‹ VergniaudChapitre 43 sur 113 · TROISIÈME LETTRE A I,A CONVENTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE A I,A CONVENTION

Au citoyen Président de ta Convention Nationale^ à Paris.

Paris, 16 juin 1793, l'an II de la République.

Citoyen Président, En attendant que la Convention fasse faire un rapport sur

i94 VERGNIAUD EN ÉTAT D ARRESTATION CHEZ LUI.

les membres dénoncés, je réclame la même permission qu'elle a accordée hier à un de mes collègues*, celle de sortir avec mon garde.

Au pied de la lettre est la copie du décret ci-dessous, C. II, carton 73, p. 520.

16 Juin.

La Convention Nationalle, après avoir entendu la lecture de la lettre du citoïen Vergniaud, l'un de ses membres, décrète que la demande qu'il a faite de pouvoir sortir accompagné de son garde, luy est accordée.

Bon à expédier.

P. -A. Galon.

(C. II, carton 73, p. 503.)

Vergniaud, député du département de la Gironde, à Barrer e et à Robert Lindet, Membres du Comité de Salut public de la Convention Nationale.

Paris, le 28 juin 1793, l'an deuxième de la République française.

Hommes qui vendez lâchement vos consciences et le bonheur de la République pour conserver une popularité qui voua échappe, et acquérir une célébrité qui vous fuit !

Vous peignez dans vos rapports les Représentants du Peuple, illégalement arrêtés, comme des factieux et des instigateurs de guerre civile.

Je vous dénonce à mon tour à la France comme des imposteurs et des assassins.

Et je vais prouver ma dénonciation :

Vous êtes des imposteurs, car si vous pensiez que les

1 Birotteau, qui avait demandé la permission de sortir de sa maison, où il était détenu par le décret du 2 juin, la Convention lui avait accordé sa demande, à la condition de se faire accompagner par le gendarme chargé de sa garde (Décret du 15 juin 1793).

VËRGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI. 195

Membres que vous accusez fussent coupables, vous auriez déjà fait un rapport et sollicité contre eux un décret d'accusation, qui flatteroit tant votre haîne et la fureur de leurs ennemis.

Vous êtes des assassins ; car n'osant les traduire devant les Tribunaux oîi vous savez que leur justification seroit éclatante et vous couvriroit d'infamie , vous les tenez par un silence et par des rapports également calomniateurs, sous le poids des plus odieux soupçons et sous la hache des vengeances populaires.

Vous êtes des imposteurs ; car, si ce que vous dites, si ce que vous avez à dire étoit la vérité, vous ne redouteriez pas de les rappeler pour entendre les raports qui les intéressent, et de les attaquer en présence.

Vous êtes des assassins; car vous ne savez les frapper que par derrierre : vous ne les accusez pas devant les Tribunaux où la Loi leur accorderoit la parole pour se défendre : vous ne savez les insulter qu'à la Tribune, après les en avoir écartés par la violence, et lorsqu'ils ne peuvent plus y monter pour vous confondre.

Vous êtes des imposteurs ; car vous les accusez d'exciter dans la République des troubles que vous seuls et quelques autres Membres dominateurs de votre Comité, assez fomentés.

Oui, vous seuls.

1° En trompant les Départements sur ce qui se passe à Paris, et Paris surtout sur ce qui se passe dans les Départements.

2° En révoltant et inquiétant Paris et les Départements par la violation la plus audacieuse du secret de la correspondance.

3° En ne faisant pas, sur les Membres accusés, le raport que vous deviez faire dans trois jours.

En effet, ce n'est pas dans l'intérêt de ces Membres accusés qu'un grand nombre de Départements s'insurgent. C'est dans l'intérêt de la représentation nationale qui a été \i()16e.

Un prompt rapport auroit prévenu tout mouvement. Son

196 VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI.

résultat eût été, ou la preuve de la trahison des membres accusés, ou la preuve de leur innocence.

Au premier cas, leur punition eût été demandée par tous les départements.

Au second, leur rappel à leurs fonctions eût été maintenu.

Vous n'avez pas voulu faire le rapport. Donc, s'il y a des troubles dans les départements, c'est à vous seuls qu'il les faut imputer.

Vous êtes des assassins; caries motifs pour lesquels vous n'avez point fait de rapport, sont connus. Les voici :

Les membres inculpés n'ont encouru d'autre reproche que celui de n'avoir pas été de votre avis dans plusieurs occasions, par exemple, lorsque vous avez voulu créer une armée révolutionnaire; et s\ c'est là un crime, hâtez-vous de mettre en état d'arrestation les sections et les canonniers de Paris qui ont eu l'audace de heurter votre volonté et de contrarier vos projets.

Je reprends; vous n'aviez aucune inculpation fondée à présenter contre les membres dénoncés ; Vous avez dit :

Si nous faisons sur-le-champ un rapport, il faut proclamer leur innocence et les rappeler.

Mais alors, qu'est-ce que notre révolution du trente-un Mai?

Que dirons-nous au peuple et aux hommes, dont nous nous sommes servis pour la mettre en mouvement?

Comment, dans le sein de la Convention, soutiendronsnous la présence de nos victimes?

Si nous ne faisons point de rapport, l'indignation soulèvera plusieurs départements contre nous. Eh bien ! nous traiterons cette insurrection de rébellion. Il ne sera plus question de celle que nous avons excitée à Paris, ni de justifier ses motifs.

L'insurrection des départements qui ne sera que le résultat de notre conduite, nous en accuserons les hommes que nous avons si cruellement persécutés.

VERGNIAUD EX ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI. 197

Leur crime, ce sera la haîne que nous aurons méritée, en foulant aux pieds pour mieux les opprimer, et les droits des représentants du peuple, et ceux môme de l'humanité.

Lâches! voilà vos perfides combinaisons.

Ma vie peut être en votre puissance.

Vous avez dans les dilapidations effrayantes du ministère de la guerre, pour lesquelles vous vous montrez si indulgents, une liste civile qui vous fournit les moyens de combiner de nouveaux mouvements et de nouvelles atrocités.

Mon cœur est prêt : il brave le fer des assassins et celui des bourreaux.

Ma mort seroit le dernier crime de nos modernes décemvirs.

Loin de la craindre, je la souhaite : bientôt le peuple, éclairé par elle, se délivreroit enfin de leur horrible tyrannie.

L'authenticité de la lettre de Vergniaud à Barere et à Robert Lindet n'est pas contestée. Elle est tout à fait dans sa manière et dans son style. Nous avons d'ailleurs retrouvé une lettre de la veuve de Gorsas qui la signale comme devant être mise au nombre « des lumineux écrits laissés par les martyrs de la liberté (Voyez Charlotte de Corday et les Girondins, p. 768 ; lettre de la citoyenne Gorsas à la citoyenne Guadet, du 13 ventôse an III, 3 mars 179o). Elle se proposait de la comprendre dans cette réimpression, et elle la publia en effet; Paris, imprimerie de Robert, rue des Boucheries- Saint-IIonoré, in-8'' (Bibl. nat., L. b*', n° 714). Cependant on se demande comment une pièce aussi énergique contre deux membres du Comité de Salut public a pu paraître à Paris en juin 1793. Quel imprimeur, quel libraire a voulu en assumer la responsabilité *. Peut-

1 Beanlieo, après avoir rapporté la lettre de Vergniaud à Barere

198 VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI.

être était-elle destinée au contraire à être envoyée en province, dans les pays qui avaient embrassé la cause des proscrits. Ce qui nous le ferait croire, c'est que nous n'avons trouvé la lettre en question dans aucun journal, dans aucun recueil parisien. Cependant nous en avons rencontré une reproduction dans les n°' 2 et 3 du Bulletin des Autorités constituées réunies à Caen, 30 juin 1793, et une autre aux Archives nationales, venant de Nîmes; de l'imprimerie nationale de J. Gaude, imprimeur du département du Gard, 1793. Elle porte au dos l'annotation suivante écrite à la main.

Nota. — Cette pièce a été suspendue quand on a su que l'armée avait évacué de la citadelle du Saint-Esprit et que l'armée allobrogienne marchait avec les rebelles de Nismes. (N° 36, registre n° 1883; A. F., II, 46.)

Peut-être est-ce à cette lettre qu'il est fait allusion dans le procès des Girondins devant le Tribunal révolutionnaire, p. 248.

Vergniaud. — Depuis mon arrestation, j'ai écrit plusieurs fois à Bordeaux; dire que dans ces lettres je fis l'éloge de la journée du 31 seroit une lâcheté; je n'ai pas voulu soulever mon pays en ma faveur, j'ai fait le sacrifice de ma personne.

et à Robert Lindet, dans son Histoire de la Révolution de France, t. V, p. 45, ajoute :

Cette lettre est sans contredit d'un homme courageux, et un pareil dévouement sera toujours honorable. Mais il faut dire en môme temps que les effets n'en pouvaieut être que funestes, non-seulement pour son auteur, c'est ce qu'il ne redoutait pas, mais à ses amis, mais à tous ceux qui avaient hautement professé ses principes, etc.

VERGNIAUD EN ÉTAT d' ARRESTATION CHEZ LUI. 199

Ici commence une série de discussions portées à la tribune au sujet des députés placés en arrestation chez eux. Au milieu des réclamations courageuses de leurs amis, des dénonciations envenimées de leurs ennemis, les passions vont toujours en s'exaltant, et la simple mise aux arrêts finit par être transformée en captivité véritable.

C'est surtout contre Vergniaud que sont dirigées les attaques de la Montagne. On le représente sans cesse comme ayant cherché à corrompre ses gardes, ayant voulu s'évader. Il répond en restant volontairement au pouvoir de ses bourreaux, en homme qui, suivant sa propre expression, a fait le sacrifice de sa personne.

Séance de la Convention du lundi 24 juin 1793 {Mo- 7iiteur du 21, n° 178) :

Ducos. — Un des députés détenus, Vergniaud, a écrit ce matin une lettre dans laquelle il réclame la justice de la Convention Nationale contre le décret qui le constitue au secret avant qu'un rapport ait été entendu sur son affaire. La paix de la République tient à ce qu'il le soit promptement ; mais il est contre toutes les formes, contre toutes les règles de justice, de décréter que des hommes qui sont restés chez eux en état d'arrestation, contre lesquels il n'y a aucun acte d'accusation, aucune inculpation, seront mis au secret. Il serait beaucoup plus juste de les décréter d'accusation. (Des murmures s'élèvent.) Citoyens, je remplis un rôle honorable. {Une voix à gauche. — Un rôle de complice ! — D'autres noix. — La Constitution ! L'ordre du jour!)

Séance du 24 juin {Républicain français du 25) :

Amar présente un projet de décret dans lequel il propose de faire traduire dans les maisons nationales les membres détenus dans leurs domiciles.

DtACOS, — Je pense que les mesures qui viennent d'être

proposées à la Convention sont injurieuses pour elle et vexatoires pour ceux de ses membres qui en sont l'objet. On annonce que quelques détenus, informés du redoublement de rigueur déployé contre eux, viennent de s'y soustraire*. Mais, citoyens, ceux qui sont encore dans leur domicile avoient les mêmes moyens de s'y soustraire, et en y restant ils ont prouvé leur intention bien formelle de demeurer soumis à la loi. (Des murmures s'élèvent.) Un d'eux à écrit ce matin, vous demandoit un rapport et prouvoit qu'il n'étoit pas dans l'intention de fuir. Je pense que la précaution nouvelle qu'on vous propose est superflue, que ceux qui sont en état d'arrestation n'y sont que parce qu'ils l'ont bien voulu. Je demande que vous entendiez sous trois heures un rapport qui devoit l'être sous trois jours... Car enfin sur qui voulezvous que l'opinion publique se repose? La laisserez-vous perpétuellement fluctuante, incertaine. Je demande la question préalable sur le décret et demain un rapport sur les membres détenus.

Robespierre aîné, — Quoi, il existe encore des hommes qui feignent d'ignorer, de douter des faits que la France entière connaît... quoi, c'est au moment oij les brigands de la Vendée ravagent nos départements que l'audace de leurs comphces s'éveille dans notre sein et que nous entendons dans cette enceinte les cris de ces révoltes ! On a dit qu'on demandoit un rapport pour vous-mêmes. (Plusieurs voix à droite. — Oui, pour nous, pour la France entière.)

» Mémoires de Petion, p. J26 :

Le lendemain de l'arrivée de Brissot à Paris, le boucher Legendre annonce avec une joie féroce la prise de cette victime, demande le décret d'accusation contre Brissot, demande en même temps que nos gardes soient doublées, qu'on nous refuse toute communication, même avec nos femmes, qu'on nous refuse plume, papier et encre. Il ne manquoit que de nous jeter dans le fond des cachots... Les fers des détenus sont légalement resserrés sans motifs, sans prétexte, uniquement par le caprice des tyrans... Mes amis viennent de me prévenir de ce décret et me conjurent de sortir à l'instant de chez moi. « Il n'y a plus, me disent-ils, à balancer; il est évident que les scélérats veulent vous assassiner. Il faut échapper aux poignards. Soyez bien convaincu que votre mort ne sauvera pas notre pays. Tous vos collègues proscrits vont en faire autant. Lanjuinais est parti, Guadet est parti, Gensonné et Vergniaud vont partir. Dépêchez-vous, ne perdez pas un instant.

VERGMAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI. 201

Quoi! citoyens, on met en parallèle la Convention Nationale et une poignée de conspirateurs. (Les tribunes applaudissent.)

... Oui, le rapport sera fait, il sera énergique, complet, car il comprendra tous leurs crimes; mais il faut réunir toutes les pièces, toutes les preuves, tous les faits. Les preuves, nous n'en avons pas besoin, mais du moins elles réduiront les complices au silence.

Il conclut à l'adoption du décret.

Séance de la Convention du mardi 25 juin, au soir {Moniteur du 27, n° 178) :

Drouel. — Des hommes qui nous ont souvent juré qu'ils mourraient à leur poste viennent de prouver quelle foi on doit ajouter à leurs serments. Ces hommes ont employé les moyens les plus bas pour se soustraire à vos décrets. Hier, vous avez appris que l'un d'eux avoit abusé de la confiance de son garde pour s'évader. Aujourd'hui un autre a usé de moyens plus bas.

Vergniaud a tenté de corrompre son garde en lui offrant 150 livres. Ce gendarme a refusé toutes les offres de Vergniaud ; celui-ci n'a pas désespéré ; le soir il a enivré ses gardes et a profité de l'instant où ils avaient perdu la raison pour s'échapper. S'il a été dans votre intention de tenir ces hommes en état d'arrestation, vous devez prendre une mesure de sûreté générale. Vous avez décrété que le Ministre de l'Intérieur indiquerait une maison nationale où seraient transférés les détenus ; le Ministre n'en a rien fait. Je demande que ceux qui n'ont pas encore violé la loi soient enfermés à l'Abbaye. (On applaudit.)

Robespierre aîné, — Il me semble que nous nous occupons beaucoup trop de ces misérables individus. Je sais bien qu'ils voudraient que la République ne pensât qu'à eux seuls, mais lu République ne s'occupe que de la liberté. Je crois que le meilleur parti à prendre, en attendant que les preuves de leurs crimes soient acquises, non pour nous convaincre de leurs trahisons, mais pour fournir des matériaux à l'histoire,

202 VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI.

c'est de prendre des mesures pour sauver la République et la retirer du bord du précipice où ils l'ont entraînée...

L'intention de nos ennemis est de rallumer la guerre civile dans cette assemblée; on voudrait que la Convention présentât le spectacle des divisions qui déchirent la France. Tel est le motif de cette affectation à demander que vous vous occupiez de ces misérables individus, qui, quoique frappés par la loi, lèvent l'étendard de la révolte..

On veut hâter le rapport afin qu'on ne puisse présenter des faits détachés, suffisants sans doute pour les démontrer criminels, mais non propres à offrir l'importance d'une conjuration tramée pendant plusieurs années. On veut vous entretenir de quelques scélérats, tandis que l'intérêt seul, le grand intérêt de la République, doit fixer votre attention.

Je demande que, sans avoir égard au décret surpris par des hommes qui devaient garder le silence, vous preniez des mesures pour écraser leurs complices de la Vendée. N'est-ce pas insulter la Convention que de lui parler en faveur des Vergniaud, des Brissot, lorsqu'on leur prépare les moyens de fuir? Laissons ces misérables avec les remords qui les poursuivent. Que la Convention se rappelle qu'elle doit lutter contre tous les ennemis de la liberté pour les anéantir, qu'elle continue d'être populaire, d'être révolutionnaire.

Je demande le rapport du décret qui demande que demain on fera le rapport sur les détenus et que la Convention s'occupe des grands intérêts de la nation.

... Le décret est rapporté.

Drouet insiste sur la proposition. Elle est décrétée.

Séance du lendemain :

Fonfrède. — On vous a dit hier soir que Vergniaud avait pris la fuite. Ce fait est faux; Vergniaud est chez lui, il attend qu'on l'emprisonne.

Couthon. — J'observe àDucos que le jour où le bruit courait que Vergniaud s'était évadé, il (Ducos) vint au Comité de Salut public et nous dit que Vergniaud était sorti avec son garde; que celui-ci lui observa que s'il voulait s'échapper, il ne pourrait guère l'en empêcher.

Vergniaud lui répondit : a Je suis sorti de chez moi parce que je crains pour mes jours; mais si je m'échappais, je vous indemniserais. »

Ducos ajoute que cette ingénuité prouvait que l'intention de Vergniaud était de rester.

Je dis à Ducos que je pensais autrement que lui, et que je regardais Vergniaud comme ayant cherché à tromper son garde.

Ducos. — Couthon aurait dû se rappeler que ce que je lui ai dit, relativement à Vergniaud, n'était pas tel qu'il l'a rapporté; le garde de Vergniaud lui témoignant ses inquiétudes sur la possibilité où il était de s'évader s'il le voulait, il lui répondit : « Vous craignez que je m'échappe ; mais si je l'avais voulu j'en aurais eu dix fois l'occasion. »

Lacroix. — Vous n'avez pas dit cela.

Couthon. — J'observe à Ducos que je n'en impose jamais sur des faits, surtout lorsqu'ils peuvent décider du sort d'un de nos collègues, et je l'interpelle de répondre s'il ne m'a pas tenu ce propos. Vergniaud a dit à son garde :

« Si je m'en allais, soyez sûr que je vous récompenserais des peines que je vous aurais causées. »

Ducos. — J'ai dit à Couthon que Vergniaud m'avait témoigné la surprise de ce qu'on avait mal interprété un propos qu'il avait tenu à son garde.

Ce propos était qu'il lui avait dit, que s'il voulait s'évader, il le dédommagerait des peines qu'il lui causerait; mais, ajouta-t-il, je ne veux point m'échapper, si je l'avais voulu j'en aurais trouvé le moyen.

On demande l'ordre du jour. Il est décrété.

Ducos. — J'avais la parole pour demander qu'avant d*être décrétés d'accusation les détenus qui sont ici soient entendus.

Fonfrède. — Je demande que la discussion sur le rapport de Saint-Just s'ouvre trois jours après l'impression des pièces.

204 VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI.

Séance du lundi 8 juillet [Moniteur du 10).

Saint-Just, au nom du Comité de Salut public, fait son rapport sur les trente-deux membres de la Convention mis en état d'arrestation.

Le Moniteur en donne une légère esquisse, se réservant de reproduire plus tard le texte même du rapport. La conclusion était celle-ci :

ce La Convention déclare traîtres à la patrie Buzot, Barbaroux, etc., et tous ceux qui ont pris la fuite pour se soustraire au décret d'arrestation porté contre eux le 2 juin.

c( Il y a lieu à accusation contre Gensonné, Guadet, Vergniaud, Birotteau, prévenus de complicité dans ces complots. »

Drouet. — Citoyens, vous vous ressouvenez que j'ai annoncé, il y a quelques jours, la fuite de Vergniaud ; cependant le lendemain son ami Fonfrède est venu vous annoncer le contraire et vous dire que "Vergniaud n'était pas sorti de Paris : je le crois, mais il est de fait qu'après avoir trompé la vigilance de son garde, Vergniaud est sorti de chez lui ; sans doute, désespérant de sortir aussi facilement de Paris, il s'est déterminé à rentrer, mais toujours son intention était de se soustraire à l'exécution de vos décrets.

Je demande que Vergniaud s'oit traité comme s'il s'était échappé, et qu'il soit déclaré traître à la patrie.

Ducos. — Avant de parler sur l'objet pour lequel j'avais demandé la parole, je dois répondre à Drouet.

Usant de la permission que lui accordait votre décret, Vergniaud est plusieurs fois sorti de chez lui accompagné de son garde, le jour où vous décrétâtes que les détenus ne pourraient communiquer avec personne, Vergniaud était sorti, mais son garde l'accompagnait, voici le fait.

VERGNIAUD EN ÉTAT d'aRRESTATION CHEZ LUI. 205

Page 1