LETTRE DE M. ALLUAUD A M. DE LAMARTINE
Limoges, le 12 octobre 1847.
... En le lisant, j'ai regretté toutefois que le trop court récit que ie vous ai fait de U visite que j'ai rendue ^ Vergniiud, lorsqu'il était détenu à la Force, ait fourni à votn; brûlante im.i<:inalion une interprétation
qui n'est pas complètement exacte; au lieu de dix ans, j'avais alors quatorze ans et demi, mon père, réduit à se défendre à Limoges contre les accusations de liaisons avec Vergniaud, ne m'accompagnait pas. Je fus cunduil à la Force par le valet de chambre de Vergniaud. Elève du pensionnat de Léimard Bourdon, j'obtins l'entrée de cette prison, giâce à l'uniforme bien connu du pensionnat et qui se composait d'une veste bleue en carmagnole, maintenue par une ceinture rouge garnie d'une frange tricolore, et d'un bonnet rouge. Vergniaud et ses amis occupaient une partie des appartements de l'infirmerie de la prison. La mise de mon oncle était négligée mais n'était pas délabrée; le douloureux souvenir quo j'ai conservé de cette visite ne vient pas de la situation dans laquelle vous supposez que j'ai trouvé mon oncle, et de l'effroi qu'elle m'aurait causé, il vient de la pénible sensation que j'éprouvai en traversant pour la première fois de ma vie les guichets d'une prison où mon oncle se trouvait détenu &vec une foule de malfaiteurs, il a plus particuhèrement pour cause le pressentiment funeste dont je fus accablé lorsque, taisant allusion aux opinions de Léonard Bourdon, mon oncle me den)anda, après m'avoir embrassé à mon arrivée : hé bien ! Francis, veut-on aussi me tuer à ta pension? Ce que je fis d'effort pour maîtriser mon émotion et pour distraire mon oncle de sa triste pensée, ne peut se décrire. Sa courageuse résignation au martyre qui lui était réservé , contrastait avec les déchirements de mon cœur. Quant à ce qu'il me dit dans les épanchements de sa juste et paisible douleur, votre pénétration ne pouvait mieux vous inspirer, vous ne pouviez le résumer avec plus d'exactitude que vous ne l'avez fait.
«a t3SV«S.<E>-