‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 20 sur 86 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

être un paresseux dans le sens vulgaire, étroit du mot. Il ne travaillait pas comme l'expéditive Jeanne Phlipon (F), comme l'alerte Louvet, comme le régulier Champagneux ; il travaillait autrement, il méditait, c'est ce que certaines gens appellent de la somnolence. L'abbé Morellet trouvait bien que Turgot était lent et musard (sic) ! [Mémoires^ vol. I, c. I, p. 15) (1).

Il était mou, indifférent, sans caractère ni conviction, il y a même à cet égard un mot grave de M""^ Roland, elle dit : c( Je n'aime point Vergniaux, je lui trouve l'égoïsme de la philosophie, dédaignant les hommes parce qu'il les connaît bien, il ne se gêne pas pour eux. Mais alors il faut rester particulier oisif, autrement la paresse est un crime et Vergniaux est grandement coupable à cet égard. Quel dommage qu'un talent tel que le sien n'ait pas été employé avec l'ardeur d'une âme dévorée de l'amour du bien public et la ténacité d'un esprit laborieux. » [Notices historiques, 1. 1, p. 317, édit. Pion.) (F. lettre F, p. xxxv.)

Nous répondons à ce reproche par le Recueil des écrits et des discours de Yergniaud. Nous ne croyons pas que dans nos Assemblées législatives, on trouve un athlète plus infatigable, un esprit plus laborieux et plus tenace, un champion plus ardent du bien public sous toutes ses faces.

(1) Il le dit dans les termes que nous venons de rapporter textuellement, et il ajoute : « Il musait beaucoup, perdant le temps à arranger son bureau, à tailler ses plumes ; non qu'il ne pensât profondément en se laissant aller à ces niaiseries, mais à penser seulement son travail n'avançait pas. » C'est l'expression dont se sert Bailleul à l'égard de Yergniaud : « Après un admirable discours, il retombait dans son apathie accoutumée; il musait, jouait avec les petits enfans de Boyer-Fonfrède et le moins enfant des trois n'était pas celui qu'on pensait. »Les œuvres de Turgot et celles de Vergniaud (actes et écrits) sont là; qu'on les compare aux œuvres de l'abbé Morellet et de Bailleul, d'ailleurs fort dignes d'estime, et qu'on décide quels sont ceux qui ont laissé à la postérité le legs le plus durable.

INTRODUCTION, XTÏI

Mirabeau a pris la parole cent cinquante fois en deux années de législature : Vergniaud cent trente fois en vingt mois de session. Le nombre est donc proportionnellement le même. Le texte seul de leurs discours permettrait d'en apprécier l'importance relative. Mais Mirabeau avait des secrétaires, des auxiliaires (1). Vergniaud était seul.

Est-ce k dire que M"* Roland se trompe? Non, car Louvet écrit dans le même sens : « Vergniaud, trop ami c( du repos, trop dégoûté déjà de ce club (les Jacobins), si (( différent de lui-même, pour qu'il lui vînt dans la pensée « que peut-être il prendroit de l'influence en se montrant (( quelquefois dans ses assemblées et dans son Comité V principal. {Mémoires inédits de Louvet, p. 36, Départe- « ment des manuscrits , Bibliothèque nationale , F. F% (c 1730.) »

Et le Journal des Débats de la Société des Jacobins, prouve que Louvet disait vrai : Vergniaud ne prend pas une seule fois la parole dans cette réunion, peut-être y a-t-il là l'explication du passage de M"' Roland. On cherche toujours dans Vergniaud un chef de parti, un meneur, un leader^ parce que la supériorité de ses talents lui donnait le droit d'aspirer à cette place. Ses amis auraient voulu qu'il prît une part active aux luttes oratoires des Jacobins qui préparaient et devançaient les délibéralions de l'Assemblée. Mais lorsqu'on étudie Vergniaud,

(1) Le rointede La Marck en avoue quatre : Pcllenc, pour les discours qui exigeaient de la dialectique; Dumont, pour les adresses et les allorutions qui demandent une cert;iine pompe oratoire; Duroveray, pour les ^lati^res de finances; (.amourette, pour les matières qui touchaieut à la théologie, et divers juriseousultes pour les matières judiciaires .^

(t. I, p. 264). Xa" dur de Levis a dit aussi : «« ... Il est certain que la plupart de ses discours ne sont [tas de lui... Hien n»> prouve mieux la supériorité de cet homme extraordinaire, que le nombre d'écrivains distingués qui s'empressaient de lui prêter leur plume. {Souv. et Portr., p. 218.»

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