, qui mit seule un terme à cette lutte acharnée.
Il semble aupremierabord que Labiénus voyant qu'il ne pouvait emporter la position de vive force aurait dû prendre la route des hauteurs, en se repliant vers l'emplacement de Juvisy. C'est même cette considération qui a empêché des militaires très instruits et très expérimentés, de mettre sur le marais de l'Orge le théâtre de cet engagement. Mais cette route de campagne n'existait pas alors. Ces montagnes, qui seraient fort difficiles à enlever, même aujourd'hui, si elles étaient bien gardées, étaient alors couvertes de forêts vierges, inextricables, sans chemin ou n'ayant que des sentiers perdus^ ignorés des Romains^ Elles eussent été encore plus difûciles à franchir que le marais lui-même, et les légionnaires, embarrassés de tous côtés, ne pouvant se mettre en colonne, ne sachant où se diriger pendant la nuit, y eussent été encore plus facilement
détruits par les Celtes, bien plus habitués qu^eux à cette guerre de marais et de bois. D'ailleurs, on va le voir plus loin, Labiénus , faisant consister avec raison la supériorité des légions dayis leur discipline et dans leur cohésion, avait pour principe de ne se battre qu'en plaine. Alors il prit, dès le soir même et sans hésiter, le seul parti qui lui restât. Se dérobant brusquement vers minuit, et en silence, il remonta rapidement la rive gauche de la rivière, sans avoir à craindre les éclaireurs gaulois : ceux-ci ne pouvaient guère plus l'observer par les montagnes, qu'il n'avait pu lui-même s'en emparer, en les tournant. Il arrive devant Melun d'autant plus facilement que les habitants étaient en partie avec Camulogène. Il s'empare vivement de cinquante bateaux qu'il remplit de soldats, il entre dans la ville, rétablit le pont que Camulogène avait fait couper, lorsqu'il s'était résolu d'attendre les Romains derrière les eaux de rOrge, et s'avance vivement sur Lutèce en descendant la rive droite de la rivière. Des hommes accourus de Melun annoncèrent ce mouvement à Camulogène. Aussitôt, celui-ci envoie à Lutèce l'ordre d'incendier la ville, comme Vercingétorix l'avait fait pour les Bitvirigés, et de coupçr les
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ponta. Labîénus campa à Créteil , et l'on montre encore une plaine sillonnée de traces confuses d'anciens fossés, et que l'on appelle le camp de Titus Labiénus. Sans doute il s'y arrêta quelque temps, en apercevant l'incendie de Paris. Camulogène avait quitté à la hâte le vallon d'Athis. D'éminents archéologues, comme on l'a dit, ont placé ailleurs le marais si bien choisi par Camulogène : à Gentilly, seulement les Romains auraient pu franchir la plaine d'Ivry, plaine d'une lieue, entre Gentilly et la Seine, pendant que les Gaulois les auraient attendus sur la Butte-aux-Cailles; à Juvisy , où la distance entre les hauteurs et la Seine est à peu près la même; enfin à Essonne, c'est-àdire à trente-trois kilomètres de Paris, mouvement qui eut découvert la place. Donc Camulogène, ayant abandonné le bord de l'Orge, vint se placer dans Taxe même de Lutèce, en face de Labiénus. G'est-à-dire que le camp des Romains était établi en face de l'emplacement actuel du Pont-Notre- Dame, et que Camulogène était campé, aveô ses guerriers celtes, sur la rive gauche de la Seine, près de l'emplacement actuel de la place Maubert, et jusque sur la crête delà montagne Saint-Geneviève, Les deux armées restèrent ainsi en pré-
sence, sans que Labiénus osât tenter un mouvement offensif, sous les yeux de son adversaire. Les éclaireurs des deux partis gardaient les deux rives de la Seine.
C'est alors que de grandes nouvelles s'étaient répandues dans toute la Gaule, nouvelles que l'on connaît déjà. César, disait-on, avait été battu à Gergovie par Vercingétorix; non seulement il n'avait pu prendre cette ville, mais sa défaite avait été si complète, qu'il opérait sa retraite vers la Province, en faisant un détour, la route du Midi lui étant fermée. Son armée souffrait de la famine, parce qu'on n'avait pu trouver de provisions à Nevers, brûlé par les Éduens, devenus ennemis des Romains : la Gaule entière était soulevée et victorieuse. A la nouvelle de tant de changements, Labiénus sentit qu'il devait renoncer à la conquête dont il s'était chargé, et, devinant la pensée de son général, il comprit qu'il ne devait maintenant avpir qu'un but, évacuer le territoire des Parisiens, rejoindre César et opérer ainsi la jonction des légions. Mais il fallait passer la Seine, sans quoi il serait arrêté à Melun, quand il voudrait transporter son armée sur la rive gauche; de plus, il fallait exécuter ce mouvement dans une
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plaine, pour que ses légions pussent y manœuvrer avec tout leur avantage, puisqu'il y aurait un engagement* Ceplan^ si habilement conçu, Labiénus Texécuta avec une grande précision.
Il avait amené de Melun les cinquante bateaux dont il s'était servi pour y passer la rivière. 11 y fit monter des chevaliers romains, leur Ordonnant de descendre la Seine à la distance de quatre mille pas, c'est-à-dire à peu près d'une lieue et demie • Ils arrivèrent ainsi presque à la pointe orientale de l'île Saint-Germain et rangèrent leur flottille en longue file le long de l'île, prêts à transporter rapidement les légionnaires sur l'autre rive, dès que la colonne romaine paraîtrait^ Là se trouvait d'ailleurs un endroit guéable, et chez les Gaulois les gués étaient si connus, qu'ils faisaient partie des routes mêmes. Ce gué a subsisté de tous temps, et de vieux pêcheurs du Bûs-Meudon noua disent qu'il n'y a pas encore trente-cinq ans, avant les draguages qu'on a multipliés en cet endroit, on voyait en été beaucoup de gens du pays qui, relevant leurs vêtements, passaient facilement d'une rive à l'autre et continuaient leur Voyage. La Seine, surtout en été^ saison de cette expédition, h'ayait pas là \x^ demi-pied de profond(eur^ On a ro*
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cueilli^ dans ces dragages, des épaves de toutes lôâ époques, et nous-même, en étudiant cet endroit, nous y avons trouvé des médailles romainesi d'autres du moyen âgOi d'autres du temps dû Louis XIV.
Laissant dans son camp cinq cohortes, Labiénus donne ordre aux cinq autres cohortes de la même légion de partir à minuit, avec les bagages, et de remonter la Seine en faisant un grand bruit, c'està-dire, de s'avancer dans la direction de Bercy et de Conflans. Il avait réuni une certaine quantité de canots appartenant aux Parisiens; il y mit des soldats avec l'ordre de remonter la Seine en faisant également beaucoup de bruit. Son but était de tromper Camulogène en lui faisant croire qu'il allait passer la rivière au*dessus de Paris avec ses canots {Untres)f tandis qu'il la passerait au-^dessous avec ses bateaux amenés de Melun {naves)4 César, qui est loin d'être toujours aussi précis dans son récit, distingue parfaitement ce double mouvement des canots et des bate9Ux« Et c'est pour ravoir confondu que plusieurs historiens ont supposé que la bataille avait été livrée au-^dessus de Paris, à Vitry et ailleurs. Cette même Confusion a fait écrire des cgnti'è-seni^à la plupart d^a tradUc**
leurs de César, et elle a conduit à cette erreur de détails deux hommes aussi instruits que Tabbé Lebeuf, dans le siècle dernier, et M. Quicherat dans le nôtre. Ce qui a trompé aussi les critiques c'est le mot magnum agmsn, un fort détachement, par lequel César désigne les cinq cohortes qui remontaient la Seine ; mais César veut faire entendre seulement que Camulogène, trompé par le stratagème de Labiénus, crut en effet que le gros de l'armée remontait la rivière. Les canots remontaient donc dans la direction du confluent de la Marne et de la Seine, et Camulogène en entendant tout ce bruit, s'imaginait que les Romains allaient passer l'eau à la pointe d'Alfort.
Cependant, Labiénus était parti de son camp avec trois légions, vers une heure du matin. Il marchait dans le plus grand silence, en descendant le bord de la rivière, traversant l'emplacement actuel du quai du Louvre, de la place de la Concorde, d'Auteuil, du Point-du-Jour ; il arriva enfin vers sesbateaux.Up violent orage favorisait encore, en la dissimulant, la marche des légions romaines. Les vedettes gauloises, qui gardaient le gué et les abords de l'île furent surprises à l'improviste et tuées par les soldats romains. Pourtant, quelques-