L OTELLO DE VERDI I
Je t'écoutais, tremblante mais ravie, L'effroi dans l'àme et la tendresse au cœur!
Otello.
Je te disais le choc bruyant des armes, L'assaut terrible emportant nos remparts, Les cris, l'horreur, la lutte, les alarmes, La mort qui vole au sifflement des dards !
Desdemona.
Et je voyais dans mes espoirs immenses Ton sombre front de'jà glorifié.
Otello.
Et tu m'aimas pour mes souffrances Et je t'aimai pour ta pitié !
Desdemona.
Et je t'aimai pour tes souffrances Et tu m'aimas pour ma pitié.
Il faut citer également, avant le duo, une scène pittoresque et charmante empruntée au Ballo in Maschera. Verdi avait le droit de prendre ce qui est à lui : c'est la page la plus mélodique de la partition.
Verdi a écrit le rôle de Iago pour Maurel. On sait qu'il y est incomparable. Il y a quelque chose d'infernal dans la manière dont il chante le Credo.
Je sens la fange originaire en moi.
Oui, c'est là ma foi !
Je crois d'un ferme cœur, et comme Croit la pauvre veuve en priant Que, quand je fais le mal, je suis fatalement
Ma destinée obscure.
Cet opéra a été composé pour deux grands chanteurs : Maurel et Tamagno, c'est là un grand défaut de la cuirasse. Je l'ai entendu chanter par d'autres et il perd cinquante pour cent. Qui pourra jamais remplacer Tamagno , lorsque de cette voix formidable, passionnée et stridente à la fois, il chante :
Adieu, drapeaux, noble et sainte bannière ! Ciairons sonnant au réveil du matin.
Chants de triomphe et de guerre, O gloire d'Otello, voici ma fin !
l'otello de VERDI I4(J
L'orchestration du Credo et Ovaaddio saute memorie est prodigieuse. Elle n'est pas supérieure à plusieurs passages de celles du Tvovatore, du Ballo inMaschera, &Aïda. Elle est plus travaillée, mais bien moins pathétique que celle de YOtello de Rossini. Chez Verdi, l'orchestre est plus violent que passionné. Chez Rossini, on en est ému et subjugué, tout le temps, parce qu'il ne dépasse pas la mesure des forces de la nervosité humaine. C'est au cœur qu'il s'adresse. J'ai vu des femmes avoir des attaques de nerfs en écoutant Tamagno ; je ne les 'ai jamais vues pleurer. La Desdemona de Rossini a arraché des sanglots à tous ceux qui l'ont entendue.
Je passerai rapidement sur le troisième acte : c'est une page de drame, ce n'est pas une page de musique. La prière, que
l5û VERDI ET SON ŒUVRE
des profanateurs ont osé comparer à celle de Rossini, n'a pas même, dans l'œuvre de Verdi, le mérite de la nouveauté. Dans sa messe de Requiem, Verdi commence son libéra me par la récitation parlée du verset et le soprano ne commence à chanter qu'à la neuvième mesure.
UOtello de Verdi, dans son genre, est une œuvre belle. Elle est magistrale dans son étrangeté. C'est une mélopée harmonieuse que la phrase mélodique interrompt rarement et incidemment. Si elle survit à Verdi, ce sera pour servir de piquant contraste à la partition de Rossini, qui, dit Stendhal, « est pour la passion un volcan et pour le style une magnificence ».
Verdi écrivait le 7 janvier 1871 : — « J'aurais voulu, pour ainsi dire, mettre un pied sur le passé, l'autre sur le présent