Studio sulle opère di Giuseppe Verdi, pp
rition sur le théâtre de la Scala (le 23 novembre) :
La musique de la Battaglia di Legnano n'est certainement pas la meilleure parmi les musiques de Verdi. 11 lui manque ce qui forme sa valeur caractéristique, la couleur locale; il lui manque quelque chose de plus, ce! ensemble, cette conformité qui font de' la musique de ses diverses œuvres comme une continuation logique d'idées musicales qui se succèdent rapidement l'une à l'autre avec un lien si intime, si étroit, qu'on n'en peut altérer, déplacer une, sans détruire toute la pensée dans son développement, dans sa synthèse.
Dans la Battaglia di Legnano. on voit, pour ainsi dire, les coutures des divers morceaux, et on les voit si bien, que souvent elle semble une musique faite de pièces et de fragments : c'est, en somme, une véritable musique (ïactualité, et elle a tous les défauts de son genre : la phrase sonore, redondante mais vide, la déclamation substituée au sentiment, l'emphase à la chaleur, la boursouflure h la grandeur, la convention à la conviction.
Ce serait une curieuse étude pour la critique de rechercher les raisons pour lesquelles les grands et robustes génies, quand ils ont voulu faire de Vactualité en art, — en prose, en vers ou en musique, la forme importe peu, — se sont complètement trompés.
Les deux révolutions italiennes ont passé sans un
chant qui les résumât, et, si la Révolution française a eu la Marseillaise, il esta remarquer que celle-ci n'est pas due à l'inspiration d'un artiste, mais qu'elle a jailli du cœur agité d'un proscrit.
C'esl que Fart a besoin de l'avenir, ou du passé, pour s'inspirer soit des espérances, soit des souvenirs, qui sont ses Muses véritables ef légitimés. — Le présent le chagrine toujours, et le suffoque.
Étrange chose ! nous sentez davantage le frémissement, le bruit de la révolution italienne dans Nabucco e( dans i Lombard/, écrits quand la révolution était latente, renfermée dans les âmes, contrainte dans ses aspirations ; — vous la sentez, dis-je, beaucoup plus que dans cette Battaglia di Legnano, écrite h Rome en 1849, quand la révolution était à son comble, quand des aspirations elle était traduite en faits, quand des esprits elle était passée dans le domaine de la réalité.
De 49 ensuite, pendant dix années de lutte et de protestation nationales, Verdi fit de la politique avec de la musique, comme nous en avons tous fait avec la littérature et l'humorisme ; il fit de la politique avec la musique, parce que peut-être, sans s'en rendre compte à lui-même, il tirait des inquiétudes, des tumultes de son âme une musique qui répondait précisément aux inquiétudes, aux tumultes, aux spasmes de nos âmes ; — mais, quand ces tumultes, ces spasmes eurent leur explosion, alors il ne chercha plus de sujets à' actualité pour rendre extrinsèques dans les actions ces sentiments qu'il avait devinés si
merveilleusement quand ils étaient renfermés dans Tâme de son public. Et il ne les chercha plus, justement parce que sa Battaglia di Legnano le convainquit qu'on ne peut faire en même temps de l'art et de l'actualité1.
Ces citations ne m'ont pas semblé inutiles, parce qu'elles sont caractéristiques, parce qu'elles nous font connaître l'opinion des Italiens eux-mêmes, des compatriotes de Verdi, sur les tendances politiques intentionnelles ou involontaires réelles ou latentes, qu'on a attribuées, dans son pays ou ailleurs, au génie du maître. C'est pour cette seule raison que je me suis tant étendu sur la Battaglia di Legnano 2.
Verdi, qui s'était éloigné de France pour aller diriger les études d'il Corsaro à Trieste et de la Battaglia di Legnano à Rome, y revint presque aussitôt que ce dernier ouvrage eut été représenté, et s'installa à Paris, au n° 13 de la rue de la Victoire. Mais il n'y put rester longtemps cette fois. On sait avec quelle fu-