Saulcy, Les campagnes de Jules César ^ etc. p
dans là plaine de Grenelle, et l'on voyait la colonne gauloise qui s'avançait en file, en suivant la route actuelle de Vaugirard et d'Issy.
A Ce moment, César, qui s'oublie rarement, rapporte que Labiénus fit une harangue à ses sol* dats, où il leur dit de supposer que César était au milieu d'eux, les voyait et les commandait en personne*. Ce procédé oratoire, fort habile dans la bouche de César à ce moment, semble peu d'accord avec le caractère de Labiénus, excellent mili* taire, comme on peut le voir, mais qui n'éprouvait aucun enthousiasme de ce genre pour César, et qui se sépara même sans hésitation de son chef quand celui-ci crut le moment venu de se tourner contre le Sénat. Camulogène avait laissé une forte réserve dans son camp ; il avait envoyé un corps d'armée contre un ennemi supposé au confluent de la Marne et de la Seine. Avant de partir lui-môme avec son corps d'armée, il avait envoyé un petit détachement en avant, dans la direction de Metiosedum, c'est-à-dire, de Meudon, surtout du Bas- Meudon. Ce détachement n'avait d'autre mission que de surveiller les mouvements des bateaux,
l. César, de 9elh çaimo, tii^ 09^
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parce qu'au moment où Camulogène lui avait donné ses ordres, il ne se doutait guère que toutes les légions passaient à la pointe de l'île Saint- Germaini entre cette île et l'île Séguin et même en aval de l'île Séguin. Avec des renseignements aussi incertains, il eut mieux valu que Camulogène évitât une bataille rangée, se bornant à harceler Tennemi^ dans ea retraite, avec sa cavalerie qui paraît, il est vrai, avoir été peu nombreuse < Les légions romaines faisaient face à la . colline d'Issy.
La colonne gauloise déboucha au pied de cette colline à l'endroit où la route actuelle court en ligne droite d'Issy aux Moulineaux, Les deux armées se rencontrèrent avec un fracas effroyable, Camulogène était à la tète de ses troupes et avait en face la douzième légion. Les légionnaires lancèrent leurs traits et abattirent la première ligne gauloise, mais ceux qui étaient pai* derrière n'en résistèrent qu'avec plus de vigueur, solides, énergiques comme une armée de ligne. Leur brenn était au milieu d'eux, l'épée à la main, leur rappelant le courage de leurs pères, les exhortant à bien combattre, combattant lui-môme et commandant en môme temj)s. Malbeureusement| il
ne pouvait être partout. De l'autre côté, la gauche de rarmée gauloise était, au contraire, pressée et enfin mise en déroute par la septième légion. Mais les chances étaient encore égales, et le brenn, victorieux à Taile droite, pouvait venir tomber sur la septième légion. Alors eut lieu un mouvement dont César aime mieux attribuer la pensée aux tribuns des soldats qu'à Labiénus. A la vue du danger que courait la douzième légion, qui allait être taillée en pièces, la septième fit un mouvement tournant, c'est-à-dire que se rabattant sur la gauche, au pied de cette longue colline, elle enveloppa Camulogène avec la droite de l'armée gauloise, qui se trouva ainsi vivement pressée en avant et en arrière. A ce moment terrible, le brenn ne désespéra pas encore de la victoire. Il attendait du secours du corps d'armée préposé à la garde du camp. S'il arrivait à temps pour attaquer la septième légion, les chances de la journée, grâce à cette diversion, pouvaient redevenir égales. Mais rien ne paraissait, et les légionnaires achevaient leur mouvement d'enveloppement. A ce moment suprême, pas un Gaulois ne recula. Ils se battirent comme des lions, et périrent jusqu'au dernier, toujours animés par la voix patriotique de Camu-
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logène, qui s'élevait au-dessus du fracas de la bataille. A la fin, celui-ci chancela sur son cheval; il avait été frappé à mort, et tomba au milieu d'un monceau de cadavres romains et gaulois.
A ce moment on vit enfin apparaître, au haut de la colline d'Issy, la réserve gauloise qui s'empara vivement de la position; mais il était trop tard. Celui qui était la pensée et le nerf de toute cette armée, était étendu sans vie sur le champ de bataille. Au moment où ils en apprenaient la nouvelle, les Romains se jetaient sur eux, animés par le succès et le sang. Les uns s'enfoncèrent dans les bois qui couvraient ces hauteurs, dans la direction de Vanves et de Clamart, les autres furent tués par la cavalerie romaine. Une armée de Bellovakes accourait pour se joindre à celle des Parisiens; Labiénus savait qu'elle venait lui livrer bataille, mais il se garda bien de l'attendre. Ayant rallié ses troupes, soit à Ivry, soit . à Vitry, il regagna en toute hâte Agiedincum, où il reprit les bagages de l'armée^ et d'où il sortit aussitôt pour rejoindre César.
Camulogène, il est vrai, avait succombé, mais en l'arrêtant au marais de l'Orge, en le forçant de retourner par Melun, en le surveillant de son
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camp, il Pavait empêché d'entrer dans Lutèce, et de s'établir à temps et fortement sur le territoire des Parisiens, possession que César désirait si vivement; Lutèce n'avait pas été prise. On peut se rendre compte de cette bataille de la plaine d'Issy, et suivre par la pensée, sur le terrain, les mouveiïients des deux armées, en se plaçant, par exemple, au sortir d'Issy, sur cette route bordée d'ormes qui se rend au Bas-Meudon. On a près de soi, à sa droite, l'endroit où la petite armée gauloise résista avec tant de vigueur, et où Camulogène tomba. Derrière soi s'élève la colline d'Issy, où parut, mais trop tard, la réserve de l'armée gauloise* En face, tout au fond de la plaine, à droite, on voit les îles et le gué par où les Romains passèrent la rivière; à gauche, près des premières maisons des Moulineaux, l'endroit où la gauche de l'armée gauloise plia sous les efforts de la septième légion, et la route même marque la ligne que suivit cette légion dans son mouvement d'investissement autour de l'armée gauloise; enfin, on peut apercevoir, se dressant sur la colline de Meudon, les pierres d'un grand dolmen ou tombeau d'un grand chef gaulois, dominant ainsi tout le champ de bataille. Au-des-
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SOUS, on a retrouvé les ossements d'un guerrier gaulois* Et comme les Gaulois avaient Thabitude d'ensevelir leurs morts dans les lieux mômes où leur courage s'était signalé, comme on ne connaît pas d'autre brenn célèbre dans l'histoire celtique de Paris, et qu'on n'élevait jamais de dolmen qu'en l'honneur des grands chefs, peut-être ces ossements étaient-ils ceux de l'héroïque brenn parisien, du vieux Camulogène.
En résumé, Labiénus avait remporté la victoire d'Issy, mais au point de vue de son entreprise, cette victoire avait été stérile. Elle était moins glorieuse pour les Romains que certaines circonstances de leur défaite ne l'étaient pour les Gaulois. Labiénus avait manœuvré en général habile; Camulogène était mort en héros. Les Parisiens avaient mieux aimé incendier eux-mêmes leur ville que de la livrer aux Romains. Labiénus se dérobait avec rapidité, craignant toujours de voir paraître derrière lui l'armée des Bellovakes, ou redoutant que leur brenn, en le prévenant de vitesse, ne l'arrêtât dans sa retraite derrière quelque marais ou quelque bois, comme l'avait fait le brenn des Parisiens. Venu pour conquérir le territoire des Parisiens, il étai.t forcé de l'évacuer.
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Bien plus, il ne conservait même pas ce qu'il possédait avant son expédition, et il lui fallait encore abandonner le Sénonais, retirer ses bagages d'Agiedincum, pour courir rejoindre César, n'ayant pas plus soumis la Celtique au nord, que César ne l'avait soumise au midi, et ne trouvant, pas plus que lui, sur sa route, une seule cité où il pût se reposer.
Intrigues des Éduens contre César et contre Vercingétorix. — ^ Ils mandent celui-ci à Bibracte. Mouvement de la Gaule vers Tunité. — Lutte entre les chefs.— Assemblée générale de la Gaule à Bibracte. Véritable position de Bibracte. — Vercingétorix est réélu. Trahison des éduens. «^ Triomphe de l'unité et de l'indépendance de la Gaule.
Vers la fin du mois de mai, Vercingétorix quitta Gergovie, après un séjour de quelques semaines, pour se rendre à Bibracte, chez les Éduens. De graves difficultés l'appelaient dans cette ville pour les affaires intérieures de la Gaule. Depuis la délivrance de Gergovie, les Arvernes possédaient de nouveau, comme sous Keltil, comme sous Bituitj cette primauté de la Gaule, si enviée. Les Éduens surtout, comme on Ta vu, y avaient toujours aspiré; leur vergobret leur répétait à ce moment même, qu'ils étaient imperio nati, nés pour le premier rang*. Seulement, comme leur cité était peut-être