C'est un des grands passages vitrés de Milan
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Merelli, qui se rendait au théâtre. Il neigeait à gros flocons, et Merelli, me prenant sous le bras, m'engagea à l'accompagner jusqu'à son cabinet, à la Scala. Nous causâmes chemin faisant, et* il me raconta qu'il se trouvait embarrassé pour l'opéra nouveau qu'il devait donner. IL avait chargé Nicolaï d'écrire cet opéra, mais celui-ci n'était pas content du livret.
— Figure-toi, dit Merelli, un livret de Solera, superbe ! I . . . magnifique ! ! . . . extraordinaire ! ! . . . des situations dramatiques grandioses, pleines d'intérêt ; de beaux vers!... Mais cet entêté de Nicolaï ne veut rien entendre, et il déclare que c'est un livret impossible 1... Je ne sais où donner de la tête pour en trouver tout de suite un autre.
— Je te tire d'embarras, lui dis-je alors. N'as-tu pas fait faire pour moi il Proscritto ? Je n'en ai pas écrit une note ; je le mets à ta disposition.
— Oh I bravo I C'est une vraie fortune I
Ainsi parlant, nous étions arrivés au théâtre. Merelli appelle Bassi, qui était tout à la fois poète, directeur de la scène, régisseur, bibliothécaire, etc., etc., et lui dit de chercher aussitôt dans les archives s'il ne s'y trouve point un manuscrit du Proscritto. On le découvre en effet. Mais, en même temps, Merelli prend un autre manuscrit et, me le montrant, il s'écrie :
— Tiens, voilà ce livret de Solera. Un si beau sujet, et le refuser!... Prends, et lis-le.
— Que diantre veux-tu que j'en fasse ? Non, non, je n'ai nulle envie de lire des livrets.
— Eh! cela ne te blessera pas, je suppose t.. . Lis-le, puis tu me le rapporteras.
Et il me le met dans les mains. C'était un grand cahier, écrit en gros caractères, connue il était d'usage alors; j'en fais un rouleau, et, prenant congé de Merelli, je m'achemine vers mon logis.
Tout en marchant, je me sentais pris d'une sorte de malaise indéfinissable, et une tristesse profonde, une véritable angoisse m'étreignait le cœur. Je rentre chez moi et, d'un geste presque violent, je jette le manuscrit sur ma table, et je reste tout debout devant lui. En tombant sur la table, il s'était ouvert tout seul ; sans savoir comment, mes yeux se fixèrent sur la page qui était devant moi et précisément sur ce vers :
Fa, pensiero, sulV ait dorate ^.
Je parcours les vers suivants et j'en reçois une grande impression, d'autant plus qu'ils formaient presque une paraphrase de la Bible, dont la lecture m'était toujours chère.
Je lis un fragment, j'en lis deux, puis, ferme dans ma résolution de ne plus écrire, je fais un effort sur moi-même, je ferme le cahier et je vais me coucher!... Mais bah!... Nabucco me trottait par la tête 1... le sommeil ne venait point. Je me lève et je lis le livret, non pas une fois, mais deux, mais trois, tant qu'au matin je puis dire que je savais par cœur et d'un bout à l'autre le poème de Solera.