‹ Verdi et son œuvreChapitre 17 sur 35 · L'AFRICAINE — SEMIRAMIS — AIDA · texte numérisé non relu

L'AFRICAINE — SEMIRAMIS — AIDA

L'orient qui subjugua les croyances, les arts, les lettres, les esprits et les cœurs, devait captiver les musiciens. Rossini, Gluck, Verdi, Meyerbeer, Félicien David devaient s'inspirer de l'éclat de son soleil, de l'ardente poésie de son climat et de son histoire. Les deux Armide (celle de Gluck et celle de Rossini), Le Siège de Corinthe , Moïse, Sémiramide, Nabucco, Aida, l'admirable sym-

phonie Le Désert, Lalla- Rouck , Le Calife de Bagdad et Lakmé sont nées de l'attraction du génie latin pour les choses de l'Orient.

Dans cette nomenclature incomplète, Rossini entre, à lui tout seul, pour quatre partitions de premier ordre : VArmide, moins belle symphonie que celle de Gluck, mais plus passionnée, plus orientale, plus mélodique ; Le Siège de Corinthe où se trouve la célèbre bénédiction des drapeaux ; Moïse, dont Y introduction, le finale du troisième acte et la prière comptent parmi les plus sublimes inspirations du génie musical et Semiramis, dont nous nous occuperons incessamment avant d'analyser rapidement Aïda.

Meyerbeer ne pouvait échapper au charme magnétique de l'Orient. Seulement, avec son tempérament dramatique,

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porté vers les extrêmes, il s'est fait découper dans l'absurde et le grotesque, un libretto où toutes les insanités géographiques, historiques, psychologiques et sociales se coudoient. Offenbach aurait pu écrire vingt opérettes avec les cinq actes du poème comique que Meyerbeer a sauvé, immortalisé par son génie. Si jamais la puissance, la magie de la musique a pu éclater dans toute sa gloire, c'est certainement dans L'Africaine. IVleyerbeer a revêtu de pourpre et d'or les haillons, les guenilles, les nudités du fabricant de livrets d'opéras qui a osé signer ce pot-pourri de sottises. Mais le grand homme de musique a eu beau faire, la musique n'a pu donner au poème le caractère oriental qui lui manque. On a bien fait d'appeler l'héroïne L'Africaine, car, dès son entrée sur scène, Selika a

plus l'air d'une camarade de Robinson Crusoë que d'une princesse hindoue.

Mais le Chœur des Evêques (qui figurerait mieux dans une plus grande cérémonie : l'ouverture d'un Concile, le Sacre des Empereurs, ou le baptême de Constantin, par exemple), tout le quatrième acte, sans compter une foule de curiosités mélodiques et symphoniques assurent à L'Africaine une place réservée dans l'œuvre du célèbre maestro berlinois.

Wagner qui a calomnié Meyerbeer, dont il était jaloux, a eu raison une seule fois dans ses critiques de l'œuvre de celui qui fut son maître, son bienfaiteur, son précurseur : c'est au sujet de L'Africaine. Ce n'est pas le poème que Wagner jalouse, c'est la partition dix fois supérieure à toutes celles qu'il a composées. Meyerbeer aurait pu lui répondre :

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« Musicien, vous trouvez que la musique prend une trop grande place dans le drame lyrique : ceci est un suicide, si ce n'est un parricide ; soit. Mais choisir pour sujets d'opéras des légendes stupides où l'inceste, l'adultère, l'immonde et le sacrilège se disputent la préférence, il y a de quoi absolument en être fier ! »

Après avoir dit quelques mots des partitions qui précèdent, je m'arrête sur Semiramis : ce sera la meilleure préface de l'examen de Y Aïda.

Semiramis et Aïda sont les deux partitions où deux grands musiciens ont le mieux trouvé, le mieux observé, d'un bout à l'autre, la couleur locale ; tous deux ont triomphé de la même difficulté ; car, si Rossini n'a pas été contemporain de Ninus, Verdi n'a jamais mis les pieds

en Egypte. Tous deux ont écouté et recueilli dans leur génie les échos du passé. Dans une vision de feu, aux accords de la lyre qui a enfanté chez eux tant de chefs-d'œuvre, Babylone, Ninive, Thèbes et Memphis se sont levés devant eux dans toute leur splendeur, avec leurs hautes tours, leurs murs de géants, leurs jardins suspendus, leurs temples, leurs pyramides, leurs sphinx : avec un papier rayé et sept notes, le divin génie de la musique a reconstruit ces cités fameuses, et chaque soir peut les promener sur tous les théâtres du monde ; et n'y eût-il plus une ville debout ; n'y eût-il plus un livre ou un parchemin redisant le passé, les patres, les chameliers se transmettront les uns aux autres ces beaux airs souvenirs des vieux temps : bel raggio ! céleste A ïda !

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