SCULPTURE
BcsTE EN TERRE CUITE. Mai 1703. Autcur incerlain.
Nous ne savions où était ce buste; nous l'avions cherché vainement dans les collections publiques et privées. M. AUuaud en parle dans la Notice biographique qu'il nous a laissée de son oncle. (V. ci-dessous, p. 9.) « Peu de temps avant la fatale journée du 31 Mai, dit il, un jeune sculpteur modela en terre, d'après, nature, le buste de Yergniaud. Ce sculpteur était Diipaty. »
Charles du Paty était le fils aine du Président à mortier du Parlement de Bordeaux; il était né le 29 novembre 1771, et avait de 9 à 10 ans an moment où Vergniaud entrait chez son père en qualité de secrétaire, on dit même de précepteur des enfants. C'est ce qui n'apparaît nullement par la correspondance; mais, sans remplir les fonctions d'instituteur proprement dit, Yergniaud peut s'être occupé dans une certaine mesure del'éducalion des fils de M. du Paty. 11 eût donc été tout naturel, que l'un d'eux eût fait le buste d'un ami de la maison, devenu en
LXVin ICONOGRAPHIE DE VERGNIAUD.
1793 lin des hommes le plus en évidence de son époque. Charles du Paty avait alors vingt-deux ans; il portait en lui une vocation que l'on pouvait dire héréditaire dans sa famille. La maison paternelle était un foyer d'admiration pour les beaux arts et les souvenirs de l'antiquité. Fidèle au sang et aux leçons qu'il avait reçus de son père(l), il a conquis un nom éminent parmi les sculpteurs de son pays. Nos musées et nos places publiques sont décorés de ses œuvres, il est mort membre de l'Institut (12 déc. 1825), toutefois une difficulté nous a arrêté. Lorsqu'on lit attentivement la biographie de Charles du Paty, on voit qu'il avait commencé par se livrer à l'étude de la peinture. En l'an IV il était encore dans l'atelier de Vincent. Ce ne fut que, postérieurement à cette époque, que par les conseils de Lemot, il s'adonna à la statuaire. Comment donc aurait-il pu, dès 1793, modeler la tête de Vergniaud? Charles du Paty avait épousé sa cousine, issue de germaine, la iille du célèbre Cabanis, beaucoup plus jeune que lui; elle lui a survécu. Nous nous sommes donc adressé à cette dame et nous lui avons soumis notre embarras. Elle y a répondu d'une manière très précise et très ferme dans les termes suivants :
(( Je n'ai jamais vu le buste de Vergniaud chez M. du Paty.
(( 11 m'a entretenue bien des fois des travaux de sa jeunesse, de ses débuts, des conseils qu'il avait reçus de David ; il ne m'a jamais dit un mot de ce buste, et cependant l'occasion s'en présentait souvent lorsque la conversation tombait sur les Girondins, ce qui arrivait assez fréquemment, cela se conçoit ; quoiqu'on n'en parlât pas devant matante (2), ces souvenirs étaient trop cruels!
« Les ateliers de du Paty ont été longtemps au Luxembourg, dont il était Conservateur adjoint; un jour, il me rapporta qu'on enlevait de ce palais un certain nombre de statues pour les trans-
(1) On lit dans les Lettres sur V Italie :
Je prendrois un moment Charles avec moi ; je le mènerois là-bas
devant ces statues de Brutus, de Caton, de CIcéron, et là, je tâclierois d'échacifrei- sa jeune âme en lui parlant avec ces marbres, de ces trois grands hummes. (Lettre datée de Kome.)
Hien d'ctonnant que de semblables cnseignemciUs aient produit leurs fruits.
(2) Ma lanic^ c'est-à-dire la veuve de Condorcet. (F., sur cette parenté, la note de l'Appendice, p. lxxx, ci-dessous.)