‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 58 sur 71 · Servius, Comm. sur Virgile, iEneid., liv. il · texte numérisé non relu

Servius, Comm. sur Virgile, iEneid., liv. il

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République romaine? Mais le combat ne semblait pas sur le point de finir.

Tout à coup on entendit sur la droite des cris épouvantables. C'était la cavalerie germaine qui, après avoir longtemps cherché une issue pour tourner le camp et la colline de Quincerot, était enfin parvenue à s'y porter par le bois de Cervan. Elle dominait le second camp, en partie dégarni, puisque presque toute la cavalerie gauloise avait donné. De cette position avantageuse, ils fondent tout à coup sur les Gaulois, les dé* busquent, les poursuivent, les précipitent au bas de la colline, les taillent en pièces, et se jettent avec le même élan sur les autres corps de cavalerie gauloise, surpris, effrayés, obligés de supporter cette charge impétueuse, au moment où ils se croyaient victorieux. Les deux partis ne voulant pas céder, ce fut un carnage immense. Les trois Éduens chefs, de la cavalerie, Cotus, Cavarillus et Éporédorix sont faits prisonniers. Sachant très bien qu'ils ne couraient aucun danger entre les mains de César, ils se font conduire vers lui. Peu à peu les cavaliers éduens purent s'échapper*. Ils s'enfuient dans la direction de Semur, parce que Vercingétorix, irrité, voyant qu'on avait si positi-

vement désobéi à ses ordres, et ne voulant pas encore augmenter un désastre qu'il avait prévu, eut la prudence de retenir son infanterie, rangée en avant de son camp du Quincy, et tout le long de TArmançon, de Viserny à Genay. Afin de réparer encore, autant qu'il le pourrait, -ce malheur qui fondait tout à coup sur les Gaulois au milieu de tant d'espérances, il réunit le plus grand nombre de cavaliers possible, les posta à Genay, pour résister aux efforts des Romains qui, dans la fureur d'une victoire si longtemps balancée, sabraient tous ceux qu'ils rencontraient.

Les Éduens, en fuite, avaient pris la route la plus courte pour se rendre dans leur oppide le plus voisin, Alise, en traversant de Genay à Mussy-la- Fosse. Le mouvement étant donné dans ce sens, toute l'armée suivit, et il fallut bien que Vercingétorix laissât faire un mouvement que, dans ce moment terrible, nulle force humaine n'eût pu arrêter. Mais les cavaliers qu'il avait mis à Genay protégèrent du moins, et assurèrent cette retraite. On a retrouvé, dans des fouilles faites à Genay*, un grand nombre d'ossements d'hommes

1. Rapport sur le tumulus de Genay, par MM. Bruzard et Hamy, Semur, 1869,

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et de chevaux mêlés ensemble. La nuit vint qui arrêta encore les Romains. Grâce à cette manœuvre de Vercingétorix, à Genay, l'armée gauloise était sauvée.

Dans cette retraite de nuit, les Gaulois longèrent le ru de Bièvre et le ruisseau de la Grande- Eau ; puis, ils tournèrent autour de la montagne de Venarey, d'où Ton aperçoit Alise. Cette route forme grossièrement un angle droit avec celle qui va de Semur à Montbard, et où ils s'étaient engagés d'abord! Ils arrivèrent à Alise au milieu d'une agitation extrême, dans la seconde moitié de la nuit. César, et ceci montre combien le plan primitif du brenn gaulois était sage, craignit de se hasarder dans ce pays accidenté et boisé. Il campa à Genay, redoutant encore des embûches, sans oser poursuivre les vaincus au delà; et faisant filer la plupart de ses cohortes par Fins-lès^Montbard et par Seigny, route plus belle et plus sûre; il n'arriva en vue d'Alise que dans l'après-midi du jour suivant.

Tel fut ce combat équestre de l'Armançon, qui devait achever la libération des Gaulois et qui commença leur ruine. Cette partie de notre récit est l'une de celles qui nous ont coûté le plus de

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peine à établir, à cause des nombreuses contradictions des Commentaires. Jamais nous nV serions parvenu, si nous n'avions tenu à étudier par nous^ même et dans tous leurs détails, les traditions locales et la configuration topographique de cette contrée. Ces contradictions, nous avons cherché à les concilier par respect pour la renommée de l'historien, en les mettant d'accord avec le cours naturel des choses, avec les traditions conservées oralement par les populations. Il n'est pas une seule des localités nommées plus haut, que nous n'ayons visitée et étudiée avec soin. Peut-être trouvera-t-on que nous avons beaucoup insisté sur la conduite des Éduens. Mais que deviendrait l'histoire sans l'étude des causes, c'est-à-dire des passions ou des dévouements humains? N'est-ce pas ainsi qu'elle peut devenir, comme on Ta dit, la conscience du genre humain, et comme on pourrait le dire encore, son tribunal suprême, quand, après bien des transformations, elle a pénétré dans les esprits de tous. A quoi bon, sans "cette étude, cette succession stérile des mêmes tableaux se reproduisant régulièrement à certaines périodes, immorale affirmation de la fatalité. Enfin, chercher les causes des événe-

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ments, n'est-ce pas chercher Dieu dans l'histoire? Pour les Éduens, César lui-même les a condamnés, sans les blâmer, mais clairement. Qui ne se rappelle ici le druide éduen Divitiac ouvrant aux Romains la porte de la Gaule, et portant lui-môme, de sa personne, à leur tête, la flamme et le fer chez les Bellovakes? Dans leur conduite, depuis l'élection du brenn, César affirme leur trahison, toujours sans la" leur reprocher, mais en termes formels. « Les chefs éduens, écritil, éprouvent une douleur profonde en se voyant dépossédés du principal; ils se plaignent du changement de leur fortune; ils vont demander pour eux le pardon de César. » Est-il possible de dire en termes plus clairs qu'ils trahirent la Gaule? Mais, objectera-t-on, comment Vercingétorix commit-il la faute de mettre à la tête de la cavalerie les chefs éduens dont il devait se méfier? Sans doute, il avait bien ses raisons pour se méfier d'eux; mais d'abord ce n'est qu'après les événements accomplis que le proconsul a écrit cette phrase accusatrice. Lespriverdu commandementdela cavalerie, c'eût été frapper en eux tous les Éduens, toute la cavalerie même, car ils étaient reconnus comme les premiers de la Gaule dans cotte arme; c'était

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les enlever à la confédération, et en justifiant, au milieu du désordre des esprits, les reproches d'ambition lancés par eux contre le brenn, amener peut-être une guerre civile en présence de Tennemi. Les hommes qui, comme Vercingétorix, sont toujours prêts à donner leur démission, font souvent des fautes par grandeur d'âme. Enfin, il croyait pouvoir les rallier à la cause nationale par des dignités, des commandements, de l'or, en les intéressant à la victoire.

Beaucoup d'écrivains, nous le répétons, ontplacé ailleurs le champ de bataille, sur la Tille, sur la Vingeanne. Mais toutes les mesures itinéraires et les diverses circonstances de la bataille données par les Commentaires concordent parfaitement, quand • on met ce combat équestre à l'endroit où nous l'avons placé, d'après la tradition locale, c'ést-à-diré, à Senaillyet dans les environs. Vercingétorix s'était établi à dix milles des Romains. Montréal-sur- Serrain est à 14 kilomètres de Senailly. César n'arriva que le lendemain et assez tard devant Alise*; or, Alise est à 24 kilomètres, c'est-à-dire, à une étape de Senailly. Enfin, le souvenir de cet événe-

1. Voyez particulièrement Les préliminaires du siège d'Alésia^ par Auj^uste Casla».

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ment, on Ta vu, s'est transmis là, tout vivant, de génération en génération, jusqu'à nous. Partout on y parle de combats entre Gaulois et Romains, d'escarmouches que César ne mentionne pas plus qu'il n'avait mentiooné les combats de cavalerie où il avait été vaincu sous Gergovie. Le chemin gaulois que suivit César en battant en retraite, est devenu ensuite une voie romaine, dont on voit encore ça et là d'énormes tronçons bien conservés. Nous ne faisons que le rappeler; à Rougemont, on a récemment trouvé des ossements d'hommes et de chevaux, avec des fragments d'armes, comme à Genay, où Vercingétorix livra le second combat équestre. La plaine qui part . des pentes du Quincy jusqu'à la rive gauche de l'Armançon, qui se nomme champ de bataille^ ainsi que nous l'ont raconté des vieillards de Senailly et de Viserny; enfin, la route par où les Germains firent cette charge qui décida du sort de la bataille, s'appelle encore aujourd'hui, non seulement dans la mémoire des populations, mais sur le cadastre, la voie ou plutôt la via des Allemands.

Quand on sort de cette région montueuse, dernières ondulations et projections tourmentées du

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Morvan, on s'aperçoit tout de suite que le pays où Ton entre n'est plus en rapport avec les préparatifs faits par Vercingétorix; il ne faut plus songer à la guerre d'embuscade. D'abord on se trouve dans une grande plaine Hommée la Plaine des Laumes. En face de soi, onaperçoit une montagne qui court de L'ouest à l'est dans sa longueur, avec 418 mètres d'altitude, 2,100 mètres de long, sur 800 mètres de large et un plateau de 1,400,000 mètres carrés, en y comprenant les contre-forts ; c'est le mont. Auxois ; c'es.t là que s'élevait la ville d'Alise. A droite du mont Auxois, une chaîne de collines de la même élévation, les monts Druaux ou des druides^ se prolonge dans la direction dé l'ouest à l'est, jusqu'au plateau élevé où se dessine hardiment dans le lointain la petite ville de Flavigny. A gauche du mont Auxois et sur une ligne presque parallèle à celle des monts Druaux, se dressent des collines boisées portant différents noms, les monts Réa, de Grésigny, de Ménétreux et de Bussy. Derrière le mont Auxois s'étend le mont Penevel, qui n'en est séparé que par un col vigoureusement creusé par la nature dans le roc vif. Au fond de la vallée, à gauche, coule un petit ruisseau nommé l'Oze, et dans la vallée, à droite,

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un autre ruisseau nommé TOzerain, tous deux descendant du plateau de Langres et courant se jeter dans la Benne. On remarquera que, d'après cette disposition des lieux, Vercingétorix n'avait pu choisir lui-même Alise comme point de défense. Gergovie n'avait pu être investie par les Romains, parce qu'elle communiquait avec d'autres montagnes par le torrent des Goules, tandis que le mont Auxois étant isolé dans la plaine, serait nécessairement entouré par les lignes romaines, et la place, après un blocus plus ou moins long, serait forcée de se rendre par la famine. On se rappelle qu'après la prise d'Avaricum, il avait rassuré les Gaulois en leur disant que les Romains leur étaient inférieurs par le courage, comme ils leur étaient supérieurs dans l'art de prendre les places. Et Vercingétorix, lui si prudent, dans son impétuosité, aurait provoqué les Romains précisément dans la partie de l'art militaire où il les savait supérieurs I Mais on a déjà dit qu'Alise était une ville soumise aux Éduens, et l'on n'a que trop vu, par ce qui précède, combien les Éduens s'attachaient à faire juste le contraire de ce que voulait Vercingétorix.

Alise était entourée sur plusieurs points, par*

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ticulièrementau couchant et au midi, d^une ceinture de rochers à pic, et partout d'une enceinte fortifiée, dont nous avons retrouvé les vestiges mêmes à l'ouest, et en arrière des rochers, qui y formaient d'ailleurs des remparts naturels. Des fouilles exécutées tout autour du plateau amèneraient, nous n'en doutons pas, la découverte du cordon de toute l'enceinte^ Les débris du mur que nous avons retrouvés sont à l'ouest, dans la partie la plus élevée du mont, à ^endroit où se tenait souvent VercitîgétoriXj et qu'on appelait la Citadelle. Le plateau descend en pente douce vers l'est, et Vercingétorix établit son camp à cette extrémité orientale. Mais ce camp s'étendait encore presque tout autour de la montagne, à mi-côte sur un escarpement ou contre-fort parfois d'une grande largeur. Prolongement dil camp gaulois, tout ce long ruban qui entoure ainsi prè^ de la moitié dô la montagne était couvert de guerriers gaulois. Pour le mettre à l'abri d'une surprise ou d'une attaque ouverte, le brenn fit construire à l'entour un grand mur en pierres sèches, comme il avait fait à Gergovie, avec un fossé pour* donner plus dé commandement à ce rempart, et déâ portes étroites percées dans faë naur*

La ville d'Alise comme celle de Nîmes, et beaucoup d'autres villes celtiques où les Phéniciens étaient venus s'établir, Remontait à une haute antiquité. Des traditions gauloises, qui se perdaient dans la nuit des temps, rapportaient qu'Hercule, dans ses courtes aventureuses, était venu dans ce pays fertile, qu'épris de la beauté d'une jeune princesse, fille d'un grand chef de ce pays, il l'avait épousée et en avait eu des fils* : allégorie transparente et ingénieuse, comme tout ce qui vient de l'imagination des Grecs, pour rappeler qu'Hercule ou Moloch, c'est-à-dire Tes Phéniciens avaient pénétré jusque dans ces lieux, et que, séduits par la contrée et par la fertilité du sol, ils avaient fondé une colonie et des comptoirs jusqu'au centre de la Celtique. Ils s'étaient unis par des mariages aux anciens habitants du pays. Nous avons vu de petites statues d'Hercule, trouvées sur le mont Auxois,. représentant un dieu â^é et portant, ressemblance frappante, comme Atlas, une, sorte de boule ou globe du monde sur ses épaules. Le mythe d'Atlas, comme le culte de l'Hercule gaulois, était d'origine phénicienne. Toutes les cités et les villes celtiques avaient un

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