XXII INTRODUCTION
hommes, les unit par les liens d'une fraternité universelle. C'est celle qui peut faire ton bonheur et celui du monde... »
Le 10 avril, il dit encore :
Quelques hommes ont paru faire consister leur patriotisme à faire verser des larmes ; j'aurais voulu qu'il ne fit que des heureux.
Enfin, il arrive à prononcer cette grande parole :
... On a cherché à consommer la Révolution par la Terreur, j'aurais voulu la consommer par I'amour.
Certes, c'est là un mot nouveau, étrange dans la Convention, dans cette arène oii étaient déchaînées les passions les plus féroces, les plus- farouches ressentiments, quel courage ne fallait-il pas pour professer ce culte en face des apôtres fanatiques du sang (1), tels que Marat et Robespierre, ou des sceptiques railleurs : Camille Desmoulins et Hérault de Séchelles. Quelle hauteur de talent, pour l'imposera la multitude déchaînée des aboyeurs, les Lecointre, les Guffroy, les Bourdon, et aux murmures des tribunes. L'orateur ne pouvait y parvenir qu'en élevant et en soutenant la discussion à un tel point qu'il fît respecter la grandeur de ses idées parla magnificence de ses paroles. Aussi est-ce dans ces discours qu'il a prodigué la richesse des images et les comparaisons célèbres que l'on trouve partout citées.
Vergniaud professe donc le dogme de l'amour en politique.
Il le pratique dans sa vie privée.
Il a des amis : « Ma consolation et leur crime, c'est de
(1) Beffroy de Reigny nous apprend qu'on vendait alors un journal intitulé : l^Ami du Sang. Quoique ce titre cachât une contre-vérité, il est Biguificatif.