XX INTRODUCTION
nuire à ses développements. Yergniaud cherche une méthode ce pour échapper aux divagations inévitables dans les discours oii l'on est forcé de généraliser ses idées. » Il propose donc « d'arrêter une série de questions, de lire sur chacune la solution du Comité et d'ouvrir ensuite la discussion sur la question et la solution. » Toute cette partie, quoique de pure forme, est remarquable par l'enchaînement des déductions qui se succèdent avec une rigueur tenant plus d'une dissertation scientifique que d'un discours de tribune. Mais Yergniaud ne se borne pas à la question de méthode, il veut en outre deux choses ; poser franchement le but auquel tendra la nouvelle Constitution, classer les ditïerents projets qui ont l'ambition de la réaliser. Après avoir passé en revue les Républiques de Sparte, d'Athènes, de Rome et montré ce qu'il ne faut pas que soit notre Gouvernement, il se demande ce qu'il doit être... Tout législateur, suivant lui, doit consulter la nature et la politique ; la nature, puisqu'il faut des lois pour des hommes ; la politique, puisqu'il faut des lois pour des hommes en société ; il examine donc quelles sont les conditions naturelles de la France, quel est le caractère de ses habitants, le génie de ses enfants pour les arts et les sciences, il parle longuement de son pays, il en parle admirablement, et quand il a établi que toute Constitution doit garantir la liberté, l'égalité, la justice et le maintien des propriétés, premier objet de l'union sociale, il termine «ces simples aperçus » que nous appellerons, nous, une page philosophique de premier ordre, par ce vœu : « Je voudrais y distinguer et la partie organique du Gouvernement et les institutions morales^ qui font aimer le Gouvernement, qui corrigent les défauts et perfectionnent les qualités du caractère national qui inspirent cet enthou-
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siasme de la patrie, auquel les Grecs durent la journée de Marathon, auquel nous-mêmes nous devons les palmes que nous avons cueillies dans les gorges de l'Argonne. »
Les INSTITUTIONS MORALES ! tel est son cri, il y revient sans cesse, il en signale l'omission dans tous les projets présentés, excepté celui de Saint-Just (H), auquel il rend justice. Le plan du Comité de Constitution, ajoute-t-il, est le plus vaste et le plus complet aux institutions morales près, dont il n'y est aucune mention, et après avoir posé une série de dix-huit questions, qui précisent les points en discussion, la dix-neuvième est ainsi conçue : « Quelles sont les institutions morales qu'il conviendrait de rendre constitutionnelles? »
Voilà Vergniaud : faire passer la morale dans la politique et vivifier le mécanisme organique du corps social par ce qui en est l'âme : l'accord des lois avec les mœurs. C'est, en d'autres termes, la doctrine de Montesquieu, dont Vergniaud invoque ici même le nom et dont il se montre le disciple fidèle,
11 est encore d'autres dogmes qu'il affectionne, auxquels il revient constamment et qui forment comme son Credo politique.
Ainsi, dès son début à l'Assemblée législative, nous l'entendons s'écrier .
Abhorrez la guerre; elle est le plus grand crime des hommes et le plus terrible fléau de l'humanité !
Le 13 mars 1793, dans une invocation célèbre au peuple :
On te présente régalité sous l'aspect de deux tigres qui se déchirent : vois-la sous l'emblème de deux frères qui s'embrassent... La vraie Fllgalité, Mlle de la nature, au lieu de diviser les