‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 29 sur 86 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

aux honneurs de la séance. [Moniteur^ vol. XV de la réimpression, p. 230.) Autant d'actes de courage qui deviendront bientôt autant de chefs d'accusation contre lui. (F. note J.)

Cependant il vote pour la mort (4), il vote contre le sursis, il prononce lui-même l'horrible condamnation !

Comment concilier ces contradictions apparentes ?

Il le dit lui-même :

J'ai voté pour que le décret fût soumis à la sanction du peuple... La Convenlion Dationale en a décidé autrement. J'obéis...

Ma conscience est acquittée.

Ce n'est pas une sentence, c'est un décret qu'il rend.

L'obéissance à la loi des majorités, la soumission à la décision du sort, quand il y va du salut public, telles sont les maximes constantes auxquelles Yergniaud se conforme lors même qu'il s'agit de sa propre existence, après le 2 Juin, avant le 31 Octobre; il est stoïque pour les autres comme pour lui-même, il donne la mort comme il la recevra avec une conscience tranquille, par décret. {V. IP vol., p. 235.) Là est son excuse, là est aussi la justice de l'expiation qu'il devra subir ; car cette résignation qu'il pouvait avoir pour lui-même ne lui était pas permise pour autrui, même au nom du salut de tous. 11 avait le droit de se jeter dans

(l) Avec une restriction, dictée pur la crainte de l'effusion du sang. M La loi (larle, c'est la mort, m (V. contra^ Charlotte de Corday et les Girondins, vol. III, p. 537.)

« En prononçant ce mot terrible, inquiet sur le sort de ma patrie, sur les dangers qui menacent niôuie la liberté, sur tout le sang qui peut être versé, j'exprime le môme vœu que Mailhe, etc.. »

(.'cst-à-dire la possibilité d'un sursis à l'exécutiou, et i>ourtaot il le repousse, \uxt làebeté, dit-on, ou pour sauver sa t)opularitc, non mais |«i de» préoccu{taliui)8 humaines, qu'il impose à Louis XVI comme il se les imposera plus tard à lui-même, i»ar la crainte de la guerre civile qu'il v«ttt éditer à tout prix, quand ce prix serait celui de sou sang.

XXVm INTRODUCTION.

le goulïre, non d'y précipiter la royale victime, Louis XVI, le protecteur et le disciple de son protecteur et de son maître, de Turgot, deux noms inséparables dans les fastes de l'humanité, et dont l'union aurait dû prévenir un grand crime de lèse-humanité !

Reprenons :

Après la publication du rapport de Saint-Just, sous le poids d'un décret d'accusation, des incriminations les plus envenimées, des soupçons les plus redoutables, il se tait et il en donne la raison :

Ma réponse eût peut-être enflammé des haines funestes, j'ai fait de tous les sacrifices le plus douloureux et le plus pénible ; j'ai supporté en silence la diffamation. Je me suis voué pour ma patrie h tous les périls que pourroit me faire courir l'opinion publique trompée sur mon compte (F. ci-dessous, vol. II, p. 231), et ailleurs : Je n'ai pas voulu soulever mon pays en ma faveur, j'ai faille sacrifice de ma personne. (II, p. 498.)

Enfin, dans son projet de défense on trouve ces nobles et tristes paroles :

S'il faut le sang d'un Girondin que le mien suffise,... ils (il

parle de ses amis) pourront réparer par leurs talents, leurs

services Ils sont époux et pères.

Quant à moi, élevé dans l'infortune, ma mort ne fera pas un malheureux (F. tome II, p. 262) (I).

Cette soif d'immolation généreuse est donc le second caractère qui nous frappe dans Vergniaud. S'offrir en holocauste semble un besoin pour lui. Son existence politique, son sang, le soin de sa mémoire, rien ne lui coûte pour la patrie, pour la Répubhque, pour le salut de ses amis, et

(1) Il disait dé'y\ dans ses lettres : « Parmi les hommes, les uns sont nés pour le plaisir, les autres pour la peine. » (V. infrà, p. 115, n*» 91.)

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