‹ Verdi et son œuvreChapitre 6 sur 35 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

fectent des airs de gaieté ou au moins d'indifférence. La langue musicale, pour traduire la langue humaine, doit être, tour à tour, triste et gaie, comique et tragique : en un mot, complexe. Dans une seule partition qui est le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre, Mozart a traduit intégralement le document humain. La gaieté folle, dans Don Juan, coudoie la suprême terreur ; la naïve candeur fait opposition à la rouerie la plus cynique. Tendresse et haine, confiance et jalousie, quiétude et fureur, distinction exquise et bouffonnerie servile, bravoure et poltronnerie, foi et impiété : toutes les nuances, toutes les couleurs se trouvent dans les harmonies du grand homme comme dans les splendeurs de l'arcen-ciel.

Et tout ceci s'applique aux peuples comme aux individus. Le sentiment le plus fréquemment exprimé par les races humaines, c'est la gaieté. Il n'y a que les nations vouées aux neiges et aux frimas dont les chants nationaux sont tristes. Depuis le barde écossais jusqu'au gondolier de Venise ou au batelier

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