XIV INTRODUCTION
fondie et complète du sujet, en style de rhétorique une énumération des parties. Aussi Vergniaud débute constamment par une exposition patiente et développée du fait, ou du principe, suivant la circonstance, il aborde ensuite la difficulté corps à corps, ou si l'on aime mieux terre àterre, il réserve pour la fin les considérations générales. Sa marche est d'abord assez lente, mais elle est assurée, il ne recule jamais, il avance toujours vers son but, et cette progression continue donne à ses discours quelque chose du mouvement démosthénique.
Ennemi des jeux de mots, dit son premier biographe, des expressions recherchées et précieuses, des tournures guindées ou à prétention, dont quelques orateurs à ]a mode ont fait un si coupable usage, il montre habituellement une gravité, une décence, une retenue qui font honneur à ses principes et à son goût. Aussi ses plaidoyers sont-ils généralement pleins de logique et de force. Ce n'est pas qu'il dédaigne les formes aimables et gracieuses : plus d'une fois on le voit déployer toutes les richesses d'une imagination brillante, jetter avec profusion des fleurs sur son sujet, mais on peut dire que son esprit étoit plus naturellement d'un caractère sérieux et même un peu sévère. Il repoussoit les ornemens étrangers comme des ornemens superflus, et se contentoit de puiser dans le fond même de son sujet tous ses moyens pour intéresser et pour plaire. {Eloge de Vergniaud^ par Gédéon-Genty de la Borderie, 1809, p. 10.)
Cette appréciation nous paraît très vraie : ici, le côté sérieux du genre de Yergniaud est beaucoup mieux saisi que par les critiques postérieurs. La gravité, la retenue, le choix et la force des moyens sont indiqués, avec raison, comme étant ses qualités fondamentales. Les passages brillants ne sont qu'accidentels, et en effet Vergniaud n'aborde pas son sujet avec l'ampleur familière du comte de Mirabeau, qui parle en grand seigneur de la tribune, comme le duc de Saint-Simon écrit en grand seigneur du