‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 65 sur 86 · AU CORPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

AU CORPS LÉGISLATIF

Citoyens Représentans,

Je viens solliciter auprès de vous, pour un des fondateurs de la République, pour un des n artyrs de la liberté, pour un raalh?'ureux que vous avez plus d'un" fois honoré de vos regrets el de vos larmes; c'est de Vergniaud que je veux parler. Sa sœur est mon épouse : il a été élevé par mes Foins; l'abandonnerai-je dans le tombt'au et entendrai-je avec indifférence les justes plaintes de ses créanciers se mêler aux élogt's que l'on d^nne à la vertu?

Oui, législateurs, Vergniaud avait des dettes; mais ces dettes, la pié'é filiale lui commandait de s'en charger.

Son père, victime de ses opérations avec le gouvernement monarchique, se trouva devoir 60,000 livres au-delà de son patrimoine. Vergniaud, alors encore enfant, forma le projet généreux de libérer son père. Il le réalisa ensuite.

Les premiers fruits de son travail au Barreau furent consacrés à cet usage. Il y eaiploya également le peu de biens qu'il recueillit de la succession de sa mèie; enfin, après la mort de son père, au lieu de répudier une hérédité onéreuse, il s'engagea personnellement envers les créanciers pour les capitaux et les intérêts qui restaient dûs.

Ses ressources consistaient dans trois maisons meublées situées au centre de la commune de Limoges et dans son mobilier, duquel faisait partie une bibliothèque considérable; ces divers objets étaient évalués 40,000 livres, valeur de 1790. Ils auraient suffi pour satisfaire à ses engagements, puisqu'il n'avait que 25,000 livres à payer; mais ses biens, par une injuste confiscation, ont été arrachés à sa famille, vendus moins de 20,000 livres en assignats, et encore ce prix si modique, con-iléré maintenant comme dépôt, ne sera-l-il rendu qu'en mandats, à 30 capitaux pour 1. Ainsi, la succession de Vergniaod se réduit aujourd'hui à une somme d'environ 24 livres; voilà à peu près ce qu'il en reste pour acquitter les 25,000 livres, valeur métallique, que Vergmaod s'est engagé de payer pour son père.

Cependant, Citoyens législiteurs, je ne me serais pas présenté devant vous, si j'avais trouvé dans mes ressources personnelles les moyens de défendre mon beau-frère du reproche d'avoir manqué à ses engagemens.

Certes, celui qui lui-même a payé pour plus de 25,000 livres de dettes du père de Vergniaud, celui qui a pourvu aux besoins de ce père respectable, son épouse, sa mère, qui a élevé à ses frais Vergniaud lui-même, el qui aujourd'hui prodigue ?es soins à ronde de ce

vertueux citoyen, vieillard septuagéuaire et ex -religieux, celui-là, dis-je, est prêt à tout sacrifier pour la mémoire de son beaii-frère. Mais père de sept enfants, n'ayant conservé de ma fortune que quelques débris que je suis forcé de disputer encore aux agents de la République (l), je me vois forcé de recourir aux représentans de ce peuple pour le salut duquel Vergniaud s'ett immolé, et de leur exposer la situation de ses affaires.

La générosité nationale a bien voulu se charger des dettes de Mirabeau ; il m'est peut-être permis d'espérer qu'elle se signalera également vis-à-vis de mon beau- frère.

La cause de ses dettes, la cause de son insolvabilité, ?on ?ang répandu pour arracher son pays à la tyrannie qu'il voyait s'avancer et sous laquelle la République a depuis gémi, semblent aussi lui mériter quelque faveur.

Alldaud.

De l'Imprimerie de la ri:e d'Anjou, au Marais, n'G.

Pièce B.

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