I. AFRICAINE — SEMI.RAMIS — AIDA
chestre ne parle plus qu'en notes tristes et stridentes. Le tam-tam marque le pas du spectre vengeur encore invisible. Des plaintes intermittentes s'élèvent de la foule. On entend des lamentations, des rires, des râles d'agonie, des spasmes de délire, des mots qui laissent tomber leur dernière syllabe, des sanglots arrêtés sur les lèvres par le frisson de la terreur. Le tombeau de Ninus s'ouvre et le spectre du roi paraît sur le seuil. - Un cri lamentable sort de la foule. Jamais dans Rama on n'entendit de pareilles désolations.
Les femmes lancent au ciel le désespoir des gammes désolées. L'orchestre a des accords inouïs. Sémiramis veut parler.
La voix glacée du spectre la foudroie.
Ninus adresse à Arsace un seul mot qui retentit comme un coup de tonnerre, puis la vision disparaît. Alors le paroxysme
de terreurs folles éclate dans toutes les tètes ; la musique a une attaque de folie. Les voix stridentes donnent une idée de ces clameurs immenses que poussaient les villes maudites incendiées par le feu du ciel. »
La Semiramis est une œuvre prodigieuse, de la même taille, dans un autre genre et avec plus d'intérêt dramatique, que Guillaume Tell. Jamais l'inspiration ne fait défaut un seul moment au musicien ; jamais on ne rencontre une trace de défaillance, une mesure de remplissage, un trait-d'union vulgaire. Cette musique revêt toutes les variétés de la nature et prend toutes les voix du monde extérieur.
Trente ans sont passés et j'entends encore la Marchisio chanter bel raggio, cascade de notes d'or, plus douce à l'o-