XXIV INTRODUCTION
lumières, sans moyens, qui vomissent des injures contre la royauté, comme dans six mois ils en vomiront contre la République (p. 17). » Suivant lui, ce il faut avoir les vices du peuple de Paris pour lui plaire (p. 32) (1). »
Aussi M""' Roland ne dit-elle nullement de Buzot ce qu elle écrit de Yergniaud : « Je ne Vaime pas. » On sait qu'elle éprouvait un sentiment tout contraire (H) .
Yoilà donc un premier trait qui signale Yergniaud. Il enseigne hautement et il pratique un système de philantropie qui n'est qu'à lui (2), quile sépare de ses amis politiques et qui le caractérise au milieu de cette foule d'individualités diverses qui l'entourent. Ce système est celui d'une affection mutuelle, de Tamour, même pour ses adversaires, de l'horreur du sang, de la guerre étrangère, surtout de la guerre civile, par opposition aux sectaires qui avouent la soif du sang et procèdent par l'extermination. Aussi ses propres partisans qui ne comprennent pas ce langage traduisent-ils par les mots de faiblesse, de mollesse , d'insouciantisme , comme on disait alors , ce qui nous paraît à nous provenir d'un sentiment raisonné d'une résolution très arrêtée et très ferme qui supposait un courage d'un autre genre que celui des Girondins, mais non moins méritoire et plus difficile peut-être.
A côté de cette doctrine qui est, comme un article de sa foi philosophique, personnelle , il faut placer une autre tendance non moins marquée chez Yergniaud. C'est ce qu'il appelle V abnégation de soi-même , c'est-à-dire la facilité de sacrifier ses idées, son honneur, sa vie au bien pu-
(1) Il s'emporte même jusqu'à dire : « Mourir libre, indépendant de toute cette canaille qui me poursuit. »
(2) Ou pourrait objecter Fauchet dont les théories humanitaires se rapprochent des idées de Yergniaud, mais Fauchet se défend d*être Girondin. (F. la pièce citée ci-dessous, II» vol., p. 324.)