‹ Verdi, histoire anecdotique de sa vie et de ses œuvresChapitre 19 sur 54 · La traduction était l'œuvre de M. Jules Ruelle · texte numérisé non relu

La traduction était l'œuvre de M. Jules Ruelle

séjourna pendant plusieurs mois, et ne songea à retourner dans sa patrie qu'aux premiers coups de la révolution italienne de mars 1848, qui, succédant à celle qui venait d'éclater à Paris, le fit partir pour Milan. Il espérait retrouver libre cette ville qu'il chérissait et où il avait obtenu ses premiers succès ; mais, s'étant arrêté un instant à Lyon, il y reçut la nouvelle des revers douloureux qui avaient succédé aux chances favorables des premiers jours de l'insurrection, et, le cœur navré, il écrivait à l'ami qui lui avait envoyé ces nouvelles : « J'espère qu'au moins vous aurez fait votre devoir! » Après avoir pénétré cependant en Italie, il revint ici au bout de peu de temps, s'installa au Ranelagh, dont le séjour était si charmant pendant les chaleurs de l'été, et c'est là qu'il écrivit deux opéras nouveaux qu'il s'était engagé à composer, l'un pour Trieste, il Corsaro, l'autre pour Rome, la Battaglia di Legnano.

Un moment, pourtant, Verdi avait été sur le point de devenir chef d'orchestre ; l'obstination d'un de ses éditeurs l'empêcha de donner suite aux propositions brillantes qui lui étaient faites en ce sens. Voici les faits. Lumley, le

directeur du Théâtre de la Reine, à Londres, où Ton jouait Topera italien et où les Masnadieri venaient d'être représentés, voyait s'élever devant lui une concurrence redoutable. Une seconde scène italienne s'établissait à Covent- Garden, et le directeur de cette scène rivale, faisant un véritable coup de maître, lui avait à prix d'or enlevé son chef d'orchestre, le célèbre Michael Costa, dont le renom étail immense et mérité. Lumley, voulant, de son côté, répondre par un coup d'éclat, fit offrir à Verdi un engagement de trois ans en qualité de chef d'orchestre de ce théâtre, engagement complété par cel avantage que le compositeur écrirait et ferait représenter chaque année un opéra nouveau. L'offre était séduisante, el Verdi inclinait à l'accepter ; mais, d'autre part, il avait un traité avec un éditeur italien, Francisco Lucca, traité par lequel il s'était engagé à écrire pour celui-ci deux opéras. De ces deux opéras, l'un, i Masncidieri, était livré; mais le second était à faire, et Lucca, qui avait pris déjà des arrangements avec divers théâtres pour la représentation de ce dernier, ne put permettre à Verdi de se soustraire à ses obligations. Verdi se vit donc forcé de décliner

les propositions de Lumley; un peu de mauvaise humeur, d'ailleurs un peu souffrant aussi, il mit en musique pour Lucca le livret d'HCorsaro, se refusa à aller surveiller les études et les répétitions de cet ouvrage, et n'en reçut pas moins pour celle partition, aux termes du traité qui la concernait, la somme de vingt mille francs. Aussitôt après HCor saro, il composa la Battaglia di Legnano, qui lui était demandée par l'administration du théâtre ÀFgentina, de Rome.

Son ami Piave avait emprunté au poème célèbre de Byron le sujet et le titre d'il Corsaro, qui, malgré la valeur de ses interprètes : la Barbieri-Nini et la Rampazzini, Fraschini et De Bassini, n'obtint aucun succès à son apparition sur le Grand-Théâtre de Trieste, le 25 octobre 1848. On assure que l'auteur lui-même ne fut jamais satisfait de cet ouvrage, conçu dans des conditions fâcheuses, et qu'il le condamne volontiers. C'est peu de mois après, le 27 janvier 1849, qu'il donna à Rome sa Battaglia di Legnano. Chantée par la De Giuli, par Fraschini et Collini, celle-ci fut plus heureuse, au moins à cette époque de sa création: car, par la suite, la fortune n'en fut pas beau-

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coup meilleure. Son succès d'un moment fut dû surtout à l'état des esprits, fort surexcités alors en Italie, et au sujet patriotique du livret. Il est, d'ailleurs, curieux devoir ce qui a été écrit, à ce propos, sur la nature politique du génie musical de Verdi. M. Basevi, dans son Étude sur le maître, aborde incidemment la question par une comparaison sommaire entre le caractère artistique de Rossini et celui de Verdi : — « Ce grand génie (Rossini), dit-il, commença à briller au temps où l'Italie, et avec l'Italie l'Europe, fatiguée des guerres napoléoniennes, désirait vivement la paix. Le caractère du génie rossinien est tout à la fois de guerre et de paix : de guerre, par le l'ail des impressions profondes laissées dans la mémoire par les événements; de paix, par les désirs de l'âme. La musique de Rossini esl dégagée, franche, ouverte, véhémente, enthousiaste comme un soldat, et elle est en même temps gaie, aimable, joyeuse, sensuelle comme un épicurien. Le Pésarais à bon droit représente son époque. . . Verdi peut être considéré comme le pôle opposé de Rossini, de même que le temps de l'un est le contraire du temps de l'autre. Rossini se fit admirer à une épo-

que où l'on sortait d'une période de convulsions pour entrer dans une ère de paix et de tranquillité ; tandis que Verdi apparaissait alors que les peuples, las de vivre tranquilles, se disposaient à s'aventurer sur la mer orageuse des commotions politiques. Comparé à celui de Rossini, le génie de Verdi est pareillement franc, dégagé, véhément comme un soldat ; mais il en diffère en ce qu'il est brusque, emporté, irritable, sombre, ou gaiconvulsif comme un hypocondriaque... A Verdi, qui, depuis 1842, a régné seul en Italie, s'applique bien le nom de représentant du goût musical de son temps. Comme tel, il devait écrire un opéra correspondant au nouvel état des âmes en l'année 1848. Et ainsi fit-il... Les travaux de l'Italie étaient près d'arriver à leur terme, quand, en janvier 1849, la Battaglia di Legnagno fut mise en scène à Rome » *.

Voici, d'autre part, ce qu'écrivait un journal italien, il Pungolo, lorsqu'à la fin de 1861 la Battaglia di Legnagno, qui n'avait encore jamais été jouée à Milan, fit sa première appa-

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