‹ VerdiChapitre 28 sur 43 · IS · texte numérisé non relu

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Dans l'espoir qne vous me tirerez de cet embarras, je vous salue de cœur.

Bertani.

Mon adresse : Bertani Prospero, via San-Domenico, nog.

On s'imagine aisément la surprise du compositeur à la réception de cette missive; toutefois il prit la chose du bon côté, et, prenant pour intermédiaire son éditeur, M. Ricordi, il le chargea de satisfaire cet ingénu contempteur d'^ïda, mais en lui faisant jurer qu'on ne l'y reprendrait plus :

... Vous pouvez bien (écrivait-il à M. Ricwdi), vous pouvez bien vous imaginer que, pour sauver un fils de famille des spectres qui le poursuivent, je payerai volontiers la petite note qu'il me 'transmet. Je vous prie donc de faire parvenir pat l'un tie vos correspondants à ce M. Prospero Bertaiy, tia San-Domenico, n<* S, la somme de 27 lires 80 cQfy-. times. Ce n'e^ pas lé chiffre qu'il demaiiae ;. mais que je paye eiàcore son souper par-dessus fe marché, ma foi ! non. Il pouvtit trdi bien msûager chez kii.

Il est bien entendu qu'il vous délivrera un accusé de réception, et, de plus, une petite contre-lettre, dans laquelle il s'engagera à ne plus entendre mes nouveaux opéras, de manière à ne plus s'exposer aux menaces des spectres et à m'épargner de nouveaux frais de voyage...

L'éditeur M. Ricordi croyait à une mystification, et écrivit à Reggio avec la présomption de n'y découvrir aucun Bertani. Contre son attente, celui-ci existait parfaitement; les négociations furent rapides, et la somme offerte par Verdi fut échangée contre le petit reçu conditionnel dont voici la teneur :

Reggio, 15 mai 1872.

Je soussigné reconnais avoir reçu du maestro G. Verdi la somme de 27 lires 80, à titre de remboursement de mes frais de voyage à Parme pour enteudre Aida, le maître ayant trouvé juste que cette somme me fût restituée, puisque je n'avais pas trouvé son opéra de mon goût. 11 est en même temps convenu qu'à l'avenir je ne ferai plus de voyage peur entendre de nouveaux opéras du maître, à moins qu'il ne se charge entièrement des dépenses, (juelle que puisse être mon opinion sur ses ouvrages.

En foi de quoi j'ai signé.

Bertani Prospero.

J'ai à faire connaître un autre incident, non moins comique, relatif à Aida; mais celui-ci ayant trait en même temps au Sequiem, j'en parlerai plus loin, lorsqu'il sera question de ce dernier ouvrage.

Dans les premiers mois de 1873 mourait à Milan, chargé d'ans et de gloire, l'un des hommes les plus justement célèbres de l'Italie contemporaine, l'un des plus grands patriotes, l'un des poètes les plus exquis qu'ait produits cette terre si fertile sous ce double rapport : je veux parler d'Alessandro Manzoni. J'eus Toccasion de voir à Milan même, quelques semaines après, combien était touchant, unanime, le culte que les Milanais avaient voué à la mémoire de leur vertueux et illustre concitoyen.

Son nom avait été aussitôt donné à Tune des plus belles rues de la ville, l'ex-uta del Giar--

dino^ qui va de la place de la Scala à la place Cavour ; on s'était empressé de mettf ie sous son invocation un nouveau et charmant théâtre, qui prit ainsi le nom de théâtre Alessandro Manzoni ; une souscription nationale était ouverte pour lui ériger un monument, et certains offices publics recevaient des offrandes à cet effet ; des études sur sa vie et sur ses œuvres étaient publiées de tous côtés*, tandis qu'une édition populaire était faite de son roman célèbre, i Promessi Sposi^ qui s'étalait aux vitrines de tous les libraires et de tous les kiosques et que des marchands ambulants vous offraient partout, sur la place du Dôme, sur celle de la Scala, dans les galeries Victor- Emmanuel, etc.; enfin, chez tous les marchands on retrouvait son image, en gravure, en lithographie, en photographie ; son buste se voyait partout, et l'on pouvait contempler son portrait jusque sur les boîtes d'allumettes que des bambins vous offraient dans les rues pour

1. Je citerai entre autres: Alessandro Manzoni, par Francesco Trevisan ; Alessandro Manzoni, studio biografico e criticOj par Vittorio Bersezio, l'adorable conteur piémontais ; Alessandro Manzoni, ossia il progresso morale, civile « leUerario, par le docteur Angelo Buccellato (2 vol.) ; la Mente di Alessandro Manzoni f par Giuseppe Rovani.

un sou. Si jamais grand poète a provoqué, à son lit de mort, la reœnnaissance de ses compatriotes^ on peut dire que c'est l'auteur de Carmagnola, d'Adelghis et des Hymnes sacrées.

Verdi, qu'une affection profonde unissait à Manzoni et qui ressentait pour lui une sorte de respect filial, était à sa villa de Sant'Agata lorsque se répandit la nouvelle de sa mort. Il en éprouva un très vif chagrin, et pendant quelque temps resta sombre et pensif, comme dominé par une préoccupation intérieure. Un jour, s'adressant à un ami qui se trouvait en villégiature chez lui, il lui demanda s'il voudrait l'accompagner jusqu'à Milan, où il avait à faire. Sur la réponse affirmative de celui-ci, tous deux se mirent en route, et c'est seulemenf alors que Verdi confia à son ami la pensée qu'il avait eue et le dessein qu'il poursuivait d'écrire une messe de Requiem^ destinée à célébrer solennellement le premier anniversaire de la mort du grand poète.

Arrivé à Milan, le maître descendit, selon son habitude, à VAlhergo Milano, et écrivit aussitôt au sénateur Belinzaghi, syndic de la ville, pour lui faire part de son projet, s'offrant à composer un ncqtncm qui serait exécuté, l'an-

née suivante, pour l'anniversaire de Manzoni. Le syndic se rendit immédiatement chez Verdi pour lui faire une visite personnelle de remerciement, et, le jour même, adressa une convocation extraordinaire aux membres du municipe, pour les informer de la proposition qui lui était faite. L'offre fut acceptée, comme on peut le penser, et par un vote unanime. Le conseil rédigea ensuite une adresse de remerciements au maître, et il fut décidé, séance tenante, que l'exécution du Requiem aurait lieu danfe l'église sur laquelle Verdi fixerait son choix ; que tous les frais seraient à la charge de la municipalité; enfin que des invitations seraient adressées aux plus grands artistes de l'Italie, chanteurs et instrumentistes, pour les engager à prendre part à cette solennité tout ensemble artistique et patriotique ^

1. Voici la lettre par laquelle Verdi répondit à l'adresse de la junte municipale :

«c niustrissime seigneur syndic,

» n ne m^est pas dû de remerciements ni par vous, ni par la juote, pour l'offre que j'ai faite d'écrire une messe funèbre pour l'anniversaire de Manzoni. C'est une impulsion, ou, pour mieux dire, un besoin de mon cœur qui me pousse à honorer, autant qu'il m'est possible, ce grand homme, que j ai tant estimé comme écr.yaiQ et vénéré comme homme, et qui élai. un modèle de vertu et de patriotisme.

> Quand le travail musical sera assez avancé, je ne man-

Tout cela bien établi, Verdi partit pour la France, et c'est ici, à Paris, pendant l'été de 1873, qu'il écrivit la plus grande partie de sa messe, dont un morceau, le Libéra me, était déjà composé. L'histoire de ce morceau vaut d'être racontée ; car elle rappelle des faits intéressants.

Lors de la mort de Rossini (13 novembre 1868), Verdi avait eu déjà l'intention de faire exécuter, en l'honneur du maître illustre que l'Italie avait vu naître et que pleurait le monde, un Requiem inédit. Mais ce Mequiem ne devait pas être écrit entièrement par lui, et ses idées à ce sujet étaient nettement exposées dans la lettre suivante, qu'il adressait alors à son vieil ami M. Tito Ricordi, le célèbre éditeur de musique de Milan :

querai pas de vous faire savoir quels éléments seront nécessaires afin que l'exécution soit digne et du pays et de Thommc dont tous déplorent la perte.

» Avec la plus profonde estime et considération, j'ai Phonneur de me dire,

» niustrissime seigneur syndic, » Votre bien dévoué, 9 G. Verdi.

3) Sant-Agata, 9 juin 1873. >"

Sant'Agata, 18 novembre 1868.

Mon cher Ricordi,

Pour honorer la mémoire de Rossini, je voudrais que les compositeurs les plus distingués de l'Italie (Mercadante en tête, ne fût-ce que pour quelques mesures) composassent une messe de Requiem à exécuter à Tanniversaire de sa mort. — Je voudrais que non seulement les compositeurs, mais aussi tous les exécutants, outre leur concours personnel, offrissent leur obole pour payer les frais. Je voudrais qu'aucune main étrangère à Tltalie ou à Tart, quelle que fût sa valeur, ne vînt à notre aide ; sans cette condition, je me retirerais aussitôt de l'association.

La messe devrait être exécutée dans l'église San- Petronio, de Bologne, qui a été la vraie patrie musicale de Rossini. Cette messe ne devrait être un objet ni de curiosité ni de spéculation ; mais, aussitôt après son exécution, elle devrait être scellée et placée dans les archives du Lycée musical de Bologne, d'où jamais on ne pourrait la retirer ! Peut-être cependant pourrait-on faire exception pour les anniversaires de Rossini, quand nos descendants voudraient les célébrer.

Si j'étais dans les bonnes grâces du Saint-Père, je le prierais de vouloir bien permettre, au moins pour cette seule fois, que les femmes prissent part à l'exécution de cette messe * ; mais, comme je n'y suis

1. On snit que TÉglise ne permet pas aux femmes de chanter dans les temples ; ce n'est que par exception qu*ellô veut bien leur en accorder parfois Tautorisation.

pas, il faudra trouver une autre personne plus propre que moi à atteindre ce but.

Il faudra instituer une commission d'hommes intelligents pour régler Tordre de cette manifestation, et surtout pour choisir les compositeurs, distribuer les morceaux et veiller à la forme générale de Tceuvre.

Cette composition (quelle que puisse être la beauté des morceaux séparés) manquera nécessairement d'unité musicale ; mais, si elle offre des défauts sous ce rapport, elle suffira néanmoins à démontrer combien est grande chez nous la vénération pour Thomme dont le monde entier déplore la perte.

Adieu. Crois-moi ton afifectionné.

G. Verdi.

Cette idée fut accueillie par les artistes avec la plus grande faveur. L'œuvre projetée fut divisée en treize parties, qui furent confiées à treize compositeurs. Toutes les mesures furent rigoureusement prises, la forme et la tonalité de chacun des morceaux furent déterminées, et la messe se trouva partagée de la façon suivante :

N® 1. — Requiem œtemum (en sol

mineur). M. Buzzola.

N® 2. — Dies irœ {ut mineur) . . M. Bazzini.

N® 3. — Tubamirum{mi\}m\ne\ir) M. Pedrotti.

N<* 4. — Quid sum miser {la \}

majeur) .M. Gagnoni.

N<> 5. — Recordare {fa majeur). . M. F. Ricci. N® 6. — Ingemisco {la mineur). . M. Nini.

N** 7. — Confutatis {ré majeur) . M. Boucheron. N<* 8. — Lacrymosa (sol majeur, et

ut mineur) M. Coccia.

N® 9. — Domine^ Jesu {ut majeur) M. Gaspari.

N® 10. — Sanctus {ré 1; majeur) . . M. Platania. N** H. -r- Agnus Dei {fa majenr) . M. Petrella. N® 12. — Lux œterna {la ^ majeur) M. Mabellini. N** 13. — Libéra me (wr mineur) . M. Verdi ^.

On avait réservé à Verdi, comme étant le chef de l'école italienne moderne, la dernière page de l'œuvre, celle qui devait clore cette grande manifestation imaginée par lui en l'honneur du plus grand maître italien du XIX® siècle. La messe fut écrite en entier; mais, je ne sais par suite de quelles circonstances, indépendantes de la volonté des compositeurs, le projet ne put être mis à exécution, et l'œuvre ne put voir le jour.

1. On voit que malgré le désir exprimé par Verdi, le nom de Mercadante ne trouvait point place dans cette liste. Le grand Age et le faible état de santé de ce patriarche de l\ musique italie^me, qui comptait alors 73 ans et qui était aveugle depuis plusieurs années (il mourut moins de deux ans après) rempéchèrent sans doute de prendre sa part de ce travail.

Verdi avait été l'un des premiers à envoyer son morceau, qu'il réclama par la suite, ainsi que firent tous ses confrères. Il le fit entendre un jour à un ami, précisément celui qui l'accompagna à Milan au sujet de l'hommage qu'il voulait rendre à Manzoni, et cet ami, après avoir lu attentivement la partition, lui dit :

— Une page aussi belle vous inspirerait une messe admirable. Vous devriez écrire œ Requiem en entier.

Ainsi fit-il, on l'a vu, et dans quelles circonstances.

Lorsque son Requiem fut achevé. Verdi se rendit à Milan, où l'on commença à prendre toutes les dispositions nécessaires à l'exécution. L'église choisie fut celle de San-Marco ; les chanteurs désignés par le maître étaient mesdames Teresina Stolz et Waldmann , MM . Capponi et Maini, l'orchestre fut formé de cent exécutants et le chœur de cent vingt, le tout réuni sous la direction du compositeur. La date fut fixée au 22 mai 1874, et de toutes les parties non seulement de l'Italie, mais de l'Europe, c'est-à-dire de France, d'Allemagne, d'Autriche,

etc., les musiciens, les critiques, les dillettantes, les curieux affluèrent à Milan.

Le succès à l'église fut immense. En dehors de la valeur de l'œuvre, il faut dire que l'exécution fut merveilleuse, non seulement de la part des solistes, tous artistes éprouvés et doués de voix admirables, mais aussi de celle de l'orchestre, où l'on trouvait les chefs d'attaque de tous les grands théâtres d'Italie, et, en ce qui concerne les chœurs, presque exclusivement composés d'un grand nombre de chanteurs des grandes scènes lyriques, auxquels s'étaient joints les meilleurs élèves du Conservatoire de Milan.

Après la solennité, le syndic, M. Giulio Belinzaghi, adressa à Verdi une lettre officielle de remercîments à laquelle celui-ci répondit dans les termes suivants :

Illustrissime seigneur syndic,

La douloureuse nouvelle de la mort de Manzoni m'a poussé à écrire la messe de Requiem, Ce fut un élan du cœur, un tribut de respectueuse affection, Texpression de mon chagrin.

C'est pour^moi maintenant une très grande satisfaction de savoir de vous. Monsieur le syndic, que cet acte de ma part a pu être agréable à Votre Sei-

gneurie et à la municipalité qu'elle représente si dignement. .

Je vous remercie pour les paroles courtoises que vous voulez bien me faire parvenir, et je vous renouvelle les sentiments de mon estime.

Votre tout dévoué,

G. Vkbdi.

Milan, 25 mai 1874.

Mais le syndic ne se tint pas pour satisfait de Tunique exécution qui avait eu lieu à San- Marco, et il demanda à Verdi l'autorisation de laisser exécuter sa messe trois fois au théâtre de la Scala, afin de donner à tous ceux — et ils étaient nombreux — qui n'avaient pas été assez heureux pour assister à la cérémonie, la possibilité d'entendre une œuvre si belle et si émouvante. Non seulement le maître accéda volontiers à ce désir, mais il déclara qu'il dirigerait encore en personne la première de ces trois exécutions, les deux autres étant confiées à l'habileté de M. Franco Faccio, le chef d'orchestre de la Scala * . On conçoit ce que fut le

1. Verdi ne pouyait faire pins. Son collaborateur pour ^l'ûia, M. Camille du Locle, alors devenu directeur de TOpéra-Comique, avait exprimé le désir de faire exécuter le Requiem à ce théâtre, par les artistes qui le chantaient à Milan. Des ar-

succès au théâtre, où les assistants, n'étant plus tenus à la même réserve, pouvaient laisser un libre cours à leur enthousiasme. Toutefois, et pour donner une idée exacte de la réception que les spectateurs de la Scalà firent à cette œuvre magnifique, il ne me semble pas sans intérêt de reproduire ici ce fragment du compte rendu qu'en fit un journal de Milan, il Sole :

La scène avait été disposée en salle de concert ; d'un côté, à gauche, avait été massé Torchestre ; de Tautre, à droite, on avait placé toutes les forces chorales. Devant celles-ci, dans un bel ordre, étaient réunies les braves et belles élèves de notre Conservatoire, entièrement vêtues de blanc, avec une écharpe de velours noir en sautoir.

Lorsque le cadran du théâtre indiqua neuf heures, les quatre artistes chargés des soli^ la Stolz, la Waldmann, Capponi et Maini entrèrent en scène. La Stolz portait un gracieux costume de soie bleue garnie de velours blanc, et la Waldmann était habillée tout en rose. L'apparition de ces vaillants artistes fut le premier signal des applaudissements, qui devinrent forrangements furent pris à cet effet, et huit jours exactement après la cérémonie de San-Marco, le 29 mal, on entendait effectivement le chef-d'œuvre sur la scène de T Opéra-Comique. Mais Verdi, obligé de venir ici, avant ses chanteurs, pour faire répéter les chœurs et Forchestre, dut quitter Milan aussitôt la prcmicrd exécution dirigée p:ir lui à la Scalu.

midables quand Verdi se présenta. Mais celui-ci, sévère comme toujours, se plaçant à son pupitre, au centre du théâtre et devant les quatre chanteurs qui étaient auprès de Torchestre, donna le signal de Tattaque, et les applaudissements cessèrent cqmme par enchantement.

Suivre tous les morceaux un à un serait chose :îirtériellement impossible ; mais nous dirons cependant que tous furent applaudis avec frénésie. Le Dies irœ, avec tous les épisodes qui le composent, plut surtout d'une façon extraordinaire.

Mais ce fut à Toffertoire que Tenthousiasmc commença à ne plus connaître de bornes, et l'on voulut absolument entendre deux fois cet admirable quatuor avec chœurs. On redemanda aussi le Sanctus, fugue à deux chœurs, qui fut exécuté d'une façon surprenante. La magique baguette de Verdi semblait avoir électrisé tous les exécutants.

A VAgnus Dei, les applaudissements se changèrent en hurlements, et des hurlements étouffés éclatèrent aussi durant l'exécution, tellement est puissante l'inspiration qui en déborde. Et le public, bien qu'il eût exigé la répétition des deux morceaux précédents, et que les égards qu'il devait aux artistes lui conseillassent de ne pas insister au sujet de celui-ci, ne put se retenir de crier unanimement bis. Ce ne fut qu'une exclamation, si violente et si formidable, que Verdi ne put faire moins que de lui obéir avec courtoisie.

Après que l'offertoire eut été redit, une couronne

d'argent fut présentée à Verdi sur un élégant coussin, tandis que le public applaudissait avec frénésie.

On voit avec quel enthousiasme le public milanais accueillit l'œuvre de son musicien de prédilection ^ Le succès ne fut pas moins grand ici, à l'Opéra-Comique, où, comme je l'ai dit, te Requiem fut exécuté huit jours après Milan, et avec les mêmes chanteurs. Quatre auditions en furent données, qui attirèrent une foule prodigieuse, et qui furent loin pourtant de satisfaire l'empressement du public.

Aussi, aux mois d'avril et de mai de l'année suivante, on en donna huit autres, toujours sous la direction de l'auteur; cette fois encore, mesdames Stolz et Waldmann prêtaient au maître le concours de leur talent superbe,

1. L'exécution du Requiem dans Tèglise San-Marco, faite dans des conditions artistiques d'une supériorité absolument exceptionnelle, n'avait pourtant coûté que la somme modique de sept mille francs. On n'avait eu à solder que les frais maté* riels^ tous les exécutants, en tête desquels les qualre chanteurs solistes, s'étant refusés à recevoir aucune espèce de rétribution. Mais la municipalité n'eut même pas à débourser ces sept mille francs. L'éditeur de Verdi, M. Ricordi, d'accord avec le maUre, organisa les trois exécutions de la Scala de telle façon qu'il put verser dans la caisse municipale une somme de huit mille francs, qui couvrait, et au delà, les déposes faites pour la céréftonie de San-Murco.

mais leurs premiers partenaires étaient remplacés par deux autres chanteurs, MM. Masini et Medini*.

Et ce sont les mêmes artistes qu'on retrouve Tannée d'ensuite au Théâtre-Italien, en compagnie de MM. Pandolfini et de Reszké, pour faire connaître enfin au public parisien cette noble et touchante Aïda^ que ce public était l'un des derniers de l'Europe à entendre et à applaudir. C'est dans ce but que l'éditeur français de Verdi, Léon Escudier, avait pris la direction de notre scène italienne, fermée depuis plusieurs années 2. Comme il avait fait pour son Requiem^ le compositeur vint ici surveiller les études de son œuvre, et il dirigea en personne l'exécution des deux premières représentations, confiant ensuite ce soin à son

1. Après la troisième audition, le ministre des beaux-arts annonçait à Verdi qu'il était nommé commandeur de la Légion d'honneur.

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