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ILE DE TABAGO. — AFFAIRE BALFOUR

mœurs singulières des colonies et l'arbitraire violent qui s'y était conservé dans les procédés de la Justice. — Ce qui lui donne de la valeur pour nous, c'est que grâce aux pièces trouvées dans le dossier de de Rosoi et dans les archives de la marine, on peut contrôler de point en point le rapport de Yergniaud et se rendre compte de sa méthode de travail. Comme exactitude, il ne se dément pas; il est toujours le même, c'est-à-dire d'une précision mathématique , absolue , il écrit comme il parle, sur pièces. Aussi son exposé est net, lumineux, tout en faits ot sans phrase, les mémoires des parties confirment ce qu'il a avancé : ils n'apprennent rien de nouveau par cette raison qu'il n'avait omis rien d'essentiel ; à part quelques considérations générales sur la position et l'histoire de l'île, écrites avec une certaine élégance, le style est très simple, il court droit à son but. C'est un rapport d'affaires bien fait et soigneusement élaboré, car il ne contient pas de ratures, ce qui attesterait ou une mise au net ou une extrême facilité de plume.

L'isle de Tabago *, destinée par sa position à être un entrepôt pour les Antilles et les États-Unis, garantie des ouragans par ses bois, arrosée par plusieurs rivières, 1 .'che aujourdhuy des productions de nos autres colo-

* Tabaco ou Tabago, lie des Antilles; douze lieues de long sur quatre «'t demie de lar^e. Le tabac y fut découvert en 1560. 8,400 habitants mélangés. Scarborough, capitale, située à dix lieues, sud de la Barbade. Long. 63,9, lat. H, 6. {Dictionnaire gcographiqtte do Vosgien).

Sur les troubles survenus à Tabago pendant la Révolution, voyez la discussion du 27 juin 1700, Moniteur du l*^' juillet, et un exposé très long de M. Alquier; Moniteur du 10 février 1791.

106 VERGNIAUD A l'aSSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

nies ^ où l'on trouve même quelques-unes des épiceries orientales, étoit, il y a trente ans, un désert oii la nature n'annonçoit sa fécondité que par de vastes forêts.

Abandonnée par ses premiers habitants, ensuite successivement occupée par les HoUandois, les Anglois, les François, le traité de paix de 1763 parut en assurer la possession à l'Angleterre 2.

Alors l'industrie humaine commença à seconder la puissance végétative du sol. Un grand nombre d' Anglois se transportèrent dans l'isle. Des défrichements furent entrepris et les travaux couronnés par les plus heureux succès.

Les nouveaux colons tenoient aux plus riches maisons de commerce et de banque de l'Angleterre par les liens du sang et de l'amitié, et par des relations commerciales. Ils en avoient reçu de puissans secours pour l'acquisition et le défrichement des terrains de l'isle. Ils hypothéquèrent leurs nouvelles propriétés au payement de leurs créanciers ou plutôt de leurs bienfaiteurs.

Ces contrats d'hypothèque s^appellent, en Angleterre, contrats de mort-cjage.

Ils difTèrent essentiellement de l'hypothèque françoise, en ce qu'ils contiennent le transport de l'immeuble au profit du prêteur.

Mais relativement à l'intérêt, il importe de faire deux observations prises dans les lois angloises,

La première, c'est que les Colonies angloises ont chacune un corps législatif qui, chargé de faire des

1 Nous croyons nous écarter fort peu de la vérité, en affirmant que la Colonie de Tabago produit réellement pour 5 millions de livres de denrées de son sol. — Mémoire sur l'isle de Tabago. 1785. {Archives de la Marine.)

2 Ces détails et ceux qui suivent sont empruntés au Mémoire pour les créanciers

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