‹ VergniaudChapitre 18 sur 113 · EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE

Faits de la cause.

DISCUSSION

§ {^r __ Il y a abus dans la première réponse de M. l'Archevêque.

§ 2. — Il y a abus dans la seconde réponse de M. l'Aicli^vèque.

Cette réponse a deux parties :

Examen des objections faites par rArchevôque. Moyens d'abus au nombre de (|uatre.

Le Mémoire se termine ainsi :

Pensez que de tous les états qu'on embrasse dans la vie, s'il n'en est pas un seul qui exige autant de sainteté que le sacerdoce, il n'en est pas un non plus à qui vous deviez accorder une protection plus solennelle. Dans toutes les professions civiles, l'homme conserve sa liberté. S'il est malheureux dans une, sil y trouve des persécuteurs, il peut se jeter dans une autre et peut-être il verra les bras de l'Amitié s'ouvrir pour le recevoir. Le Prêtre se sacrifie tout entier au Dieu dont il devient le Ministre, une chaîne éternelle l'attache à l'Autel. En vain il s'agiteroit pour échapper à ses ennemis, toujours il les trouveroit dans le sanctuaire; le malheureux ne peut opposer à leurs traits que des cris impuissants ou votre autorité Jugez-moi.

Partant l'exposant obtiendra les conclusions qu'il prcndia à l'audience.

M. DE La Lande, Avocat général; M. Vergniaud, Avocat; M. Tanchon, Procureur'.

' Le manuscrit de ce mémoire a CO pages in-folio d iiiif ('n lUuc grossoyée. On voit qu'il est fuit avec beaucoup de som • ! jMim le style et pour le fond.

Vergniaud cite tour à tour les Conciles, Dumoulin. lamoimu;!» it Talon. Nous ne signalerons que ce passage qui rentre dans nos études :

Nou« n'entfpprpndrons pas «IVffaoor la tache que rUnivcrsité a voulu jeter sur rabbé (iraillot imr sa consuro; (•«• triomphe ppI réîM»rv«< "• une plume aussi érudile quVléganl«\

Ki «n note : M. Cîensonné.

Un des plaidoyers les plus célèbres de Yergniaud est celui qu'il prononça contre une religieuse, dans les derniers jours de l'année judiciaire 1789. L'heure fatale allait bientôt sonner pour les couvents ; dans les paroles du jeune orateur, on sent un souffle avant-coureur de l'orage qui s'apprête.

En 1747, une demoiselle Tenet, en religion sœur Sainte-Colombe, avait fait ses vœux au couvent de la Magdelaine, à Bordeaux. Un de ses oncles mourut laissant une fortune de deux millions quatre cent mille livres. La sœur Sainte-Colombe prétendait recueillir sa part dans cette opulente succession. Deux autres neveux du défunt soutenaient au contraire que, comme religieuse, elle était morte civilement et ne pouvait hériter. Ils avaient succombé en première instance. Yergniaud fut chargé de défendre leur appel devant le Parlement. Son plaidoyer fut imprimé. Il ne se trouve pas à la Bibhothèque nationale, mais M. Henri Chauvot en a donné des extraits étendus dans son histoire du Bandeau de Bordeaux, p. 91-97. Nous y renvoyons. Nous ne relevons qu'un passage de la péroraison oh. se trouve une des figures préférées de Yergniaud, la répétition

interrogative, qu'il maniait admirablement et qui se retrouve dans tous ses discours.

Il a plaidé sa cause. Les moyens de droit ont été présentés, épuisés. Il termine par des considérations morales qu'il anime et qu'il vivifie sous forme de prosopopée et de dialogue :

Dans l'ordre de la religion, une voix céleste lui crie : « Si vous voulez atteindre la perfection évangéliquc, donnez tout ce que vous possédez aux pauvres et suivez-moi. Les pauvres ont leurs richesses dans le Ciel ; ceux qui les accumulent sur la terre amassent aussi les trésors de la colère du Seigneur. »

Dans l'ordre politique, la loi repousse la sœur

Sauite-Colombe avec plus d'énergie encore. « Vous voulez succéder, lui dit-elle, vous qui, dès que la raison a commencé à vous éclairer, avez nourri votre âme des idées sublimes de la religion et qui, dans un âge où le monde devoit avoir tant de charmes pour votre cœur, avez fait hommage de ce cœur à la Divinité ; vous qui, entraînée par les élans d'une ferveur qui vous couvrit de gloire, fîtes aux pieds des auiels, par le vœu solennel d'obéissance perpétuelle, l'abdication solennelle et perpétuelle de votre liberté, et, par le vœu solennel de stabilité perpétuelle dans votre couvent, une renonciation solennelle et perpétuelle au monde, à ses plaisirs, à ses biens périssables '.

Vous qui, par ce double vo;u, induisîtes votre famille à penser que désormais vous seriez étrangère à la distribution qu'elle feroit de ses biens... Vous enfin qui même aujourd'hui portez les chaînes sacrées de la profession qui perpétuera jusqu'à votre mort l'esclavage volontaire auquel vous vous êtes vouée. Vous voulez succéder, il n'est plus temps! Une profession solennelle a pour jamais fixé votre destinée Les portes de votre couvent sont pour vous comme celles de l'éternité! En vain vous tentez de les agiter de vos mains débiles, elles ne s'ouvriront plus! »

' On croirait lirA un pasMgft dns piaidoyeD d 'Antoine» Lenialtre.

Et cette formule : (f Vous voulez succéder, il n'est plus temps ! se répète quatre fois, toujours de plus en plus pressante et plus grave, comme un glas funèbre qui rappelle à la sainte fille égarée dans un procès terrestre, qu'elle est morte au monde à jamais.

C'est à propos de cette aflaire que Vergniaud écrivit à M. Alluaud, son beau-frère, une lettre délicatement tournée où son caractère afiectueux se peint au naturel :

Bordeaux... (aoùt^) 1788.

Enfin, mon cher frère, nous touchons aux vacances et bientôt j'irai vous rendre la visite que vous m'avez faite cette année... Je vous envoie, en attendant, un exemplaire de mon plaidoyer contre la Religieuse. Il ne me convient pas trop de vous dire que j'ai été applaudi plusieurs fois, mais je vous le dis parce qu'on parle volontiers de ses succès à ceux qu'on aime. D'ailleurs, je vous le dis tout bas, afin que personne ne l'entende et ne m'accuse de vanité. Ce procès sera bientôt jugé; c'est le dernier arrêt que rendra le Parlement. J'ai eu les plus fortes préventions à combattre et je crains bien qu'elles ne l'emportent sur tous mes efforts et sur les vrais principes.

Nous nous consolerons en buvant du Saint-Emilion.

(Colin de Verdière, Lettres de Vergniaud, p. 90.)

M. Chauvot ne nous faisait pas savoir si les pressentiments de Vergniaud avaient été justifiés par l'événement. Grâce au concours de M. Farine, nous avons pu retrouver et nous reproduisons l'arrêt qui intervint. Vergniaud ne s'était pas trompé. Il perdit son procès contrairement aux vrais principes d'alors. En effet, « le religieux, dit Lebrun {Traité des Successions, livre I, chapitre ii, section 1 du §2), ne succède point en France, ni son couvent en sa place, de peur que tous les biens des

familles du Royaume ne passent insensiblement dans les mains des moines d'où ils ne sortent jamais. — Ce que maître Charles Dumoulin... dit avoir lieu aussi bien en pais de droit écrit qn'enpaïs coutumier * ; Ouest. 122, de Joann. Galli : fy — V. aussi Pothier, Introd. à In Coût. d'Orléans, n° 9.

L'arrêt du Parlement de Bordeaux n'est pas motivé ; on ne sait donc pas sur quoi il s'est fondé pour déroger à un droit non-seulement établi par les coutumes et la jurisprudence, mais par les ordonnances les plus formelles.

Voici le texte de cet arrêt :

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