L'opéra de Mèrcadante fut représenté à Paris le 22 mars
2. On sait que Lablache, taillé en Hercule, était d'une stature colossale et gros à proportion. Par une singulière coïncidence, c'est lui qui représentait, dans i Mamadieri, le personnage qu'il avait déjà figuré dans i Briganti.
envie de les contrarier. Libre à eux d'en appeler à l'avenir; je ne m'occupe que du présent *.
Mais le présent, me répondra-t-on, c'est un succès immense, un effet incomparable, un enthousiasme sans é^al ! IVavez-vous donc pas entendu les tonnerres de bravos qui ont commencé (1rs l'instant que Verdi a paru devant l'orchestre, l<1 bâton à la main. et qui n'ont fini qu'après la chute du rideau ? Comptez-vous pour rien la tempête dm bis furibonds. <lc> rappels frénétiques donl Jenny Lind, Gardoni, Lablache, Coletti ont été assaillis ? Ehl mon Dieu, j'ai tout vu, tout entendu, je tiens compte de tout : mais j'ai tellement l'habitude de ces choses, qu'avec la meilleure volonté du monde, il ne m'est plus possible d'en être complètement dupe. Mitlnïdalr (Mail bien parvenu à ne plus pouvoir mourir d'aucun poison.
... Le système musical de Verdi, vous le connaissez; il n'a pas encore existé de compositeur italien plus incapable de produire ce qui s'appelle vulgairement une mélodie2. Si vous ajoutez à cela qu'il
1. Il est certain qu'en effet, malgré l'intérêt qui s'attachait au nom de Verdi et la curiosité presque passionnée qu'excitaient chez nous les succès qu'il remportait auqrès de ses compatriotes, les premières œuvres du maître furent accueillies, lors de leur apparition sur notre s ène italienne, avec une extrême réserve. Cela se comprend, d'ailleurs, ces premières œuvres étant loin d'être les meilleures.
2. Pendant longtemps, en effet , et quelque étrange que cela puisse paraître, on s'obstina chez nous à refuser à Verdi le don de la mélodie.
n'écrit jamais d'ouverture, vous saurez jusqu'où s'étendent ses facultés du côté de l'inspiration K du côté de la science. Dans son nouvel opéra, pas d'ouverture, comme d'usage ; mais, en revanche, une espèce d'introduction, dans laquelle se distingue une phrase supérieurement récitée par le violoncelle de Piatti. Le premier chœur des mamadieri, ou brigands, chanté dans la coulisse, n'a rien de remarquable; j'en dirais autant de l'air de Carlo : 0 mio castel paterno, s'il n'était chanté par Gardoni avec beaucoup de verve et de chaleur. Gardoni représente le frère noblement criminel, le brigand héroïque ; Coletti, le frère lâche et hypocrite. Ce dernier vient aussi chanter un air avec accompagnement de violoncelle obligé ; et puis Amélie, en la personne de Jenny Lind, paraît à son tour, précédée d'un petit morceau pour instruments à vent, lequel vaut mieux que l'air qui suit : Lo sguardo avea degli angeli. Jenny Lind esf vraiment à plaindre d'être condamnée à chanter un pareil air, qui n'est écrit ni pour sa voix, ni pour la voix de personne. Je donnerai volontiers des éloges au duo du père, Maximilien Moor, et d'Amélie. Le père, c'est Lablache, Amélie, c'est Jenny Lind, et vous comprenez qu'ils exécutent leur duo avec une rare perfection. Le quatuor qui termine l'acte renferme également de très bonnes choses : chanteurs et compositeur ont été rappelés avec fracas.
Au second acte se trouve le morceau capital, la grande scène chantée par Jenny Lind, et dans laquelle
je dois dire que Verdi s'est montré plus vocal que de coutume. Le morceau commence par un largo plein d'expression : Tu del mio Carlo al seno, et finit par une cabalette triomphale : Carlo vive. 11 faut avoir entendu Jenny Lind dans les deux parties si tranchées de cette scène, où. en apprenant que Carlo existe encore, elle passe de la douleur la plus profonde à la joie la plus vive, pour se faire une idée du taleni qu'elle déploie el de L'effet qu'elle produit. Il est impossible de porter plus loin l'énergie dramatique, et en même temps de pratiquer les finesses de l'art avec une maestria plus exquise el plus sûre. Ici, l'enthousiasme, le délire, la fureur ne se continrent plus ; la salle entière se leva pour rappeler la cantatrice el pour l'obliger à redire son air, quelque fatigant, quelque impossible que fût un pareil tour de force, el il fallu! bien que Jenny Lind s'y résignai : il lui fallut prendre son triomphe en patience, heureuse el deuxfois heureuse de pouvoir le porter jusqu'au boni.
Après cel air, il y a un duo d'Amélie et de Francesco; il y a des chœurs de brigands qui ressemblent h des quadrilles de Musard, et ces chœurs terminent le second acte. Après cet acte, il y en a un troisième. et, après le troisième, un quatrième : mais je vous demanderai la permission de ne vous en rien dire, parce que le decrescendo m'a paru s'y faire sentir constamment, et que je serais réduit à me servir trop souvent de la même formule; ce qui, à la longue, deviendrait aussi fastidieux pour moi que pour vos lecteurs. Le trio final chanté par Jenny Lind, Lablache
et Gardoni, n'est que le clair de lune du trio finale (YErnani, si toutefois vous admettez que ce dernier soit un soleil... i.
Il est certain que le succès d'i Masnadieri fut absolument négatif. On s'en rendra compte par ces lignes du Cot/r£ Journal, de Londres, qui nous font savoir que l'ouvrage disparut du répertoire après trois représentations : — « La chute de l'opéra de Verdi, i Masnadieri, est constatée par sa disparition de l'affiche. Exécuté une seconde fois le samedi, avec Verdi pour chef d'orchestre, on l'a rejoué le jeudi sous la direction de Balfe. Une étude plus inlime de la musique a confirmé les premières impressions que nous avions gardées de sa faiblesse, et nous regrettons que M. Lumley ait perdu ses soins et ses peines pour une chose de si peu de valeur. Verdi a quitté l'Angleterre profondément dégoûté, comme on doit le croire, de la sottise des connaisseurs de Londres, qui, sans hésitation, ont condamné son œuvre en la jugeant au-dessous de la médiocrité. »