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CHAPITRE XIV

DEVANT LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

l'interrogatoire 11 LES 21 : UN SYMBOLE || l'aCTE D'aCCUSA- TION H COMPTES RENDUS MAQUILLÉS || PLAIDANT L'ESPÈCE |i RÉPONSES DE VERGNIAUD |i MANUSCRIT DE SA DÉFENSE H ÉCHO DE SES RÉPLIQUES ET PRÉCAUTIONS POLICIÈRES |j LE BÂILLON DE ROBESPIERRE II MANIFESTATIONS DES CONDAMNÉS.

LE 17 octobre, Vergniaud subissait l'interrogatoire du « Laubardemont du Tribunal révolutionnaire », le vicieux et intrigant Dumas « le rouge », qui en était le vice-président, souvent aviné. Les questions, insir dieusement posées, étaient suggérées directement par le rapport qu'Amar avait fait, le 3 octobre, au nom du Comité de sûreté générale, à la Convention qui l'avait adopté et transformé en décret d'accusation. Les principales réponses de Vergniaud furent les suivantes, en substance. Il avait vu quelquefois Dumouriez chez lui. Il en avait accepté une invitation pour le lendemain du jour de sa nomination au ministère, mais en le prévenant que « c'était la dernière fois qu'il voulait le voir, pendant qu'il serait ministre ». Il avait enfin soupe en sa compagnie et celle de beaucoup d'autres personnes, une fois, chez Talma; mais leurs relations s'étaient bornées là. Celles avec la cour avaient consisté uniquement à adresser à Boze une lettre, signée en tiers avec Gensonné et Guadet, et dont il n'avait appris le sort que par la dénonciation même de Gasparin.

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Il n'avait pas pris part au projet d'appeler à Paris une force départementale; « ce n'était même pas son opinion ». Il reconnaissait qu'il avait écrit deux lettres à la société séante aux Récollets, à Bordeaux, qu'il était bien dit aux hommes de la Gironde de se lever, mais pour la réunion à la Convention, non pour la rébellion, qu'au reste le vrai sens de cet appel était donné par la suite du texte. En effet, après cette apostrophe réitérée : Hommes de la Gironde, levez-voiis !i\ y était dit, comme on l'a vu : « Vous forcerez à la paix les hommes qui proposent la guerre civile». Enfin, au reproche d'avoir accusé, dans sa lettre du 12 août, une partie de la Convention, il avait opposé cette noble et émouvante réponse : « Je me plains et n'accuse pas ».

Il ressort d'ailleurs du texte même de l'interrogatoire que les réponses de l'accusé furent tronquées, notamment celle sur les scélérats qui, selon lui, voulaient dissoudre la représentation nationale : <■•' Attendu, écrit en effet Dumas, que notts n'avons pas voulu inscrire des développements qui nous ont paru ne devoir pas appartenir à un interrogatoire, il a dit que ce n'était pas là toute sa réponse ». C'était déjà le bâillon, un avant-goût de ce qu'on lui réservait pour la fin.

A la suite du rapport d'Amar que côtoyait cet interrogatoire et qui étiiit d'ailleurs aussi creux que violent, — mais que la peur fit louer même par la presse modérée et que les Révolutions de Paris appellent « un des monuments les plus précieux pour l'histoire », — dix-neuf Girondins avaient été écroués à la maison d'arrêt de la Conciergerie. Lasource et Sillery restaient, pour cause de maladie, au Luxembourg où on les ramènera, sauf le dernier jour, après chaque audience du procès.

Celui-ci s'ouvrit le 3 brumaire (24 octobre), dans la Grand'Chambre de l'ancien Parlement, dite salle de la Liberté. Elle avait été accommodée à la sévérité du goût révolutionnaire, — avec les bustes de Brutus, de Lepelletier et de Marat, et deux affiches contenant le texte des Droits de l'homme et celui de la Constitution, pour tout ornement.

Cette salle est celle qui, après avoir été ravagée par l'incendie, à la fin de la Commune de 1871, est devenue la première chambre du tribunal civil. Répondirent à l'appel de leur nom et dans l'ordre suivant : Brissot, Vergniaud, Gensonné, Deperret, Carra, Gardien, Valazé, Duprat, Sillery, Fauchet, Ducos, Fonfrède, Lasource, Lesterpt-Beauvais, Duchastel, Minvielle, Lacaze, Lehardi, Boilleau, Antiboul, Viger. A l'exception de Brissot qui, en qualité de principal accusé, était sur la sellette, — un fauteuil de fer, dit le pot, placé sur une estrade à deux marches, — les accusés avaient pris place à droite du tribunal, en face du jury, sur les trois rangs de gradins situés à gauche du fauteuil de l'accusé principal et réservées à ses coaccusés. Quatre de ces députés, Ducos, Duchastel, Fonfrède et Minvielle n'avaient pas trente ans; neuf d'entre eux, Brissot, Gensonné, Gardien, Valazé, Duprat, Lasource, Lehardi, Antiboul, Viger, n'avaient pas dépassé la quarantaine, que Vergniaud venait d'atteindre depuis cinq mois; Lesterpt-Beauvais, Lacaze, Boilleau avaient à peine davantage; Deperret et Fauchet approchaient de la cinquantaine à laquelle était arrivé Carra; le doyen était Sillery, avec ses cinquante-sept ans. Ils étaient vingt et un, comme la fameuse commission qui avait exercé l'interrègne du gouvernement, après le 10 août, et en avait paru la bénéficiaire, pour le plus grand avantage des Girondins et la plus ardente jalousie des Jacobins. Il est à remarquer que, depuis la dénonciation des sections, le 15 avril, on avait toujours tendu à ramener, à une unité près, le même nombre sur les listes successives de proscription des chefs de « la faction ». Le chiffre des vingt et un accusés deviendra même symbolique : nous voyons, dans les Mystères de la Mère de Dieu dévoilés, que la prophétesse de Robespierre fera, d'après Barère, une allégorie du supplice de ces vingt et un, en multipliant « la trinité du pouvoir par les sept dons du Saint-Esprit ».

Ils étaient accusés en bloc de « conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple français ». Le rapport

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d'Amar, pris pour texte de l'accusation, visait à motiver cette inculpation, pour chacun des 2i inculpés, par un long et perfide exposé des faits. Les principaux griefs qui s'y trouvaient articulés, l'étaient dans l'ordre suivant, lequel n a pas été dicté par le souci do la discrimination : la coalition formée par Brissot avec Condorcet et avec plusieurs députés de la Gironde, Gcnsonné, Guadet, Vergniaud, Grangeneuve, Sers, Ducos et autres; — la guerre déclarée à l'Autriche, quand rien n'était prêt pour la faire; — l'opposition à la déchéance du Roi, calculée pour son salut, et les transactions avec lui dont les preuves brillaient, par leur absence même, dans l'armoire de fer expurgée par leur ami Roland ; — le projet d'étouffer au berceau cette république qu'on n'avait pas pu empêcher de naître, lequel était prouvé notamment par l'accueil ^' digne d'un complice» qu'avait fait Vergniaud, le lo août, au tyran hypocrite, et aussi par « l'acte conservatoire de la royauté » qu'avait été la proposition du même complice pour la simple suspension ; — la complicité avec Dumouriez, établie par la mission, auprès du traître, de Carra et du« ci-devant marquis de Sillery, confident déshonoré d'un prince méprisable »; — la conspiration contrerévolutionnaire de la faction, tramée surtout dans les conciliabules nocturnes chez Valazé, qui avait fait passer un mot d'ordre de se rendre armé à la Convention, avec ce postscriptum : « Couard qui s'en dédit /> ; — la brusque déclaration de guerre à l'Angleterre et à la Hollande, perpétrée par le Comité diplomatique, c'est-à-dire par Brissot, puisque son influence y était souveraine; — les infamies et les crimes commis par Dumouriez, avec qui les accusés étaient de connivence ; — la trahison de ce même Dumouriez, combinée avec la révolte de la Vendée, dont « le gouffre se creusa, s'élargit », grâce à cette combinaison; — la conjuration contre Paris, démontrée par le mot atroce d'Isnard : le voyageur étonné cherchera sur quelles rives de la Seine Paris exista^ — le machiavélisme de l'insurrection fédéraliste s'étendant de Lyon à Marseille, du Jura à la Lozère

et de Caen à Bordeaux, tandis que « la Vendée continuait à dévorer les soldats de la République », et que Ducos et Fonfrède, laissés dans la Convention, abusaient de cette indulgence pour alimenter de leur correspondance incendiaire et de leurs intrigues scélérates le foyer de la rébellion ; — enfin leur complicité évidente avec « la fille Corday », cette furie. Au fond, ce dernier grief était le plus grave, dans l'esprit des jurés, témoin cette exclamation de l'un d'eux, applaudie des spectateurs : « J'observe que Marat a été assassiné et que Vergniaud est encore ici », Ainsi c'était surtout la mort de Marat qui devait coûter la vie aux Girondins !

Après la lecture de l'acte d'accusation, faite par le greffier Paris-Fabricius, commencèrent«les dépositions orales», avec les observations intercurrentes des accusés, auxquelles ripostait la meute ardente des Pache, Chaumette, Hébert, Chabot, Léonard Bourdon et autres témoins à charge de même acabit. On a dit, avec sévérité, en généralisant l'attitude écœurante d'un Boilleau ou d'un Gardien, que les Girondins s'étaient chargés l'un l'autre à l'envi, pour se décharger individuellement. On s'est acharné à présenter comme une lâcheté ce manque de solidarité devant leurs accusateurs. D'abord, ce reproche apparaît singulièrement exagéré, en regard même des textes, toute tendancieuse qu'en ait été la rédaction. On le soutient d'ordinaire par des citations écourtées, dont plusieurs forment un trompc-l'œil. Mais celui-ci se dissipe, si l'on porte un regard plus attentif sur le contexte qui remet les faits au point de perspective. Nous n'avons d'ailleurs qu'un résumé, — et combien suspect! — des réponses ou interpellations des accusés, au cours des questions et assertions de leurs accusateurs, qui se dressaient de tous côtés, depuis le fauteuil du président jusqu'au banc des jurés, en passant par les témoins, outre l'accusateur public. On est donc forcé de prendre texte du compte rendu officieux qui nous reste des débats, à savoir celui des numéros 34 à 64, 2^ partie, du Bulletin du Tribunal révolutionnaire, dont la brochure intitulée le Procès de

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J.'B. Brissot et ses complices n'est que la reproduction et faite par le même imprimeur, Clément. Mais il faudrait se souvenir au moins que ce compte rendu, — traité d' « atroce libelle » par Buzot qui se récrie : <( Les scélérats! Porter ainsi leur rage sur la mémoire des morts !» — a été maquillé, tout comme l'avaient été les procès-verbaux du 31 mai et du 2 juin. Oublie-t-on que, le soir de la cinquième audience, trouvant IcBulletin^r dirigé par des malveillants », Hébert et autres vinrent en signaler le rédacteur au club des Jacobins et que celui-ci le dénonça, séance tenante, au Comité de sûreté générale où Clément dut être dès lors stylé comme il fallait?

Pourquoi d'ailleurs, s'obstinant à considérer les Girondins, si indisciplinés, comme un parti unifié, vouloir qu'ils prissent devant le Tribunal révolutionnaire une attitude de solidarité qu'ils n'avaient jamais eue, ni dans leurs discours, ni dans leurs votes? Pourquoi faire ainsi le jeu de leurs accusateurs, alors que, sans être contredit, Gensonné, par exemple, leur répliquait : « La seule occasion dans laquelle j'ai été d'identité d'opinion avec mes collègues, c'est sur l'appel au peuple, dans le jugement du ci-devant Roi ; et cependant, parmi nous, il y en a qui ont voté pour la mort, d'autres pour la réclusion du tyran »? De son côté, Ducos se proposait de leur objecter, comme nous l'avons déjà fait observer et comme en témoigne le manuscrit de son projet de défense : « Il faut voir notre vote, dans toutes les questions, pour juger si nous avons été coalisés ! » Mais c'est surtout dans le projet de défense de Vergniaud — lequel, au témoignage de Brissot, avait *?: cette insouciance qui accompagne le talent et le fait aller seul », — qu'on doit noter avec quelle énergie et par quels faits il repousse cette conception robespierriste et maratiste du groupement Girondin. Elle fut surtout le fait de ceux qui accusaient « les Girondins et les Brissotins » devant le Tribunal révolutionnaire, y faisant ainsi écho aux invectives de Robespierre contre « la faction girondine » et aux sarcasmes de

Marat contre « les hommes d'État ». Elle devient, chez ceux qui la partagent, une sorte de complicité — bien impitoyable ! — avec la férocité des Chabot et des Hébert ou, au moins, une grave erreur de perspective historique.

Devant ce bloc d'accusations dont on cherchait à les accabler, en les rendant tous solidairement responsables des charges diverses articulées contre tel ou tel d'entre eux, — grâce à ce cynique procédé de « l'amalgame » qu'on renouvellera contre Danton et autres, pour faire fournée, — ces avocats, ces juristes, par une sorte de geste professionnel, invoquaient l'espèce, afin de prendre, chacun pour soi, la parade individuelle. En vertu de quel pacte secret ou de quelle manifestation publique, dans leur passé, leur reproche- t-on, à présent, comme une lâcheté l'exercice de ce droit de discrimination qui est imprescriptible, en fait et en droit?

Alors Vergniaud, par exemple, aurait dû pousser, l'abnégation jusqu'à ne pas riposter en ces termes à la déposition creuse et fielleuse de Pache : « La déposition du témoin se renferme dans un vague tel qu'il est impossible d'y répondre d'une manière positive, cependant je vais essayer de le faire. Si le témoin était juré, je conçois qu'il pourrait s'exprimer ainsi ; mais il ne l'est pas et, comme témoin, il doit articuler des faits à preuves matérielles et non à conviction. II a dit : i°Oue la faction avait voté pour l'établissement de la force départementale, et il en a tiré la conséquence qu'elle voulait fédéraliser la République. Ceci s'adresse à tous les accusés; les uns ont voté pour cette force, les autres contre, et j'étais de ce nombre : ainsi ce fait ne peut in' être imputé. 2" Que la plus grande protection avait été accordée à Dumouriez. Cette accusation portet-elle sur tous les accusés? ]e l'ignore. Quant à moi, je n'ai jamais accordé de protection à Dumouriez. 3° Que le Comité des finances lui avait refusé des fonds pour l'approvisionnement de Paris. Je n'ai jamais été membre de ce Comité. » Au reste, c'est sur Vergniaud que porterait le moins l'accusation d'avoir voulu se sauver, en perdant ses

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coaccusés ou en chargeant les contumaces. Avec quelle netteté dédaigneuse il répond à Hébert, qui a tenté de lui rétorquer ses propres arguments, en parodiant, dans une contre-riposte, la belle tirade qu'on verra plus loin, — celle des : « Je l'ai fait » — : « Le témoin n'a cité aucun fait 2>! Avec quelle révolte d'honnête homme il riposte, — et c'était Fabre d'Églantine qui accusait, ce jour-là! — « Je ne me crois pas réduit à l'humiliation de me justifier d'un vol »! Comment peut-on insinuer qu'il tenta des palinodies, celui qui, à propos de ses lettres à Bordeaux, eut cette réponse : <*: Dire que dans ces lettres je lis l'éloge de la journée du 31 mai, ce serait une lâcheté; et, pour sauver ma vie, je n'en ferai point. Je n'ai pas voulu soulever mon pays en ma faveur; j'ai fait le sacrifice de ma personne. » L'apologie de sa conduite au 10 août fut parfaite et ne se fit aux dépens de personne.

Mais quel dommage que le Bulletin^ — ou, à son défaut, le Républicain Français, par exemple, qui supplée parfois si précieusement aux lacunes des documents officiels sur les Girondins, — n'aient pas reproduit toute la réponse qu'il décocha à Hébert, dans la seconde audience. Ce fut un <{ beau discours » dont Louvet constate l'absence au compte rendu et dont Chauveau-Lagarde, — désigné d'office en remplacement de l'obscure praticien Gu3'^ot, pour être le défenseur de Vergniaud, mais qui n'eut pas à parler, — dit dans ses notes : « L'accusateur Fouquier-Tinville redoutait la publicité de la défense et bien plus encore l'éloquence de Vergniaud qui avait déjà fait sur le public une grande impression... »De ce discours qui dura «cinq quarts d'heure » et fut « très véhément //, il nous reste une seule tirade, mais qui nous indique quelle dut être son « éloquence » dont convient V Anti-Fédéraliste lui-même. On y trouve à admirer un échantillon de ces «accents d'éloquence déplacés » dont se plaint le réquisitoire pris par Fouquier- Tinville. Le Bulletin lui-même n'a pu s'empêcher d'en rendre le mouvement, tout à fait caractéristique de la

manière du grand orateur. Il est vrai qu'on n'en était alors qu'à la seconde audience et que Clément n'avait pas encore été tancé et stylé par le Comité de sûreté générale, sur l'invitation partie du club des Jacobins. « Le premier fait, répliqua Vergniaud, que le témoin m'impute est d'avoir formé, dans l'Assemblée Législative, une faction pour opprimer la liberté. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de faire prêter un serment à la garde constitutionnelle du Roi et de la faire casser ensuite comme contre-révolutionnaire? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que de dévoiler les perfidies du ministre et particulièrement celle de Delessart? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, lorsque le Roi se servait des tribunaux pour faire punir les patriotes, que de dénoncer le premier ces juges prévaricateurs? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de venir, au premier coup de tocsin, dans la nuit du 9 au lo août, présider l'Assemblée Législative? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que d'attaquer Lafayette ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de m'élever contre les pétitionnaires désignés sous le nom des huit et des vingt mille et de m'opposer à ce qu'on leur accordât les honneurs de la séance? Je l'ai fait, etc. (sic). » Il aurait terminé ainsi, d'après Charles Nodier suppléant à Vet cœtera du Bulletin : « Que faut-il faire encore pour consolider la République par l'exemple du plus énergique de ses enfants? Mourir? Je le ferai, » Mais Nodier est sujet à caution : il n'en était pas à un pastiche près. Quand il ajoute : « Ici l'éloquence est portée à son plus haut degré, parce que, suivant l'expression du grand maître de l'Éloquence, elle est non seulement dans la parole, mais dans la vie de l'homme, et si cela n'est pas sublime, la notion du sublime ne m'arrivera jamais », on peut approuver le lyrisme de son éloge, et le féliciter de sa pieuse supercherie, sans en être trop dupe. Mais si le texte complet de la grande réplique

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administrée par Vergniaud à ses accusateurs nous manque, nous avons pour la remplacer un autre document plus explicite et encore plus palpitant d'intérêt : c'est le manuscrit même de son plan de défense.

Devant ses juges, au cours des dépositions et arguties des quatorze témoins à charge, en dehors de sa grande riposte à Hébert, Vergniaud usa peu, en somme, de son droit de réponse, — du moins à en juger par le Bulletin déplus en plus raccourci et hostile, d'une audience à l'autre. Il semble qu'il ait dédaigné le corps à corps d'une discussion de détail avec ses cyniques calomniateurs. Ayant l'expérience professionnelle de la barre, il avait dû aussi éviter d'user d'avance les gros arguments. Il les réservait, en vue d'agir plus puissamment sur l'esprit du jury et du public, pour le moment de sa défense finale où la parole lui serait donnée librement et où il pourrait déployer toute son éloquence. Cette défense avait été longuement préparée dans son esprit. Il ne l'avait pas rédigée; mais il en avait soigneusement noté par écrit les points qu'il se proposait de développer de vive voix. Ses notes se sont retrouvées, telles qu'il les écrivit « sous le couteau », sans que sa main ait tremblé, telles qu'il les jeta sans doute au public de la dernière audience, c'est-à-dire à l'opinion et à la postérité, juge des juges, après qu'il eut été réduit au silence par un monstrueux déni de justice, telles que les ramassa l'impur Chabot, un de ses bourreaux. Elles sont, aux Archives, la relique la plus précieuse du dossier des Girondins.

En ce lieu et à cette heure, dans la bouche de ce grand orateur, parlant pour la défense de sa vie, — même devant ce jury que nous verrons d'ailleurs hésiter un moment à exécuter le feu défile commandé par Fouquier-Tinville, — pour la riposte suprême à la calomnie, devant le public déjà remué par ses répliques et devant l'avenir équitable à soulever, la défense qu'elles esquissent eût été superbe et peut-être triomphante. C'est une impression que l'on ressent vivement à leur lecture, sans qu'il soit d'ailleurs possible de se repré-

senter toute l'éloquence qui est restée en marge. Mais si elles devinrent inutiles devant un tribunal d'assassins qui leuropposa^, comme nous allons le voir, le bâillon de Robespierre, elles peuvent du moins servir pour une revision du procès et pour le jugement du mort. Nous avons interrogé ailleurs le tragique cahier qui les contient et commenté impartialement ses réponses, essayant ainsi de faire dialoguer leur auteur avec l'histoire, juge de ses juges. Ce sont elles qu'il faut écouter, après qu'il eut été bâillonné. Elles parlent haut encore, réfutant l'infidélité cynique du compte rendu et suppléant précieusement à ses lacunes peureuses.

On avait peur en effet de sa parole, de « la grande impression » qu'elle avait produite déjà sur le public des audiences, au témoignage de Chauveau-Lagarde. Champagneux affirme qu'elle avait « amolli les spectateurs et les juges, les tigres revêtus de la robe de juge », qui avaient « failli manquer leur proie ». Or, il y avait « beaucoup de monde dans la grande salle du Palais de Justice, » comme le fait remarquer le maire Pachc à qui de droit, c'est-à-dire à Hanriot, commandant de la force publique. Il dut y avoir aussi beaucoup plus d'agitation dans Paris, au cours du procès des Girondins, que ne le conjecture Michelet, quand il écrit : « L'attention était ailleurs ». Une correspondance curieuse de Pache avec Hanriot est venue en apporter une preuve. Dès la première audience, le 3 brumaire (24 octobre), il lui demande du renfort pour maintenir « la tranquillité et le silence ». Le 6, il craint un coup de main sur la Conciergerie, car il lui signale la nécessité d'en surveiller les abords. Il insiste le 9, jour où aura lieu la dernière audience, en le priant d'exercer « une surveillance sévère autour du Palais et des prisons ». De fait, nous voyons, à la même date, V Anti-Fédéraliste signaler des « attroupements » qui « ont commencé avec le procès et augmentent, à mesure que le jugement définitif approche ». Après que celui-ci est rendu, le matin du

ai. rS

Vebosiauu

PI. j, page 24S.

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10 brumaire (31 octobre), et que les Girondins ont été bâillonnés et condamnés à l'audience de lu veille, Pache les craint encore sur le chemin de l'échafaud, car il écrit « qu'il faut prendre des précautions pour assurer la tranquillité :», et qu'il doit être sursis notamment aux visites domiciliaires. Certes, comme le fait observer, avec une noble émotion, l'historien de V Eloquence parlementaire pendant la Révolution, « c'est une satisfaction de penser que les accents suprêmes de Vergniaud ne restèrent pas sans écho ».

Mais on s'était arrangé pour en amortir l'cfTet au dehors du Palais et même dans son enceinte. Non contents de faire intimider, comme on l'a vu, le rédacteur du compte rendu officieux des audiences, les meneurs des Jacobins s'ingénièrent pour empêcher que les Girondins usassent du droit sacré de la défense et se fissent entendre après les témoins. Voilà ce qu'il fallait éviter à tout prix. On chercha une procédure qui permît de perpétrer l'assassinat, en lui laissant une apparence juridique : car cette parodie de justice faisait partie du plan des persécuteurs. Les Révolutions de Paris sont curieusement explicites sur ce point. On y lit, dans le numéro du 3 brumaire : '' Mais il fallait suivre les formes à V égard de ceux qui avaient feint de s y soumettre, en ne s' évadant pas. a Le journal du perfide Prudhomme ajoute : <?. Doués des plus grands talents, pour le malheur du peuple, les accusés les ont déployés tour à tour avec l'énergie dont ils étaient capables! mais tous leurs efforts n'ont abouti qu'à de misérables sophismes et à de méprisables chicanes. a> Ces efforts n'en avaient pas moins paru vite à redouter et, après avoir fait mine de <' voir ce qu'ils pourraient répondre />, on sentit le besoin d'y couper court. La procédure cherchée fut trouvée : elle était cynique, comme le maquillage des comptes rendus, m.ais encore plus scélérate.

Le 8 brumaire (29 octobre), sur la proposition d'Hébert, le club des Jacobins attacha le grelot, à l'ordinaire. « Vous avez le maximum de l'opinion, frappez! i> vient dire, le

lendemain, leur députation à la barre de la Convention; et elle propose « i° De débarrasser le Tribunal des formes qui étouffent sa conscience et empêchent la conviction; 2° D'ajouter une loi qui donne aux jurés la faculté de déclarer qu'ils sont assez instruits; alors, et seulement alors, les traîtres seront déçus et la Terreur sera à Vordre du jour. » Séance tenante, « après une discussion assez étendue », dit le procès-verbal, la Convention décrétait ceci, « sur la pétition des Amis de la Liberté et de V Egalité », convertie en motion par Osselin : « Si un procès pendant au Tribunal révolutionnaire a duré plus de trois jours, le président du Tribunal est tenu de commencer la séance suivante en demandant au jury si sa conscience est suffisamment éclairée ; si les jurés répondent non, l'instruction sera continuée jusqu'à ce que le jury ait fait une déclaration contraire; si le jury répond qu'il est suffisamment instruit, il sera procédé sur-le-champ au jugement », etc. Pour ce décret infâme, « nécessaire dans une révolution rapide », au dire des Révolutions de Paris, Robespierre — en s'y reprenant à quatre fois — avait fait un brouillon et dont les termes se retrouvent presque intégralement dans le texte voté : nous en avons l'autographe. Par cette loi du bâillon, étranglant l'éloquence des accusés, le génie de la torture venait raffiner sur « le génie de la calomnie ».

Dès le début de la septième audience, à neuf heures du matin, le 9 brumaire (30 octobre), en vertu du décret de la veille, désigné par cet euphémisme : « Décret sur l'accélération des jugements criminels », l'accusateur public en fait lire le texte. Après délibération, l'ex-marquis Antonelle déclare, au nom des jurés, que « leur religion n'est pas suffisamment éclairée ». Ces derniers, malgré ceux que Fouquier-Tinville appelait « les solides », avaient eu moins d'impudence que la Convention terrorisée, — sans être pourtant aussi « pénétrés » que le dit V Anti-Fédéraliste^ organe officieux de Robespierre, « des fonctions augustes dont ils étaient revêtus ». Les Girondins, sinon Vergniaud,

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durent alors se reprendre à espérer qu'on les laisserait au moins se défendre. Le « preneur de notes » du journal robespierriste qui épiait les impressions des accusés, a noté celle-là, — avec sa partialité calomnieuse d'ailleurs : — «La terreur qui glaçait les visages des conjurés a disparu un instmt. Vergniaud seul, dévoré par ses remords ou par les regrets de n'avoir pas accompli ses forfaits, a continué de se livrer à de sombres réflexions. » Au surplus, le chef du jury, Antonelle, veillait.

L'audition des témoins, tous à charge, étant terminée depuis la veille, le simulacre de débats avait donc été repris. On avait fait mine, pour gagner du temps, d'interroger certains accusés, mais de moindre importance et moins prompts à la repartie, en évitant soigneusement de s'adresser à Vergniaud ou à ceux des autres députés qui étaient capables de faire les ripostes redoutées. On n'avait garde, même au cours de cette feinte de scrupules juridiques, de donner carrière à leur éloquence. On traîne ainsi jusqu'à deux heures : puis on suspend l'audience jusqu'à cinq heures, sans motif avoué. On avait bien celui du dîner pour la suspension coutumière, mais y fallait-il trois heures? Ce qu'il fallait, c'était se donner le temps de peser sur le jury, de l'intimider au besoin, pour faire revenir la majorité sur son opinion du matin. La manœuvre réussit. Au reste, le secret avait dû en être communiqué aux journaux amis, car ils annonçaient d'avance son succès. Ainsi V Anti-Fédéraliste écrivait, à la fin de son article de la dernière heure : « La séance a été interrompue jusqu'à cinq heures. Les conjîirés seront ju^és ce soir, sans désemparer. » A la reprise de l'audience, Antonelle, « organe du jury » où « les solides » avaient enfin pris le dessus, dit : «Je déclare que la conscience des jurés est suffisamment éclairée />. L'ignoble comédie était jouée : les accusés ne seraient défendus ni par eux-mêmes, ni par leurs avocats.

La déception de ces malheureux devint furieuse. Voici d'abord comment la décrit le procès-verbal d'audience, — -

celui qui est aux Archives nationales, contresigné du président Hermann et du greffier Fabricius, non celui qui se lit dans le Bulletin du Tribimal révolutionnaire — : « A dix heures et demie de relevée, les jurés ont fait avertir qu'ils étaient prêts à faire leur déclaration, et aussitôt ils ont été introduits : ils ont fait chacun individuellement, à haute voix, leur déclaration sur les questions qui leur avaient été remises par le président. Leur déclaration finie, le Tribunal a fait rentrer libres et sans fers les accusés, à qui il a donné lecture de la délibération des jurés; après quoi l'accusateur public a requis l'application de la loi. Ensuite le Président demande aux accusés s'ils n'avaient rien à dire sur l'application de la peine. A ce moment, tous les accusés se sont levés en jetant des cris; d'aucuns même ont fait entendre celui de : Vive la République! Ils ont fait des gestes et des mouvements qui, joints à leurs cris et leur nombre, n'ont pu permettre la délibération en leur présence : il a fallu un très grand nombre de gendarmes pour les contenir. Aux cris qu'ont jetés les accusés se sont joints ceux de l'auditoire qui a manifesté son indignation contre des hommes que le glaive de la loi allait atteindre, en punition de leurs perfidies et de leurs trahisons. Il n'a plus été possible de délibérer en présence desdits accusés qui, d'un côté par leurs cris et leurs gestes et le public qui y répondait, ont jeté un tel désordre dans l'auditoire que le Tribunal s'est vu forcé de faire retirer les accusés pour délibérer et prononcer. Les accusés étant sortis, et le calme étant rétabli, le président a été aux opinions. »

Celles-ci furent affirmatives à l'unanimité. C'était la mort pour les Vingt et un, prononcée par ce tribunal « bien bon pour eux 7>, comme avait dit Robespierre dressé en « mur d'airain » contre les supplications de Garât, — du moins au témoignage de ce dernier. Ni Vergniaud, ni Ducos n'en étaient exceptés, contrairement à l'espérance de Danton, qui aurait versé sur eux « de grosses larmes », si l'on en croit encore le même Garât.

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Nous avons vu, dans le procès- verbal officiel, combien violentes avaient dû être les protestations des condamnés. Certains documents du temps nous donnent là-dessus des détails qui achèvent de suggérer un émouvant tableau de leurs manifestations désespérées. Ils s'étaient tous dressés tumultueusement, plusieurs d'entre eux invectivant juges et jurés. Cependant le président ayant dit qu'il leur est permis de parler ou de se faire défendre sur l'application de la loi, et les ayant invités, selon V Anti-Fédéraliste, à « remettre aux jurés leurs pièces justificatives », Gensonnc demande la parole. Mais une exclamation a retenti : «Je me meurs! » Elle est poussée par Valazé qui est tombé de son banc. Il s'était frappé à mort d'un coup de couteau, exécutant le dessein confié à Champagneux et donnant l'exemple du geste libérateur quimiteront les derniers Montagnards, quand leur tour viendra de subir la parodie de justice. Minvielle même aurait voulu suivre cet exemple, séance tenante, car il tenta, au dire d'un journaliste du temps, de ramasser le poignard, mais il en fut empêché par un gendarme. A la vue de cet atroce spectacle, le tumulte a redoublé sur les gradins des condamnés, a\ec des cris ironiques de : Vive la République! Camille Desmoulins, qui est parmi les spectateurs, se montre fort ému. S'agitant, se tourmentant, il se jette dans les bras de Vilate, le futur auteur des Mystères de la Mère de Dieu dévoilés, où on lit qu'il aurait dit : « Ah ! mon Dieu, mon Dieu, c'est moi qui les tue : mon Brissot dévoilé, ah! mon Dieu, c'est ce qui les tue. » Son pamphlet de Brissot démasqué avait en effet servi de canevas aux réquisitoires de leurs persécuteurs, de Marat à Robespierre, et de Saint-Just à Amar. Devant la férocité de ces juges dont il s'avouait ainsi le complice, l'imprudent Camille pressentait-il où devaient le conduire fatalement ses accès de démence et cette « versatilité >> que lui reprochait Robespierre, qu'il « frisait la guillotine », selon le mot prochain du juré Nicolas et qu'il aurait besoin d'aller, comme il dira, prendre au supplice des Girondins « une leçon décourage»,

— en attendant d'en être à son tour réduit à lancer ses notes de défense à la tête de ses bourreaux ?

Cependant, d'après un témoin oculaire, le même Vilate, membre du jury, les accusés se seraient ressaisis et, revenant pour la plupart « au calme », à la « sérénité », seraient sortis « tous, sans avoir fini d'entendre le jugement ». Avant de quitter la salle, quelques-uns d'entre eux auraient fait le geste de jeter, dans la direction du public, des papiers,

— les manuscrits de leurs chères et inutiles défenses, peutêtre, ces « pièces justificatives » que le président les avait invités à remettre aux jurés, — et non des assignats, comme il est dit, contre toute vraisemblance, dans le Bulletin qui faisait, depuis quelques jours, du zèle dans la calomnie. D'ailleurs, le procès-verbal de l'audience est muet sur cet incident, ce qui est péremptoire ; et puis le geste de corruption eût été stupide, là. D'après une tradition rapportée par des Essarts, le courageux Lasource aurait même repris assez de sang-froid pour retrouver et envoyer à la face du tribunal cette antithèse classique : « Je meurs dans un moment où le peuple a perdu sa raison; mais vous, vous mourrez le jour où il l'aura recouvrée. » Fonfrède se retournant vers Ducos qui était placé derrière lui, l'avait enlacé, en pleurant et disant : « Mon ami, c'est moi qui te donne la mort ! » « Mon ami, console -toi, nous mourrons ensemble », avait répondu Ducos, lui rendant sa fraternelle étreinte.

Au cours de ces dramatiques incidents, Vergniaud, placé près de Gcnsonné, avec un gendarme entre eux, ne se serait pas départi de « l'air imposant » qu'il avait eu au cours du procès, et dont témoigne, par sa méchanceté I même, ce passage d'un journal qui se piquait de peindre

' d'après nature les péripéties des séances et les attitudes

des accusés : « Valazé se déconcertait; un regard de Vergniaud lui apprend qu'on peut ne pas dire la vérité, et conserver encore un air imposant ». A en croire le même journal, V Anti- Fédéraliste, il aurait tenté de parler pour-

AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

tant; il aurait même dit, assez haut pour être entendu, que « le peuple était en délire ». On ne sait. Il n'aurait peutêtre rompu le silence — un « beau silence », avoue un de ses plus impitoyables détracteurs, — que pour murmurer au médecin Lehardi, devant Valazé tombant mort sur les gradins, ce mot socratique qui, s'il est un pastiche de plus dû à Nodier, est bien, en tout cas, dans sa manière de penser d'après l'antique, aux heures de crise : « Nous devons un coq à Esculape ». Vilate remarqua qu'il « paraissait ennuyé de la longueur d'un spectacle si déchirant ». Il se peut, en eifet, que ces violences de gestes et de paroles lui aient paru trop théâtrales et aient froissé en lui ce goût de la mesure qu'il voulait garder jusque dans le désespoir.

Il avait d'ailleurs sur lui un moyen plus discret que celui de Valazé pour se soustraire à l'échafaud. C'était du poison, sans doute une de ces « pastilles » de Cabanis, à base de laudanum et de stramonium, que ce savant, parent par alliance de Dupaty et compatriote de Vergniaud, préparait alors pour ses amis, comme un suprême viatique, le vademecum indiqué par les circonstances, qui servira, cinq mois plus tard, à Condorcet, son beau-frère, pour se dérober aux bourreaux des Girondins, et que l'on se partageait, dit Garât, « comme le pain entre des frères ». Ainsi Vergniaud pouvait mourir, à son gré, de la mort de Démosthène, à la Plutarque, et balancer l'antithèse du fameux vers de Barneveldt :

Caton se la donna. — Socrate l'attendit;

mais ses deux amis étaient aussi condamnés, contre son espérance, et il n'avait pas du poison pour trois. Il devait donc mourir de leur mort : il jeta le poison.

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