ROBESPIERRE ET L ANTI-FÊDÊRALISTE
le Correspondant îles Sociétés populaires », rédigé jwr les citoyens Julien, Payari et Fourcade, et qu'ils feront délivrer aux rédacteurs ù titre d'avance et à valoir sur la livraison des trois premiers mois de I abonnement; que le ministre de l'intérieur est autorisé à fournir aux rédacteui*s l'emplacement des Capucins {K)ur leurs presses et leurs bureaux, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
(Du 23 brumaire an II, C -A. Prieur, Barrere, Billaut, Varenne, Carnot, R. Lindet.)
L'arrêté n'est pas signe de Robespierre, mais la présence ou l'absence des signatures matérielles ne prouve rien, suivant nous, pour la responsabilité des arrêtés des Comités. Il y avait entre ceux qui composaient un Comité une solidarité incontestable. Les délibérations, une fois prises en commun, étaient régularisées ensuite par le nombre de signatures voulues. Ce n'était qu'une formalité, comme il arrive dans toute commission délibérante. Il est certain que les trois noms de Jullien, Payan et Fourcade sont ceux d'hommes auxquels Robespierre accordait une confiance particulière ; il n'est pas moins constant qu'en brumaire il exerçait sur le Comité de Salut public une autorité prépondérante. Ce ne pouvait donc être qu'avec son assentiment que le Comité accordait à V Anti-Fédéraliste une subvention qui n'était pas moindre de 120,000 livres.
Pour nous, ï Anti-Fédéraliste est le journal oHicieux il«' Robespierre, celui qui reçoit sa pensée secrète, qu'il pmî.^.. et qu'il dirige, dont conséquemment il doit répondre.
Or, voici quel est le langage de V Anti-Fédéraliste à propos du procès des Girondins :
Dès le 8 brumaire, il se plaint de ce que l'on écoute trop l>s accusés, de ce qu'ils ne soient pas déjà plongés dans le
« VAuti-Fédéra liste. Cette feuille parait tous Ip« Jour». Le prix e»l «le 60 livres pour un an, etc. On s'aboonc au bureau du Jouroal, rue des Sttinta-pj'^rej», n« 3, chez le citoyen Girard.
2,000 exeoiplaireA à (iO livres chaque, fnminirnl une somme de 120,000 livre».
néant; et, après avoir orné ce thème de citations antiques, il termine son article par ces odieuses paroles :
l^ourqiioi les jurés n'ont-ils pas le droit de déclarer aux juges, quand ils le croient à propos, que leur opinion est formée? Pourquoi n'ajoute-t-on pas à l'instant cette loi aux décrets relatifs à l'organisation du Tribunal révolutionnaire * ?...
C'est le germe du décret qui va intervenir.
Puis il revient le lendemain sur la même proposition, sur le mode de procéder imposant et terrible qu'il veut substituer à la lenteur prétendue avec laquelle est conduit le procès des Girondins. Dans un long article, il développe cette thèse : Qu'il ne s'agit pas de délits privés, mais de crimes 'publics^ et que les garanties ordinaires dues à l'innocence ne peuvent être mises en balance avec le salut de tous 2. Quel est, d'ailleurs, le but de l'instruction d'un procès? N'est-ce pas de porter la conviction dans l'âme des jurés? Mais s'ils sont convaincus dès l'audition des premiers témoins, pourquoi continuez-vous l'instruction? Pourquoi la loi ne les autorise-t-elle pas à déclarer que leur conviction est formée ?... (N" 35, du 9 brumaire, p. 274.)
Enfin, de sophismes en sophismes, il arrive à la théorie familière à Robespierre sur la vertu du peuple, panacée au nom de laquelle on peut tout se permettre :
Le peuple ne se laisse conduire que par l'amour du bien; la haine, la vengeance lui sont étrangères; il est coupable celui que le peuple accuse, par cela seul que le peuple est son accusateur.
1 Pascal a répondu d'avance à ce sophisme : « Doit-on conclure qu'un homme est coupable, parce qu'il est accusé? — Non, mes pères, des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés, tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'acte d'accusation, mais par l'arrêt qu'il faut en juger. {Seizième lettre, Prov. du 4 déc. 1658.) »
2 « Les délits ordinaires, a dit Couthon, presque dans les mêmes termes, en présentant la loi du 22 Prairial, ne blessent directement que les individus et indirectement la société; et, comme par leur nature, ils n'exposent pas le salut public à un danger imminent, etc. Les crimes des conspirateurs, au contraire, menacent directement la société...
ROBESPIERRE ET l'aNTI-FÉDÉRALISTE. 443
Il faut qu'il i^»risse à l'instant pour le salut de tous...
Si le glaive de la justice est un moment susjMîndu sur la t^ den prévenus, l'État i)eut ôtre anéanti. Il faut que l'orage se forme, que l'éclair brille et que la foudre éclate au même instant. En un mot,