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qui est un blasphème philosophique :
Nessun maggior dolore
Che ricordarsi del tempo felice
Nella miseria.
Alfred de Musset a protesté dans des vers superbes contre cette assertion du vieux gibelin. A toute âme bien née le souvenir d'une mère ou d'une amante est trois fois saint, trois fois béni aux jours de l'affliction :
Dante, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère Qu'un souvenir heureux dans des jours de douleur? Quel chagrin t'a dicté cette parole amère, Cette offense au malheur ?
Et c'est à ta Françoise, à ton ange de gloire Que tu pouvais donner ces mots à prononcer ; Elle qui s'interrompt, pour conter son histoire, D'un éternel baiser.
Le grand homme qui, en six semaines, a écrit Le Barbier et Otello a répondu à Dante, en le traduisant. Il commence sa
cantilène dans le sens de Dante. La phrase musicale a l'ampleur comme la tristesse amère du chant de L'Enfer :
Nessun maggior dolore.
Mais à la reprise un souvenir de tendresse passionnée fait place à la douleur. C'est des hauteurs de l'enthousiasme que Rossini fait retomber le chant dans les profondeurs du malheur.
Je m'arrête : car il faudrait citer note par note tout le troisième acte, la romance du Saule, écrite par Rossini avec des spasmes et des sanglots, la prière, le duo avec l'air de la calomnie du Barbier qui serpente dans l'orchestre : le temps et la place me manquent.
La Malibran était sublime dans le rôle de Desdemona. « Elle chante la romance du Saule, dit Ernest Legouvé. A la ving-
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tième mesure le public était conquis, à la fin de la première strophe il était enivré, à la fin du morceau il était fou. La romance du Saule est la poésie même. C'est l'inspiration la plus élevée d'un des plus grands maîtres qui aient existé. On ne rend pas plus ou moins bien de pareils airs, on les rend tout à fait ou pas du tout. La Malibran chantait Le Saule ;les autres l'ont solfié. »
C'était bien là la Maria-Felicia de Musset, la cantatrice incomparable dont le cœur était aussi grand que le génie. Un soir, elle jouait Desdemona avec cette passion incandescente , cette fougue indomptable dont les chroniqueurs nous ont légué le souvenir. Otello s'approche du lit de Desdemona pour la poignarder.
Tout le public se lève haletant, frémissant et deux mille voix poussent le cri :
« Grâce! » Née hors de France, Maria- Felicia a été naturalisée française après sa mort. Elle se dresse vivante dans les strophes d'Alfred de Musset, dans cette ode plus blanche que le marbre du Paros, plus solide que l'or et le diamant. Le poète nous a fait entendre les cris insensés qui sortaient de son âme, quand elle versait de vrais pleurs, quand tout son être palpitait, quand une fièvre de génie la dévorait.
Donizetti aimait Maria-Felicia quand il écrivit La Favorite.
VOTELLO DE VERDI