‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 74 sur 86 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Les lettres de Vergniaud, que nous publions, sont au nombre de lAô environ. Elles commencent au 1'' novembre 1778 et finissent au mois d'octobre 1793. Elles comprennent donc une période de quinie années. Leur grand mérite est de nous initier à la vie intime de Vergniaud : ses débuts et sa fin, ses dégoûts et ses espérances, ses triomphes et ses derniers jours de captivité s'y trouvent racontés au naturel. C'est là le caractère le plus frappant de cette correspondance. Il ne faut i)as y chercher l'éclat que la célébrité du nom semblerait promettre. Le style est simple et rapide, sans aucune prétention, comme la page est sans rature. Vergniaud dit bien ce qu'il veut dire, il n'a pas d'autre ambition, et s'il se rencontre sous sa plume quelque pensée fine, quelque mot spirituel ou riant, c'est une bonne inspiration trouvée et non cherchée. Ses lettres sont substantielles, nourries de faits, utiles pour l'étude de son caractère et la connaissance de son époque. C'est là que devra puiser le publiciste qui voudra faire sortir, des matériaux que nous avons préparés, l'histoire encore à écrire de Vergniaud ; il y trouvera la solution de plus d'une difficulté biographique. Ainsi Turgot, du Paty, M. AUuaud (le père) peuvent se disputer l'honneur d'avoir deviné la vocation du grand orateur et de lui avoir ouvert la carrière. Mais le véritable prophète de Vergniaud, n'est-ce pas Vergniaud lui-même, lorsqu'il décrit l'envie ardente d'entrer en lice, qui s'allume en lui en écoutant les maîtres les plus renommés du barreau Bordelais 7 C'est l'inspiration du génie qui se révèle au spectacle et au contact de l'éloquence en action. (F. Lettre n" 10.)

11 nous serait facile de multiplier les exemples. Nous pré-

ferons nous en rapporter à la libre appréciation de nos lecteurs. Ils pourront se convaincre, en parcourant cette correspondance, qu elle renfernrie de précieux documents sur Vergniaud, ses aptitudes intellectuelles,, ses sentiments de famille, le germe de ses opinions morales ou politiques, etc. Nous ne relèverons pas non plus, autrement que dans la table, les événements de chaque jour qui viennent se jeter à travers les lettres et forment la chronique familière de la vie courante^ les causes célèbres du Palais, les nouvelles de la Cour, les phénomènes ou les grandes catastrophes de la nature. (Lettres 3, A, 28, 39, 66, 69, etc..)

Les informations de Vergniaud, généralement très exactes, se retrouvent dans Linguet, Bachaumont, Métra et le Journal encore manuscrit de Hardy, qu*il ne pouvait connaître. Nous avons relevé en note les passages de ces documents qui sont d'accord avec Vergniaud et forment une concordance intéressante avec ses lettres. Nous signalerons seulement quatre points qui sont plus spécialement en relief :

1** La guerre de l'Indépendance américaine, guerre essentiellement maritime pour la France et conséquemment importante pour Bordeaux.

2° Les expériences aérostatiques : les ballons ou, comme on disait alors, les globes étant encore dans toute leur nouveauté. (F. La même préoccupation, chez Salle, Ch, de Corday et les Girondins^ vol. P% p. lxxiii et cxxxii.)

3° Les agitations du Parlement de Bordeaux, toujours en guerre avec l'autorité royale, toujours en route pour Versailles, suspendant quatre fois en dix ans le cours de la justice sous les plus légers prétextes ; rien ne montre mieux que la correspondance de Vergniaud. à quel point ce système d'immixtion dans le domaine de 1* administration était devenu intolérable. Il en résultait un conflit permanent entre le Roi et ses Parlements, et des intermittences désastreuses pour l'expédition des affaires ;

4** Enfin le tableau de quelques séances de la Constituante

auxquelles Vergniaud avait assisté comme spectateur, de l'Assemblée législative, dont il avait été membre actif, comme député, président... delà Convention, etc.. Malheureusement ici, les lettres qui subsistent sont bien peu nombreuses. Nous ne possédons plus la partie politique, celle que le jeune Alluaud voulait lire, à Limoges, du haut de la tribune des Jacobins, pour justifier son oncle. Elle a été livrée aux flammes par la crainte que la proscription de Vergniaud répandait autour de lui; car le supplice avait alors sa contagion, et la famille d'un condamné pouvait redouter la solidarité de sa gloire et de son martyre.

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