‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 21 sur 86 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

on comprend quelle pouvait être sa répugnance pour ces sortes de pugilats populaires, qui n'étaient nullement dans la stricte obligation d'un député. Il n'aimait pas les bavards, on le voit dans sa correspondance. (Lettres du 28 novembre 1791 et 10 janvier 1792.) Vergniaud est un esprit plutôt philosophique que politique, c'est un législateur spéculatif plutôt qu'un tribun agressif, un philanthrope plutôt qu'un polémiste. Telle est sa nature, telle a été son éducation, tout ce qu'il avait de puissance dans cet ordre d'idées, il l'a mis au service de la cause qu'il regardait comme étant celle de la justice. Il n'a pas cru devoir aller au delà, il se défend d'avoir été le centre d'une coalition ; il a résisté aux elTorts de son parti, qui aurait voulu se grouper autour de lui et se placer sous sa direction. De là les reproches d'inaction et d'apathie qu'il a encourus de la part de ses amis et qu'il faut écarter si l'on veut arriver à une appréciation saine de son caractère (G). Encore une fois, pour être dans la vérité, on ne doit chercher, on ne doit voir en lui qu'un sage, un stoïque, un philosophe : Non pas, certes, un philosophe théoricien à la manière d'Aristote ou de Kant, de Platon ou de Descartes, mais un philosophe pratique comme Sénèque (1) ou Montaigne. Dans la sphère où il est placé, il ne s'occupe pas de métaphysique, de systèmes abstraits. Ce ne serait pas le lieu. Mais il reste fidèle aux souvenirs de ses premières années. On reconnaît toujours en lui l'élève du Plessis et de la Sorbonne, de Turgot et de Montesquieu. Nous ne disons pas de Jean- Jacques Rousseau, et c'est une singularité rare, dans la seconde moitié duxviif siècle, que de trouver un homme célèbre qui ne soit pas de son école. Nous

(1) V. Ile vol., p. 226. Vergniaud, captif au Luxembourg, demande à Ducos de lui envoyer son Sénèque.

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