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SCULPTURE. LXIX

férer au Gros-Caillou; parmi elles, il me signala la statue de Verguiaud. S'il avait exécuté son buste, c'était le moment de me le dire, et au contraire il a gardé le silence sur ce point.

a M. Charles du Paty ne s'est pas occupé de sculpture avant la mort de Vergniaud, il n'y a travaillé que beaucoup plus tard. En 1793, il dessinait, il peignait, il a peint longtemps le paysage ; il a même fait dans ce but des voyages dans les montagnes des Vosges et du Jura.

a II faut admettre que s'il a fait le portrait de Vergniaud, il s'est abstenu de m'en parler, ce que j'ai peine à croire, ou au contraire qu'il n'en a pas parlé, parce qu'il ne l'avait pas fait. C'est cette dernière supposition que je préfère et à laquelle je me tiens. »

Voici donc, disions-nous, quel est l'état de la question : il y a d'un côté le témoignage de M. Alluaud, de l'autre l'opinion de la veuve de Charles du Paty (1) ; de là naît le doute, qu'on ne pourrait résoudre qu'en retrouvant le buste, s'il existe et s'il est signé. Il nous a été impossible jusqu'à présent de le découvrir.

20 Mai 1873. — Un heureux hasard nous fait retrouver ce buste au moment où nous nous y attendions le moins. Nous cherchions à connaître le portrait d'après lequel a été exécutée la lithographie de la grande collection Delpech, portrait qui nous paraissait remarquable. M. et M"" Delpech sont morts depuis longtemps, mais nous apprîmes qu'ils étaient représentés par plusieurs enfants, notamment par M"*" Blouet(2), demeurant rue

(1) L'exactitude de ses souvenirs est prouvée par la notice que Quatremère de Quincy a consacrée à Du Paty :

" Il paroitra siii^ulier, dit-il, que l'art sur lequel devoit se fonder son premier titre de gloire, la sculpture, n'ait obtenu ses hon>mages qu'en dernier; av- • •• ; "p eût fixé son choix, il sollicita deux fois les faveurs de la pein- \u i leclion avait été pour le genre du paysage, et il lui conserva

ufi i.icheinerit... Il s'essaya ensuite, mais aussIinuUleineut, dans le

genru du la {Hiinture historique.

I^mot... avoit su di.minguer en lui... certaines qualités que demande l'art du statuaire. 11 l'initia aux éludes de la sculpture. Kn moins di> trois ans, du l'i.iy fut en état non-srulcmcnt de concourir au grand prix de H(miu', mais de le remporter. (.Recueil de Sottces historiques lues d l'imtttut, !•' vol.,

[2) Veavede M. GulUaume-Aliel Ulouet, architecte très distingué, membre • 1<; rinftitut, professeur à i'hk^ole des Beaux-Arts, directeur, pour la partie artistique, du i;rand ouvrage sur VExpédilion de Morée^ en A vol. in-f-.

des Saints-Pères, maison Debauve. Nous nous rendîmes chez cette dame, et elle répondit à notre demande dans les termes suivants :

(( Ma mère, M"" Delpech, avait pour habitude de s'adresser aux familles pour avoir les portraits originaux qu'elle reproduisait dans sa collection. Elle savait que la statue de Yergniaud avait été exécutée par M. Cartellier qu'elle connaissait. Elle alla donc trouver le célèbre statuaire. Celui-ci lui dit : la statue que j'ai consacrée à Vergniaud est plus grande que nature, il faudrait la réduire, et ce serait un travail trop considérable pour l'artiste. Il y a autre chose à faire. Lorsque j'ai eu à modeler la tête de Vergniaud, je ne pouvais m'aider de mes propres souvenirs, je ne l'avais jamais vu, quoique nous fussions contemporains. Dans cette position j'eus recours à la famille et j'obtins d'elle un petit buste en terre cuite. C'est d'après lui que j'ai fait ma statue. Il sera donc tout simple que votre dessinateur copie directement cette terre cuite que je mets à votre disposition.

f'Ma. mère accepta cette offre avec empressement et reconnaissance. Maurin exécuta sa lithographie d'après le buste original. Le dessin terminé, M'"^ Delpech voulut rendre à M. Cartellier le portrait qu'il lui avait si obligeamment prêté. Mais il se refusa à le reprendre, disant qu'il était très bien entre les mains de ma mère, qui le conserva et me l'a transmis. Je le conserve moimême comme un objet précieux.

« On l'attribue à Houdon ou à Pajou, deux statuaires portraitistes. Il me semble reconnaître plutôt la manière de Pajou (1). »

En même temps, M"'^ Blouet voulut bien nous communiquer la figurine en question. C'est un petit buste en terre cuite de 20 centimètres environ de hauteur sur 13 de largeur; au bas est écrit dans la pâte : P.-V. Vergniau. Il ne porte pas de date, il

(1) Pajou était recteur de l'Académie en 1792, et l'un des fondateurs de la Société des Amis des Arts. 11 avait exécuté les statues de Pascal, Descartes, Turenne, Fénelon, Bossuet, commandées par Louis XVi pour les Grands hommes de la France. On connaît aussi ses bustes de BufTon et de M^e du Barry Nous tenons de M. A. Sensier, si connaisseur des choses d'art pendant la Révolution, que Pajou a fait à cette éboque urje grande quantité de bustes demi-nature.

n'est pas signé. On sent instinctivement que c'est un portrait qui a dû être fait d'après nature, comme le disait M. Alluaud (V. i«/rà, p. 9), l'exécution est très délicate et très finie. On dirait pour la couleur une terre cuite de Clodion. Celles de Houdon ont une teinte plus chaude.

Vergniaud est représenté avec une chevelure épaisse et ondulée; il est frisé à une seule boucle, très basse; les cheveux sont séparés sur le derrière de la tête, en fer à cheval et liés par une queue en cadenette, le front découvert, renversé en arrière, le nez déprimé au milieu et se relevant au bout, les lèvres un peu proéminentes, le menton accentué, l'expression générale de la physionomie n'est ni celle reproduite par Cartellier, ni même celle de Maurin, elle se rapproche beaucoup plus du dessin à la plume de Labadye avec lequel elle est en plein accord.

La mise de Yergniaud est recherchée ; il est en toilette.

C'est là le véritable portrait princeps du grand orateur; il doit se placer en 1793. Telle est la date que lui assigne M. Alluaud, mais il l'attribue à Charles du Paty; nous avons dit nos raisons de douter; l'absence de signature les confirmerait ou tendrait du moins à les laisser subsister. L'inscription du buste porte le nom de Vergniaud, par un i et sans rf, du Paty l'écrivait : Vergnaud (V. ci-dessous, p. 217).

Effigie de Yergniaud.

La séance de la Convention du 21 août 1793 (réimpression Pion, vol. XVII, p. 467) contient le récit suivant :

« La Société populaire de Toulouse rend compte de la cérémonie qui a eu lieu dans cette ville pour la fête du 10 Août. On avait élevé une montagne au bas de laquelle était un marais, où étaient placées les effigies de Vergniaud, Buzot, Corsas, Pelion, etc. Après un discours du Procureur Syndic contre le Fédéralisme, la foudre lancée du haut de la montagne, réduisit au néant les personnages du marais.

f L'Assemblée applaudit au récit de cette fôte et ordonne Tinseriion au Bulletin. »

M. Guibert, dans son intéressante biographie de Gorsas, in-

terprète ce passage en ce sens que Vergniaud, Buzot et Petion, auraient eu à Toulouse des bustes qui furent compris dans l'autoda-fé du 10 Août 1793. (Un Journaliste girondin, p. 228.) On ne pourrait être fixé à cet égard qu'en compulsant les Archives municipales de Toulouse.

Statue de Vergniaud par Pierre Cartellier, en pied et en plâtre. Hauteur 2 mètres 85 centimètres.

Nous savions vaguement qu'une statue de Vergniaud avait décoré le palais du Sénat-Conservateur au Luxembourg. (Rapport de l'Institut sur les prix décennaux de 1810. — L'Ermite de la Chaussée d'Antin, p. 175, l""^ édition, 1811.) Mais dans quel esprit pouvait-elle y avoir été admise? dans quel endroit était-elle placée? qu'était-elle devenue? Voilà ce que nous avons dû rechercher et déterminer avec précision.

Le palais du Luxembourg, après avoir été successivement la demeure des cinq membres du Directoire, puis celle des trois Consuls, avait été alfecté au Sénat qui en prit possession le 1" ventôse, an IX (20 février 1801). Des modifications avaient été nécessaires pour approprier à leur nouvelle destination les appartements de Marie de Médicis et de la duchesse de Berry, transformés en cachots sous la Terreur (1); l'ancien escalier était défectueux en ce qu'il coupait le palais par la moitié. L'architecte Chalgrin (2) fut chargé de le transférer dans l'aile droite (côté du couchant) connue sous le nom de galerie de Rubens. Chalgrin fit table rase des distributions antérieures et il utilisa l'espace vacant de la manière suivante :

(1) Miss Williams avait été enfermée au Luxembourg comme otage. « Notre chambre, dit- elle, et celles qui l'a voisinent avoient été préparées peu de jours après l'époque du 31 Mai, pour recevoir les députés du côté droit. Les fenêtres, qui avoient une fort belle vue sur le jardin, étoient murées jusqu'aux trois quarts et solidement grillées avec de forts barreaux... Notre logement avoit été occupé par Valazé. Il portoit le nom de Cincinnatus. A côté étolt la chambre de Brutus et de Socrate, à quelques toises. (Lettres écrites de France, par Héléna-Maria Williams, p. 10-10.) C'est de ces croisées que David, enfermé au Luxembourg après Thermidor, peignit les arbres du jardin, le seul paysage qu'on connaisse de lui. (Delescluze, sous le nom d'Etienne, David et son école. V. aussi le journal de Perlet, du 29 juillet 1793.)

(2) F. sur Chalgrin et sa femme, fille de Joseph Vernet, Charlotte de Corday et les Girondinsy vol. III, p. 821.

En entrant par le portail surmonté du dôme, qui fait face à la rue de Tournon, et en suivant à droite le bâtiment en terrasse parallèle à la rue de Vaugirard, on trouvait, en retour à gauche, un premier péristyle ayant trois croisées de face sur la cour.

Puis un second vestibule auquel on accédait par cinq marches intérieures.

Enfin un porche {sic), donnant d'un côté dans la grande cour, de l'autre attenant à l'escalier monumental de quarante-huit marches par lequel les quatre-vingts Sénateurs montaient à la salle de leurs séances : Siéyes, Rœderer, Laplace, Cabanis, Volney, Kellermann, Sérurier, Bougainville, Morard de Galles, etc., etc.

L'escalier subsiste encore : les abords seuls ont été changés, mais on peut se rendre compte de l'ancien état d(is choses à l'aide des plans du Luxembourg, des archives du Sénat et d'un ouvrage contemporain qui a donné une description détaillée de la construction de Chalgrin regardée comme un chef-d'œuvre (i).

On avait cherché à rendre la décoration de ces trois vestibules successifs digne du monument.

Dans le grand péristyle les regards étaient d'abord frappés par la statue en marbre d'un orateur romain et autres figures analogues ; puis, ce tribut payé à l'antiquité, selon la mode régnante, on avait eu la pensée « de réunir les grands hommes de la France, que la mort avait moissonnés depuis la Révolution. » Ils devaient être représentés avec le costume moderne. C'était là une idée hardie aussi bien en politique qu'en matière d'art. La Terreur avait renversé les statues de l'ancien régime, la Ré-

(1) Antiquités gauloises et romaines recueillies dans le jardin du Palais du Sénat pendant les travaux qui ont été exécutés depuis l'an IX, précédées de recherches sur le palais du Sénat, ci-devnnt du Luxemhourg, ses dépendancîs et ses environs, par M. C. Grivauu, sous-chef de la trésorerie du Sénat, 1 vol. in-4" et 1 vol. de planches, petit in-f". — Paris, Buisson, 1807. — Voy. aussi Quatremère de Quincy, Notices lues à l'Institut, vol. 1, p. 13, et le Jfogasin piiioresquc, 2* année, n" 13, p. 98. Il reproduit la gravure de Grlvaud avec les changements survenus depuis 1815.

En 1818 et 1K20, Grlvaud, se faisaut appeler alors de la Vincelle, a publié de nouvelles éditions de son ouvrage, sous le titre de Description de la Chambre des PairSy seulemeot il a eu soin d'effacer les noms de Vergniaud et autrei dénomioalions qui eussent été mal sonnantes. (F. Blbl. nat.. L. K^, 7307.)

publique n'en avait encore élevé aucune, même à ses héros, on ne voulait point d'idoles^ point d'idolâtrie. ( F. le Journal de la Montagne du 19 Juillet 1793 et le Voyage de Lorenz-Meyer à Paris en l'an IV, chap. le Panthéon français^ vol. I, p. 166.) Le nu était d'ailleurs le seul genre que l'on comprît et que l'on pratiquât. 11 y avait donc là une innovation et un progrès auxquels il faut rendre hommage.

La première intention de l'architecte avait été de faire exécuter les statues décoratives projetées, en pierre de Tonnerre^ mais le prix aurait été de six mille francs pour chacune d'elles, et ce chiffre paraissait excessif. Plusieurs artistes consultés pensèrent qu'elles produiraient le même effet en plâtre à creux perdu (moule économique ne pouvant servir qu'une fois), ce qui réduirait la dépense à deux mille francs l'une. Cette proposition fut adoptée par Ghalgrin, qui la soumit aux Préteurs du Sénat, chargés de fonctions d'édilité semblables à celles des questeurs du Corps législatif ç, et plus tard du référendaire de la chambre des Pairs. Seulement il portait l'allocation de 2,000 à 3,000 fr., et il ajoutait qu'il était convenable de placer sous le porche tenant aux dernières marches de l'escalier et dans le second vestibule deux figures dont les proportions seraient supérieures à celles des autres statues. Il en fixait le prix à 4,500 fr., aussi en plâtre à creux perdu. (Rapport du 30 ventôse an XII, 21 mars 1804, Arch. nat., GC, v. a., 479.)

Les Préteurs du Sénat étaient alors le général Lefebvre (François-Joseph), enfant de la Révolution, resté fidèle aux sentiments qui lui avaient valu l'estime profonde de Hoche, et Clément de Ris, esprit libéral, ami des arts. Ils eurent à désigner les sujets des statues elles noms des artistes auxquels elles seraient confiées ; leurs choix furent caractéristiques, tels qu'on pouvait les attendre d'eux. On en jugera tout à l'heure : Cartellier et Ramey avaient été mis en avant, hors ligne, par Chalgrin, pour les deux figures qui devaient avoir une grandeur exceptionnelle. Cette désignation eut l'agrément des Préteurs; en conséquence Cartellier fut chargé de la statue de Vergniaud, et Ramey de celle de Kléber.

Les Archives nationales possèdent la soumission (1) signée

(1) Je soussigné, Pierre Cartellier, sculpteur-statuaire, m'engage envers les citoyens Préteurs du Sénat conservateur, à exécuter dans l'espace de cinq

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