‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 19 sur 86 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

style. Il n'est, lui, qu'un plébéien de la parole; il s'est donné la peine d'étudier ce qu'il va dire, de se démontrer à lui-même ce qu'il veut prouver aux autres, de penser avant de discourir, il chemine simplement, laborieusement, sans préoccupation apparente de l'efTet oratoire. Mais quand le moment est venu, il sait prendre son essor, et alors il plane à l'égal des grands maîtres dans les plus hautes régions de l'éloquence.

L'âme de Vergniaud était encore bien au-dessus de son talent, suivant l'épigraphe de notre livre.

Cependant, au point de vue moral, trois reproches lui ont été adressés. On l'a accusé de paresse, de mollesse, de scepticisme, pour ne pas dire d'égoïsme, voire même de manque de courage.

La paresse de Vergniaud, il y a là un point tellement acquis, une vérité tellement admise, que c'est peine perdue, ce semble, que de chercher à les combattre. M"* Roland, Louvet, Champagneux sont unanimes ; leur autorité est grande, nous en convenons. Cependant, leur témoignage ne peut prévaloir contre l'évidence des faits matériels, il y a ces notes de Bordeaux, celles du Tribunal Révolutionnaire qui attestent des habitudes laborieuses. On ne saurait se refaire ni se contrefaire. Celui qui a écrit d'une main si ferme les manuscrits que nous publions était certainement rompu à ces sortes de labeurs, il doit donc y avoir là quelque malentendu. Vergniaud ne pouvait pas

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