SES LETTRES A LA CONVENTION
Lanjuinais est le premier des Députés proscrits qui ait écrit à la Convention au sujet de sa mise en arrestation. Il demande une prompte justice *, il réclame en outre contre le nombre de gendarmes qui ont envahi son domicile ^.
La Convention renvoie au Comité de Salut public
» Lettre du citoyen Lanjuinais de ce jour, par laquelle il annonce son arrestation chez lui, sous la garde de plusieurs gendarmes. Il réclame la justice de l'Assemblée. Renvoyé au Comité de Salut public. Sur la proposition de l'un de ses membres, la Convention Nationale décrète que les députés mis en état d'arrestation dans leur domicile, y seront gardés par un seul gendarme. (Archives nationales, G. II, 400.)
Citoyens Collègues,
Je viens d'être mis en état d'arrestation chez moi. J'aurais pu fuir et me soustraire à l'oppression, mais loin de moi cette pensée... Je vous remercie d'avoir emp6rh<^', peut-être par votre condescendance, de plus grands attentats (\ iolents murmures). Maintenant, je vous en conjure, que le comité de Salut public, après avoir coinmuui«pié aux détenus les faits qu'on n'a i>as encore articulés contre eux et qu'on voudrait leur inijjuter, vous fasse un prompt rapport qui appelle sous la liache de la loi les traîtres, s'il y eu avait parmi vos colîôj^ues, et fasse éclater l'innocence des autres. Fixez uu jour procham pour votre rapjjort. C'est tout l'objet de ma pétition.
{Moniteur du 5 juin, p. 555.) Signé : LANJUINAIS.
* Procès-verbal manuscrit, aux Archives nationales, c. Il, 490.
182 VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI.
sur le premier point, pour faire son rapport sous trois jours, et décide sur le second que les Députés arrêtés seront gardés par un seul gendarme.
Le même jour, Vergniaud avait écrit de son côté, qu'il ne croyait pas pouvoir donner sa démission, mais qu'aussitôt qu'il avait connu le décret d'arrestation, il s'était soumis à la loi. [Moniteur du 5 juin 1793. N° 156, séance de la Convention du 3.)
Le Moniteur supprime la lettre, le Journal des Débats et des Décrets la mutile et n'en donne que vingt lignes (p. 39, juin 1793). Pour la trouver entière, il faut recourir au Républicain français^ qui en publie le texte intact (n° du 5 juin, p. 820). On comprend alors le silence du Moniteur et les mutilations du Journal officiel. La lettre de Yergniaud est d^une grandeur touchante et d'une beauté morale incomparable, pas une plainte et pas une phrase. Sous le coup d'un traitement aussi indigne, qui nous révolte encore malgré le temps écoulé depuis ces événements, il ne songe pas à sa personne, il ne voit que la guerre civile près d'éclater. S'il parle de lui, c'est pour protester du culte qu'il a voué au Peuple, des vœux qu'il forme pour son bonheur ! L'homme se peint dans ces mots, par cette pensée qui retentit sans cesse dans ses écrits ou ses discours. Et le trait final prouve que, malgré la mansuétude répandue dans ses paroles, il ne se dissimulait pas que ce n'était point à son caractère de Député qu'on avait attenté, mais qu'on allait plus loin, et qu'au fond c'était à sa vie qu'on en voulait.
VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI. 183