A LA FORCE
de ses démarches; il veut qu'on ne cesse d'y aller, jusqu'à ce que la Convention ait sauvé la patrie. Les demandes que devra former la députation sont : Prompt jugement des conspirateurs de tout genre, etc. (Société des Jacobins, séance du 9 septembre 1793 ; Moniteur du 14.)
Le transfèrement réel n'eut lieu qu'un mois plus tard, le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793), ainsi qu'il résulte de la mention suivante qui se trouvait sur les rei^istres d'écrou de la Force :
Le citoyen Vergniaud, ci à coté, a été extrait de la présente maison d'Arrêt pour être conduit à la Conciergerie, en vertu d'un jugement rendu par le Tribunal Révolutionnaire en datte du quatrième du présent mois et à la requête du C.
Accusateur public près le dit Tribunal, par nous huissier audiencier au dit Tribunal soussigné.
Le 6 octobre 1793, l'an II de la République, une et indivisible.
Signé : Tappier.
On a recueilli le dernier mot de Vergniaud, en sortant de la Force. Il est rapporté par l'auteur inconnu d'une relation insérée dans le Tableau des Prisons de Paris (t. II, p. 61).
Vergniaud, le Cicéron de la Gironde, et Valazé, le plus froidement détermin('', nous (juittèrent pour aller ù la Conciergerie. « Si on nous permet de parler, nous nous reverrons, nous dirent-ils en {)artant : sinon, adieu pour toujoui*s.» On décréta que la conscience de^ jurés étoit suffisamment éclairée, ci ils périrent sans être i-nfendii<i.
Dudit jour 6 octobre 1793,
L'au Deuxième de la République, Une et Indivisible.
Le nommé Vergniaud, prévenu de conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la République, a été extrait de la maison d'Arrêt dite la Grande Force, et écroué et recommandé sur le présent registre, en vertu d'un Jugement rendu par le Tribunal Criminel Révolutionnaire en datte du quatriï du présent mois ;
Pour, par le dit Vergniaud, rester en cette maison comme Maison de Justice, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par le dit Tribunal, par nous huissier audiencier au dit Tribunal, soussigné, et l'avons laissé à la garde du citoyen BauU, concierge de la dite Maison de Justice de céans, lequel s'en est chargé pour le représenter à toutes réquisitions, comme dépositaire judiciaire, et au dit Vergniaud, parlant à sa personne, entre les deux guichets, laissi' C(^pi<' du Décret d'Accusation, dudit jugement et du préseiiL
Une lettre de Valazé à sa femme, datée du lendemain, nous donne quel<|ucs détails sur cette translation.
A la cUoyenne Valazé, place d'Armes, à Alençon.
Le 7 octobre, an II de la République.
Amie,
Hier, à quatre heures et demie, après-midi, on est venu me ciiercher à la prison de la Force et on m'a transféré à la Conciergerie. J'y suis logé avec Vergniaud, Ducos et Fonfrède... Je suis donc aussi bien qu'on peut titre.
Voyez le Cabinet historique, livraison d'octobre, 1856, p. 259.
Vergniaud était entré à la Conciergerie le 6 octobre, le 18 il est interrogé par Dumas.
Nous détachons du procès des Girondins cet interrogatoire, otil'on voit aux prises ce que la nature humaine a produit de plus grand et de plus noble, avec ce qu'elle a enfanté de plus bas et de plus vil; celui qu'on a nommé l'Aigle de la Gironde avec celui qu'on a appelé le Laubardemont du Tribunal Révolutionnaire, Vergniaud et Diimas.
Nous ne voulons pas anticiper sur les impressions que peut causer cette lecture : mais il est bon de savoir que les réponses de l'illustre accusé ne sont pas textuellement reproduites et qu'elles ont subi la révision de l'interrogateur, c'est lui-même qui le dit en ces termes :
(( Et attendu que nous n'avons voulu inscrire des développements qui nous ont paru ne devoir pas appartenir à un interrogatoire, il (l'accusé Vergniaud) a dit que ce n'étoit pas là toute sa réponse. »
C'est ainsi qu'on fermera la bouche à M"'^ Roland ! On accusait des hommes politiques pour leurs pensées, pour leurs intentions, pour leurs discours, contrairement à tout espèce de droit, et quand ils voulaient entrer dans les détails que comportent ces sortes d'incriminations,
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on leur coupait la parole sous prétexte qu'un interroj^atoire n'admet pas de développements ' ! Soit, alors si vous ne voulez pas que la réponse soit longue, ne faites pas de questions qui comportent toute une revue rétrospective du passé, n'intentez pas d'accusations capitales basées sur des subtilités métaphysiques, sur une prétendue conspiration, non pas contre la République, mais contre son unité et son indivisibilité - !
» Robespierre lui-même a dit et fort bien dit :
« Quoi! l'on voudrait quf je réduisisse ma justification à ces termes simples : je n'ai point proposé la dictature et le triumvirat. Non, je prétends conserver le droit de me justifier par tous les moyens qui sont en mon pouvoir : La meillklre RitiPONSK a dk vagues accusations EST DE prouver QU'OiN A TOUJOURS FAIT DES ACTES CONTRAIRES.»
* Un passage des Révolutions de Paris prouve à quel degré d'aberration ces accusations insensées étaient parvenues. Voyez volume XXXIV, n° 213, p. 148. Le journal de Prudhomme raconte l'exécution des 21, et il termine ainsi son compte-rendu :
« Plusieurs aussi, au pied de la guillotine, chantèrent en s'embrassautce refrain si connu :
Plutôt la mort que l'esclavage, C'est la devise des Français.
«< Les misérables vouloient-ils par là insulter aux mesures révolutionnaires, sans lesquelles ils braveroient encore Vunité et Yindivisihilité de la Ré|)uhlique?
« On a fait a ce propos uno remarque qui a son prix : c'est que de toutes les lettres qn'ou lut à l'auilieiice signées (reiix, aucune d'elles ne dataient de l'an (hnixij'inc do la Uf'publi(|ue, une et indivmhle; elles s'arrêtent tout court au mot Rt''|»ubli<pie, sans doute la République de Brissot, de (Jorsas, de Verguiaud, de Sillery. »
C'est à Chabot et aux Jacobins que revient l'honneur d'avoir mis en circulation cette formule, inoffensive en elle-même, mais aussi atroce que ridicule i^ir l'abus qui en fut fait pendant la Terreur.