‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 55 sur 71 · Liv. Lib. disperdit epitomef lvi · texte numérisé non relu

Liv. Lib. disperdit epitomef lvi

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traient avec éclat dans la confédération gauloise. Cette zone de la Narbonnaise et de la vallée du Rhône s'était depuis longtemps et peu à peu modifiée au contact des Romains; on y parlait latin aussi bien que celte. L'un des meilleurs historiens latins, Trogue-Pompée, ancien secrétaire de Pompée, était né dans le pays d es Voconces (Avignon). On vient de voir que le brenn des Helves portait aussi un nom romain. Les Allobroges, on le comprend par le rôle qu'ils jouent dans la conjuration de Catilina, avaient pris aux Romains non seulement leurs usages et leur langue-, mais leurs vices, comme eux avides de plaisir, comme eux aussi, criblés de dettes. On se rappelle qu'il en était de même des Éduens dans la vallée de la Saône. Ainsi, quand même César n'eût pas fait sa conquête, la Gaule eût pu parfaitement profiter de rinfluence romaine. Seulement, en se manifestant par la violence, et en les privant de leur liberté, elle ne laissa aux Gaulois que les vices des Romains à imiter, tandis que librement acceptée, l'influence romaine eut laissé subsister dans toute sa fécondité le beau et grand caractère gaulois, et eut contribué, sans aucun doute, à le civiliser encore, à l'orner et à le polir. Même en

admettant que la civilisation romaine fût nécessaire à la Gaule, on peut dire que la conquête de César Tempêcha d'en bénéficier.

Ces belles provinces du Midi allaient donc être rendues à la Gaule. Pour cela, sans doute, le brenn comptait sur le corps expéditionnaire de Luctère et sur le patriotisme des populations; mais il fallait avant tout Texpulsion des Romains.

La victoire était gagnée ; il importait de Tachever. Pour cela que fallait-il? Suivre toujours et invariablement le même plan de campagne, c'està-dire, éviter les batailles et affamer l'armée romaine, en la harcelant dans sa retraite. Pour que rien ne vînt contrarier ce plan, pour ne laisser dans ce moment décisif aucune prise à la fortune, il réunit un conseil de guerre à Bibracte. Il y fit d'abord connaître aux chefs gaulois qu'il fallait lever, dans toutes les cités, et promptement, un corps de 15,000 hommes de cavalerie. « Pour l'infanterie, ajouta-t-il hautement, je me contente de celle que j'ai eue jusqu'ici. Je ne veux pas tenter la fortune; je ne veux pas combattre en bataille rangée. Puisque je disposerai d'une nombreuse cavalerie, il me sera bien facile d'empêcher les Romains de se procurer du blé et du fourrage.

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Pour vous, en vrais Gaulois, il faut que, sans vous plaindre, vous détruisiez vos récoltes, que vous brûliez vous-mêmes vos habitations. C'est par la perte de tous vos biens que vous obtiendrez, et pour toujours, Tindépcndance et la liberté. »

Ces paroles .sont celles qu'il avait prononcées au camp de Nohan-le-Fuselier, avec plus de résolution encore. Et comment a-t-on pu admettre qu'après avoir dit si nettement et devant tous : « Je ne veux pas combattre en bataille rangée », il ferait, sans qu'il y eût aucune modification dans les affaires, sans motiver ce changement complet de plan, le contraire, quelques, jours après? Aussi ce discours fait à Bibracte étant à nos yeux d'une importance extrême, nous prions de remarquer que rarement le texte des Commentaires a été aussi formel. On s'étonne même de voir ce jeune homme, qui n'avait guère jusquelà livré que quelques combats obscurs dans la montagne, transformé peu à peu par ses propres sentiments longtemps comprimés, conserver avec tant de fermeté son premier plan de campagne, créer encore un plan d'affranchissement pour les cités du Midi et mettre dans l'embarras ce même César qui, plus tard, en se jetant dans les guerre^

civiles et en tournant contre sa patrie ses armes victorieuses, acquit la réputation de l'un des plus grands capitaines de l'antiquité. Pourquoi fautil que les autres chefs n'aient pas eu la même prudence et le même désintéressement! Césau", au contraire, autre preuve de ce que nous avançons, en voyant les préparatifs de son adversaire, comprit que le dessein de celui-ci était bien de ne pas livrer bataille, mais de l'inquiétef , de le harceler et de l'affamer. Il envoya donc des messagers chez les peuples des bords du Rhin, vaincus dans la campagne précédente. Les messagers y levèrent à force d'argent, une bonne troupe de cavalerie, avec ses fantassins armés à la légère qui savaient combattre dans les rangs des cavaliers. Ils arrivèrent dans le camp romain; mais ils étaient mal montés. César les fit descendre de leurs petits chevaux maigres, et leur distribua ceux des tribuns et des autres officiers, et même ceux des vétérans et des chevaliers romains. Tant il tenait à empêcher la cavalerie gauloise d'infester et de battre le pays !

Les préparatifs achevés de part d'autre, Vercingétorix partit de Bibracte pour commencer cette guerre d'escarmouches et, comme on dirait au jour-

d'hui, de guérillas qu'il a lui-même expliquée plus haut, et rejoindre les légions romaines. L'armée romaine était forte de 100 à 110 mille hommes depuis que César avait effectué sa jonction avec Labiénus. Cette opération avait dû se faire aux environs de Clamecy. Là, les Romains avaient passé l'Yonne, et ils se portaient à marches forcées, par la route de Vezelay, dans la direction d'Avallon, de Montréal, de Montbard, tournant ainsi le Morvan par l'orient, pour continuer à gravir ce pays montueux, dangereux jusque vers la source de la Seine et redescendre de là jusqu'à Divio (Dijon). De là, César avait devant lui une plaine de vingt lieues pour arriver jusqu'à Vesun^ tio (Besançon), son objectif. Cette route, quoiqu'à travers un pays accidenté, est très bien tracée par . la nature, au milieu des dépressions de terrain, dans les vallées ou le long des cours d'eau qui les sillonnent. On y retrouve presque partout do grands vestiges d'une ancienne voie romaine ; c'est assez dire que par là passait aussi un chemin naturel ou une route gauloise. C'est en partie encore aujourd'hui l'ancienne route de Troyes à Besançon ; elle longeait la frontière des Éduens et des Lingons, comme le rappellent encore aujour-

d'hui les noms de plusieurs localités, Fins-ïès- Moutiers, Fins4ès-Monthard {fines, frontières, limites). César se gardait bien d'aller tourner par Is-sur-Tille, et encore moins du côté de la Vingeanne, ce qui lui faisait perdre plusieurs journées, alors que les instants mêmes étaient comptés. Il s'agissait d'empêcher la réalisation du vaste plan de son adversaire. La Province tout entière, Marseille, depuis des siècles si fidèle aux Romains, allaient leur échapper, ce qui Tarrêtait court dans son ambitieuse carrière en le perdant à jamais aux yeux des Romains. Les Romains chassés de la Narbonnaise et de la Province, grâce à la témérité d'un aventurier, le beau titre à leurs yeux pour devenir roi de ces républicains !

Parti de Bibracte vers la fin du mois de juillet, \q brenn, marchant toujours du sud au nord, campa à Saulieu, à Pierre-Écrite, pour suivre ensuite le cours de l'Armançon. Les Gaulois se trouvaient en plein Morvan. Laissant à gauche les hautes cimes du Beuvray, la colonne gauloise s'avançait en longue file, infanterie, cavalerie^ avec les éclaireurs qui rôdaient tout autour, dans les défilés des montagnes, entre ces bois, ces rochers et ces chutes d'eau. Le brenu commandait

la colonne. Éporédorix et Viridomar suivaient à regret, méditant une défection, comme ils l'avaient promis à César, qui le dit lui-même*, et épiant une occasion favorable de renverser celui qu'ils haïssaient. Enfin, Vercingétorix vint s'établir dans la position actuelle du village de Senailly, à quatre lieues au nord de Semur, à cheval sur l'Armançôn, c'est-à-dire, commandant les deux rives. Là, il commençait sa guerre d'escarmouches, car il se trouvait sur la routef de César, qui marchait dans la direction d'Avallon à Montbard. César était campé à dix milles de là, 12 kilomètres, sur cette route, c'est-à-dire, à Montréal-sur-Serrain*. Des armées aussi considérables avaient besoin de camper sur le bord des cours d'eau.

Le brenn répartit son armée en trois camps.

De cette manière, il inquiétait l'ennemi avec plus de succès, en l'attaquant à l'improviste, tantôt sur un point et tantôt sur un autre. De plus, les chefs éduens qui commandaient la cavalerie pouvaient aussi moins songer à une affaire générale que s'ils étaient concentrés, car le brenn ne pouvait pas ignorer entièrement leur dessein. Il se

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