César, deBello gallioo^ yii, S
la plus corrompue de la Gaule, corrompue par le bien-être, l'amour de l'or et des dignités, Tabus de tous les moyens, même de la religion, pour satisfaire leur ambition, ils n'avaient pas craint, pour parvenir à leurs fins, d'abord contre les Séquanais, ensuite contre les Arvernes, d'introduire les Romains dans la Gaule. Le parti national lui-même manquait de désintéressement à ce contact impur; il voulait vaincre, pour lui, non pour la Gaule. On ne se figure pas combien d'intrigues s'étaient agitées dans cette cité, pendant le long siège de Gergovie. Au moment où les regards de tous les Gaulois étaient tournés avec angoisse vers ce rocher du Gergovia^ où se décidaient led destinées de la Gaule, les Éduens ne songeaient encore qu'à leurs intérêts, Éporédorix et Viridomarj les deux chefs éduenSy alors le plus en vue> commandaient un Corps de 10,000 Éduens auxiliaires, aii camp de Gondole. Le vergobretConvictolitan, alors à la tête des driiides, et Littavicus avec d' autres jeunes no^ blés du parti populaire, trouvaient que César tardait tt^op à remporter la victoire; ils se mirent à répandre le bruit qu'il avait fait égorger Éporédorix et Viridomar. Le proconsul avait môme été obligé de quitter un instant en force le camp dé
VERCINGÉTORÎX. l6l
Gondole et après avoir rencontré les troupes de Littavicus, avait vite fait avancer, entre les deux armées, Eporédorix et Viridomar, pour que les Éduens pussent s'assurer, de leurs propres yeux, qu'ils étaient bien en vie. Au lieu de se tenir en repos, le vergobret Convictolitan, poussé par cette haine qu'on a toujours pour les traîtres, même quand on s'en sert, s'était jeté sur Cabillonum, (Chalon-sur-Saône), ville occupée par les Romains, en les traitant de brigands, prœdones. Poussant le peuple à se soulever contre les Romains, il avait pillé les biens de ceux-ci, en avait tué un certain nombre, en avait vendu d'autres comme esclaves, dispersant ou tuant les négociants romains établis dans cette ville, et quand ils prenaient la fuite, les attaquant sur les routes et leur enlevant tous leurs bagages. Et ce qui fera encore mieux connaître quel désordre régnait chez les ÈdUens, c'est qu'a* près tous ces excès, les uns envoyaient des députa tiens auxdtés celtiques pour les etciter à secouer le joug des Romains, et les autres en adressaient à César pour se justifier de leur conduite et dire ({ue rien de tout cela n'avait été fait après une délibération publique, niVfactum concilio puilico. Nous demandons pardon d'insister but ces dé-
tails, que nous abrégeons néanmoins, mais sans eux, il est impossible de connaître l'état intérieur de la Gaule à cette époque. On juge aisément que ce fut bien autre chose encore à Bibracte, à la nouvelle de la défaite de César, quand on sut qu'il avait repassé l'Allier, vaincu, et qu'il s'avançait à marches forcées pour réunir les deux divisions de son armée et se replier vers la Province et vers l'Italie*. Alors, il n'y avait plus qu'un cri chez les Éduens. Partisans de la Gaule et partisans de Rome réunis, étaient aller se jeter sur Noviodunum (Nevers), quartier général des Romains dans cette campagne. C'était pourtant une ville éduenne, et César comptant trop sur la bonne foi de ses alliés, tout en se jouant d'eux, avait rassemblé, dans cette forte position sur la Loire, tous les otages de la Gaule, le blé, le trésor public, une grande partie de ses bagages, à lui,. César, et les bagages de l'armée romaine. Il y avait aussi réuni, pour la remonte de sa cavalerie, un grand nombre de chevaux qu'il avait fait acheter en Italie et en Espagne. C'étaient Éporédorix et Viridomar, les propres amis de César, ses commensaux au camp de Gondole, qui,
!.. Plutarque, Vi9 de César, ch. 29.
à la tête des Éduens s'étaient précipités surNoviodunum, avaient tué la garnison romaine (garnison faible, César ne se méfiant pas d'une ville éduenne), et tous les Romains qui s'y trouvaient pour affaires de commerce. Puis, ils s'étaient partagé les chevaux et l'argent, avaient fait conduire à Bibracte les otages des cités et avaient brûlé la ville, parce qu'ils savaient bien qu'ils ne pourraient la défen- . dre, et qu'ils ne voulaient pas qu'elle pût encore servir aux Romains*.
Alors Éporédorix et Viridomar s'étaient empressés de revenir à Bibracte, craignant de voir Lïttaviçus et les autres chefs du parti populaire, qui avaient été parfaitement reçus par le vergobret Convictolitan et par les druides, l'emporter sur eux. Exagérant, à qui mieux mieux, les services qu'ils venaient de rendre à la Gaule, Éporédorix, Viridomar, le vergobret Convictolitan et les druides avaient envoyé une députation à Vercingétorix, pour lui dire qu'ils voulaient faire la paix avec les Arvernes, puis une seconde, après ce glorieux exploit de Nevers, pour lui démander de venir les trouver à Bibracte,et de s'entendre avec eux sur la